Chahrazed Fekih expose «Apis Mellifica» à la galerie A. Gorgi : « L’éveil à l’infiniment vivant »
Avec cette exposition, l’artiste prolonge cette quête en images, en matières et en formes. Encres, assemblages, installations, photographies et sculptures composent un paysage sensible où l’abeille n’est plus représentée, mais presque invoquée.
La Presse — à partir du 17 avril, la galerie A. Gorgi abritera l’exposition personnelle de l’artiste visuelle Chahrazed Fekih, baptisée «Apis Mellifica» (Le chemin vers les abeilles). Un travail entièrement dédié à l’abeille, pensé et entamé en 2023, qui s’inscrit dans la continuité d’une fascination ancienne pour le monde des insectes. Un territoire que l’artiste n’a cessé d’explorer, tant elle y perçoit une richesse infinie de formes, de comportements et de récits.
«J’ai toujours été convaincue qu’il faut observer leur vie de très près pour comprendre réellement leurs comportements. Tout s’est concrétisé le jour où j’ai trouvé une abeille affaiblie devant ma porte. En la recueillant pour lui donner de l’eau sucrée, j’ai pu observer son retour à la vie et filmer ses moindres mouvements avant de lui rendre sa liberté.
Ce sont ces images et ce moment de proximité qui m’ont donné l’envie de consacrer tout un projet à l’étude des abeilles.», nous explique Chahrazed Fekih. «Apis Mellifica» est, comme elle le note, une invitation à franchir le seuil d’une altérité radicale. Plus qu’une simple observation du monde des insectes, l’exposition est le récit d’un décentrement, celui de l’humain qui accepte de n’être qu’un vivant parmi des milliers.
Pour elle, tisser un lien avec l’abeille c’est apprendre à voir autrement. C’est reconnaître que l’insecte n’est pas un simple objet de notre environnement, mais un être riche d’une histoire complexe, de comportements sociaux sophistiqués et d’une intelligence collective, de cet esprit de la ruche qui nous dépasse et nous instruit.
Car l’abeille , chez Fekih, dépasse sa condition d’insecte. Elle devient figure, symbole, langage. Gardienne d’un savoir ancien, elle bâtit, transforme, transmute. Architecte de cire, alchimiste du nectar, elle écrit une poésie discrète, faite de pollen, de vibrations et de silence. Depuis toujours, l’abeille fascine. Déjà, Aristote voyait dans la ruche un microcosme du monde, un modèle à partir duquel penser l’ordre du vivant.
De la philosophie aux systèmes politiques, l’organisation des abeilles n’a cessé d’inspirer, entre hiérarchie, collectivité et intelligence partagée. Dans cette lignée, l’artiste convoque aussi des références littéraires et scientifiques de «La Vie des abeilles» de Maurice Maeterlinck aux Géorgiques de Virgile, autant de tentatives, à travers les siècles, de saisir le mystère de ces sociétés invisibles.
«Prendre ce ‘‘Chemin vers les abeilles’’ , c’est accepter que notre condition humaine soit indissociable du destin de l’abeille. C’est redécouvrir la dignité de ce corps minuscule et comprendre, enfin, que notre propre humanité s’enrichit dès lors qu’elle accepte de se relier à la splendeur du vivant.», nous dit-elle.
Avec cette exposition, l’artiste prolonge cette quête en images, en matières et en formes. Encres, assemblages, installations, photographies et sculptures composent un paysage sensible où l’abeille n’est plus représentée, mais presque invoquée.
«Apis Mellifica» nous appelle à franchir un seuil où le regard, délié de sa distance, cesse de surplomber pour se laisser traverser. L’exposition esquisse ainsi le récit d’un décentrement quasi sacré où l’humain dépose sa couronne, renonçant à sa verticalité, pour devenir souffle parmi les souffles, particule vibrante dans la grande respiration du monde. À l’image de l’abeille qui butine de fleur en fleur, il cherche, humblement, sa place dans la trame infinie du vivant.




