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Culture

On nous écrit : Ce que l’IA apporte à nos créateurs, et ce qu’elle leur prend

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  • 20 avril 2026
  • 4 min de lecture
On nous écrit : Ce que l’IA apporte à nos créateurs, et ce qu’elle leur prend

Par Mahmoud EL GHOUL, journaliste et entrepreneur spécialisé dans la transformation digitale et les nouveaux usages de l’intelligence artificielle.

En janvier 2026, le réalisateur tunisien Zoubeir Jlassi remportait un million de dollars lors des « AIl Film Awards» à Dubaï. Son film «Lili», entièrement conçu avec l’intelligence artificielle, avait été sélectionné parmi 3.500 candidatures venues de 116 pays. Un Tunisien au sommet d’une compétition mondiale de création augmentée par les machines. L’image dit quelque chose d’essentiel sur le moment que traverse la culture.

Mais pendant que Jlassi gagnait, 50.000 autres titres générés par des algorithmes étaient mis en ligne ce même jour sur les plateformes musicales mondiales. Sans auteur. Sans droits. Sans que personne ne dorme pour les composer.

C’est la contradiction fondamentale de ce moment : l’intelligence artificielle est simultanément l’outil le plus puissant que la création culturelle ait jamais eu entre les mains, et la force qui en érode le modèle économique avec une efficacité silencieuse.

L’Unesco a chiffré cette érosion en février 2026 : les créateurs de musique pourraient perdre jusqu’à 24 % de leurs revenus mondiaux d’ici 2028. Les créateurs audiovisuels, 21 %. Soit 8,5 milliards d’euros de pertes cumulées par an.

Ce n’est pas une projection alarmiste. C’est une tendance déjà mesurable sur les plateformes de streaming qui indexent en temps réel l’effondrement du tarif à l’écoute.

La mutation touche aussi la relation entre le créateur et son public. Il y a dix ans, un musicien, un auteur, un cinéaste construisait son audience par la presse, les festivals, le bouche-à-oreille.

Aujourd’hui, c’est un algorithme qui décide si une œuvre existe aux yeux d’un auditeur. Spotify recommande sans que vous ayez rien demandé.

YouTube sélectionne avant que vous ne cherchiez. Netflix propose avant que vous n’ouvriez la bouche.

On ne cherche plus. On reçoit. Du clic au dialogue, la relation a basculé. Et dans cette conversation entre l’internaute et la machine, ce que les systèmes connaissent d’un créateur détermine directement ce qu’ils en disent au monde.

En 2023, à Hollywood, des milliers de scénaristes et d’acteurs ont débrayé pendant 148 jours pour obtenir des garanties contre l’utilisation de leur image et de leurs textes pour entraîner des intelligences artificielles. Ils avaient compris avant beaucoup d’autres que la vraie question n’était pas de savoir si l’IA allait les remplacer.

Elle était de savoir qui allait bénéficier de la valeur qu’elle créerait à partir de leur travail.

Pour les créateurs des pays du Sud, la question prend une dimension supplémentaire.

Les grands modèles d’IA ont été entraînés sur des corpus massivement anglophones.

La musique du Sahel, la littérature en arabe tunisien, le cinéma produit hors des capitales méditerranéennes y figurent à peine. Un créateur absent des données est un créateur invisible dans les recommandations.

Pas parce que son œuvre est moins bonne. Parce que la machine ne la connaît pas.

C’est là que réside l’enjeu stratégique pour la création culturelle tunisienne. Zoubeir Jlassi a prouvé qu’on peut gagner en jouant avec les machines.

D’autres, moins visibles, risquent de disparaître en les ignorant. L’intelligence artificielle ne remplace pas le talent.

Elle amplifie celui qu’elle connaît. Et marginalise celui qu’elle n’a jamais appris à reconnaître.

La création culturelle tunisienne a traversé des siècles de mutations. Celle-ci ne fait pas exception. À condition de comprendre ses règles avant qu’elles ne soient déjà écrites sans nous.

M.E.G

Sources : La Presse de Tunisie, AI Film Awards : un million de dollars à Zoubeir Jlassi, janvier 2026. Unesco, rapport sur l’avenir des politiques culturelles, février 2026. ONU Info, IA et revenus des créateurs, février 2026. Deezer, données plateformes musicales 2025 2026. Writers Guild of America, grève Hollywood 2023. Stanford HAI, AI Index Report 2025.

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La Presse

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