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60 % à l’export : la rose tunisienne s’impose sur les marchés internationaux

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  • 16 avril 2026
  • 7 min de lecture
60 % à l’export : la rose tunisienne s’impose sur les marchés internationaux

La filière de la rose en Tunisie s’impose comme un secteur agricole singulier, à la croisée d’un héritage patrimonial ancien et d’un potentiel économique en expansion. Dans un contexte international marqué par une demande croissante pour les produits naturels et aromatiques, ce secteur, bien que limité en volume, occupe une place stratégique grâce à la valeur ajoutée générée par ses produits transformés.

Selon les statistiques de la Direction de la production végétale relevant du ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, la culture de la rose est concentrée dans plusieurs gouvernorats, principalement à Kairouan, qui constitue le principal pôle de production, mais aussi à Nabeul, Ariana, Ben Arous, Béja, Sousse et Monastir. Cette répartition confirme une implantation relativement élargie, même si la concentration demeure fortement marquée.

Les superficies cultivées à l’échelle nationale atteignent environ 380 hectares, dont près de 370 hectares sont localisés dans le seul gouvernorat de Kairouan. Cette centralisation géographique illustre le rôle dominant de cette région dans la structuration de la filière et facilite, dans une certaine mesure, les dispositifs d’encadrement technique et d’intervention publique.

La production nationale annuelle est estimée entre 500 et 540 tonnes. Un volume qui peut paraître modeste comparé à d’autres filières agricoles, mais qui prend une dimension économique significative lorsqu’il est intégré dans les chaînes de transformation. C’est en effet dans les étapes post-récolte que se joue l’essentiel de la valeur du secteur.

La véritable richesse de la filière repose sur la transformation de la rose, un produit hautement périssable, en dérivés à forte valeur ajoutée tels que l’eau de rose, les huiles essentielles et la rose séchée. Cette phase constitue le pivot économique du secteur, transformant une matière première relativement peu valorisée en produits industriels destinés au stockage, à la commercialisation et à l’exportation.

La distillation, qu’elle soit traditionnelle ou moderne, représente l’étape centrale de cette chaîne de valeur. Basée sur l’extraction des huiles essentielles par vapeur et condensation, elle conditionne directement la qualité du produit final. Les écarts technologiques entre unités influencent fortement la compétitivité du secteur, la modernisation des procédés permettant une meilleure rentabilité et un positionnement plus solide sur les marchés internationaux.

Les produits issus de la transformation de la rose sont diversifiés. L’eau de rose constitue le produit le plus répandu, utilisé aussi bien dans l’industrie agroalimentaire que dans la cosmétique. L’huile essentielle de rose, quant à elle, figure parmi les plus précieuses au monde en raison de sa rareté et de sa concentration, et elle est principalement destinée à la parfumerie de luxe. La filière alimente également la production de pâtisseries traditionnelles, de boissons et de produits cosmétiques variés, confirmant ainsi la polyvalence de cette matière première.

Les variétés Rosa damascena et Rosa centifolia, cultivées en Tunisie, se distinguent par leur qualité reconnue sur les marchés internationaux. Selon les données du ministère de l’Agriculture, environ 60 % de la production est destinée à l’exportation, principalement vers la France, l’Italie et la Suisse. Cette orientation confirme une intégration progressive de la filière tunisienne dans les chaînes de valeur mondiales.

Cependant, cette dynamique exportatrice révèle un déséquilibre structurel important. La valeur ajoutée est majoritairement captée par les transformateurs et les exportateurs, tandis que les agriculteurs restent exposés à une rémunération saisonnière et à une forte dépendance aux fluctuations des prix et de la production.

Malgré ses atouts, la filière fait face à des contraintes structurelles qui limitent son développement. La fragmentation des exploitations agricoles, leur petite taille, ainsi que le manque de structuration entre les différents acteurs freinent l’organisation globale du secteur. À cela s’ajoute un déficit d’investissement dans les technologies modernes de distillation et de transformation, qui limite la montée en gamme des produits.

Le secteur souffre également d’une faible promotion à l’international en comparaison avec d’autres pays spécialisés dans les plantes aromatiques et médicinales. L’absence de labels de qualité structurés, tels que les indications géographiques, limite par ailleurs la reconnaissance et la valorisation de la rose tunisienne sur les marchés mondiaux. Enfin, l’intégration entre production agricole et industrie de transformation reste insuffisante, ce qui réduit l’efficacité globale de la chaîne de valeur.

Dans ce contexte, les autorités publiques jouent un rôle central dans la restructuration de la filière. Le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche met en œuvre une stratégie de valorisation des produits locaux visant à renforcer la performance économique du secteur.

Cette stratégie comprend l’appui technique aux agriculteurs, l’amélioration des techniques de production et de la qualité de la rose, ainsi que l’accompagnement des unités de distillation et de transformation. Elle vise également le développement des capacités industrielles, la promotion de l’investissement dans les industries aromatiques et cosmétiques, ainsi que la structuration des chaînes de valeur et le renforcement des liens entre producteurs et exportateurs.

Les programmes publics incluent aussi la formation et l’encadrement technique des agriculteurs et des groupements professionnels, l’accompagnement des projets de transformation dans les domaines des huiles essentielles, des cosmétiques et des produits alimentaires, ainsi que le soutien à l’innovation et à la conformité aux normes internationales de qualité. Le ministère œuvre également à faciliter l’obtention de certifications telles que la production biologique et les indications géographiques, tout en encourageant la participation aux foires et événements internationaux.

Le secteur bénéficie en outre de partenariats internationaux, notamment avec la Suisse et des organisations onusiennes spécialisées, qui ont contribué à renforcer les compétences techniques, améliorer les procédés de transformation et développer les capacités d’exportation et de commercialisation.

Le gouvernorat de Kairouan demeure au centre de cette dynamique, en tant que principal bassin de production. Il apparaît ainsi comme un futur pôle économique aromatique intégré, à condition d’accélérer les investissements dans les infrastructures de transformation, la modernisation des unités de distillation et l’amélioration de la gouvernance et de la coordination entre les acteurs.

Les données du ministère de l’Agriculture confirment que la filière de la rose en Tunisie illustre un modèle économique fondé sur la transformation des ressources agricoles en valeur ajoutée élevée. La performance du secteur ne repose pas sur le volume de production, mais sur sa capacité à générer des revenus, à s’intégrer dans les marchés internationaux et à stimuler les exportations.

Toutefois, la pleine réalisation de ce potentiel reste conditionnée par un renforcement du rôle de l’État, une accélération des réformes structurelles et une meilleure organisation de la chaîne de valeur afin de garantir une répartition plus équitable des revenus et une durabilité à long terme.

Les perspectives de développement restent prometteuses, notamment à travers la modernisation des unités de distillation, le soutien aux coopératives, la mise en place de stratégies de valorisation fondées sur la qualité, ainsi que le développement des industries cosmétiques liées à la rose.

Le ministère de l’Agriculture réaffirme enfin sa volonté de poursuivre les efforts visant à améliorer la productivité, renforcer la transformation industrielle et consolider la valorisation de la rose tunisienne, afin de confirmer son positionnement comme produit d’exception sur les marchés nationaux et internationaux.

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Auteur

La Presse

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