Sauvetage des caisses nationales de sécurité sociale : L’importance d’une «recette maison»
Nos caisses de sécurité sociale ont besoin, en urgence, d’un nouveau souffle qui leur permettra de redresser un état financier critique et qui risque de compromettre, sérieusement, le devenir du régime national de retraite.
Aujourd’hui, certains observateurs parlent d’une éventuelle fusion entre les deux caisses comme la «pilule miracle», alors que d’autres sont sensibles à une reconversion de nos deux structures en fonds.
Une transformation qu’ils pensent stratégique. Quoi qu’il en soit, et comme le recommande le Chef de l’Etat, il est essentiel «d’appliquer une recette purement tunisienne qui puisse permettre à nos caisses d’honorer leurs engagements et, surtout, garantir leur pérennité, plus que jamais menacée».
La Presse— Tout le monde convient que la situation de nos caisses sociales est plutôt agonisante. Une gestion approximative et défaillante, un personnel peu impliqué, une déresponsabilisation quasi-générale et, surtout, des finances de plus en plus fragiles.
Les dernières statistiques parlent, en effet, d’un déficit chronique dépassant les 2.400 millions de dinars et qui risque de connaître une trajectoire à la hausse beaucoup plus grave, sauf une intervention rapide et radicale.
Et il faut reconnaitre que les causes de cette situation sont multiples. Entre vieillissement de la population, baisse des cotisations par rapport aux prestations dispensées, hausse sensible au niveau des départs à la retraite, cumul des impayés, notamment des entreprises, extension du marché informel et manque de fiabilité au niveau de la gestion, la palette des défaillances est assez importante.
Un constat, donc, préoccupant, surtout qu’il pourrait conduire à un dysfonctionnement quelque peu généralisé du régime social et finir, ainsi, par menacer la viabilité de tout le système. Cette menace est d’autant plus réelle que les problèmes semblent structurels et profonds.
Aujourd’hui, la Cnss, tout comme la Cnrps, nécessite toute une stratégie de restructuration qui tiendrait, elle-même, de deux vitesses : l’une pour les mesures d’urgence et l’autre pour tout ce qui est stratégique.
Pour commencer, elles doivent, d’abord, réduire significativement le taux des impayés qui sont doublement pénalisant. Les impayés ne privent pas seulement la caisse de rentrées financières importantes qui peuvent servir à l’amélioration de la qualité des services, à la diversification des prestations ou encore à l’élargissement du taux de couverture, mais ils peuvent affecter les finances de la caisse et conduire à son assèchement, surtout que les pénalités de retard ne couvrent pas le manque à gagner.
En parallèle, un nouveau relèvement de l’âge de départ à retraite pour soulager, du moins proportionnellement, les finances des caisses. Il faut dire que face à l’incapacité de l’Etat d’opérer à des recrutements massifs, faute de ressources financières suffisantes, la révision de l’âge de départ à la retraite pourrait constituer une solution provisoire utile, surtout qu’elle pourrait aider à rééquilibrer le rapport entre actifs et retraités, fondamental pour la bonne santé des caisses sociales, d’une manière générale.
Ces dispositions devraient être accompagnées par d’autres mesures qui s’affirment, d’une année à l’autre, comme urgentes et irréversibles. On pense, en particulier, à la réorganisation du marché informel. Il est vrai que cette «économie souterraine», prépondérante continue à sanctionner sérieusement non seulement nos caisses sociales, mais également l’économie nationale, en raison de l’importance des fuites financières.
Un dossier assez sensible qui, malgré toutes les dispositions et les programmes de «correction», reste sans issue positive.
Une dynamique de création de richesses
On ne cherche certainement pas à réprimander l’activité mais à mieux l’encadrer pour que nos finances puissent finalement tirer pleinement profit du potentiel économique disponible. Une équation inévitable pour garantir le bien-être de la population. On se rappelle, d’ailleurs, qu’en mars dernier, le Chef de l’Etat a réaffirmé, en recevant la Cheffe du gouvernement, l’urgence «d’appliquer une recette purement tunisienne pour que nos caisses puissent honorer leurs engagements et garantir leur pérennité, plus que jamais menacée».
Un tel enjeu nous conduit, ainsi, au besoin d’entreprendre, sans tarder, des mesures stratégiques et courageuses. C’est en réponse à cette urgence que quelques voix se sont élevées pour recommander une fusion entre les deux caisses. Une piste que les observateurs qualifient de porteuse étant donné sa capacité à améliorer la gouvernance, à rationaliser les dépenses, à moderniser les services dispensés, à innover et, plus important encore, à redresser les équilibres financiers.
Toutefois, cette option doit reposer sur un traitement de fond, pour éviter un dérapage managérial et administratif. Un traitement qui doit être adossé à une étude d’impact et de faisabilité sérieuse, fixant les règles et les paramètres de cette nouvelle structure unifiée.
En plus de cette question de fusion, d’autres observateurs sont, de plus en plus, sensibles à une reconversion de nos caisses sociales en fonds d’investissements. C’est-à-dire permettre à nos structures de sécurité sociale d’agir sur leurs propres ressources, à travers notamment l’optimisation des cotisations, la maîtrise des dépenses et des coûts, l’amélioration du niveau de recouvrement et l’élargissement du volume technologique. Autant de dispositions qui sont en mesure d’instaurer une réelle dynamique de création de richesses.



