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Culture

ISHARAT GALLERY : Variations autour de l’abstraction

  • 24 avril 2026
  • 4 min de lecture
ISHARAT GALLERY : Variations autour  de l’abstraction

Une nouvelle galerie qui ouvre ses portes est toujours à saluer. D’autant plus, dans le cas présent, que c’est avec une exposition audacieuse sur l’abstraction, avec un panel d’artistes dont certains n’ont pas eu la notoriété qu’ils méritaient.

La Presse — Mohamed Ali Habibi, fondateur de la galerie, vient du monde de la finance. Esprit curieux, ouvert à d’autres univers qu’à celui des chiffres, il mit à profit un séjour dans des institutions françaises pour écumer les musées, fréquenter les galeries et ateliers d’artistes, découvrir l’univers complexe des salles de vente, s’intéresser à l’art arabe, et commencer une collection.

Alia Nakhli, commissaire de l’exposition, est une historienne de l’art contemporain, connue pour sa thèse sur « Les Arts visuels en Tunisie 1881/1981 », ouvrage fondateur qui présente  les figures, les mouvements et les hauts lieux de l’art en Tunisie durant ce siècle.

Majda Smaoui, directrice de la galerie, évolue depuis de longues années dans le monde des arts. Issue d’une famille d’artistes, elle a géré une galerie à Sidi Bou Saïd, et, artiste peintre elle-même, a exposé à diverses reprises avec l’Union des artistes plasticiens, en Tunisie, ou à l’étranger, au cours d’une exposition à Malaga.

A eux trois, ils ont tenté l’aventure de monter une galerie et de l’inaugurer par une exposition didactique sur l’abstraction dans la peinture tunisienne, ce qui, on le sait, est un choix courageux.

«J’ai commencé, comme tout le monde, à m’intéresser à ce dont on parlait le plus : l’Ecole de Tunis », explique Mohamed Ali Habibi.

« Puis j’en suis venu à ce que l’on appelle les peintres de la rupture, ceux qui ont été marginalisés et qui n’ont pas toujours eu leur chance.

Isharat Gallery s’est ouverte dans un lieu qui commence à se développer, proche de Phosphor, le nouveau quartier des arts. Pour cette première exposition, audacieuse certes, j’ai voulu une approche peu conventionnelle d’une période pas toujours traitée en Tunisie».

« Lancer une nouvelle galerie n’est pas chose facile», se souvient Majda Smaoui qui tient la galerie.

« Nous y travaillons depuis deux ans, avons beaucoup cogité, beaucoup travaillé. Le choix des lieux n’est pas fortuit. Je souhaitais que les gens viennent à nous et ne soient pas simplement des passants curieux. Car j’ai toujours eu un grand respect pour les artistes. J’ai, donc, participé à toutes les étapes de cette aventure, à l’aménagement des espaces, à l’élaboration de l’exposition… ».

Pour Alia Nakhli, cette expérience de commissariat est nouvelle.

«Je pensais qu’il était temps pour moi de vulgariser textes scientifiques et académiques, jusque-là, réservés à une petite élite. Une exposition peut toucher un plus large public.

Cela fait un an que je travaille dessus, un travail d’équipe. L’abstraction m’a toujours intéressée. Cela constitue d’ailleurs une partie de ma thèse. Mais le commissariat est un métier totalement différent. J’ai eu la chance de travailler en toute liberté, sans contrainte. Cela tant au niveau de la thématique que du choix des artistes, des visites d’atelier ou de collectionneurs».

De cette synergie, de la collaboration de ce trio passionné, il résulte une magnifique exposition sur l’art abstrait en Tunisie.

Un parcours en deux temps, deux espaces, une thématique complémentaire, fluide, intelligente.

Un premier espace est consacré à l’abstraction figurative, celle où l’on détecte encore des traces de figuration, où l’artiste a travaillé sur le corps humain, le végétal, les paysages naturels ou urbains.

Le second espace est consacré à l’abstraction pure, n’ayant plus aucun lien avec le réel, ou encore sur le signe, la lettre ou le symbole.

Ce qui est intéressant, c’est que le parcours de certains artistes n’est pas toujours linéaire, et que l’on a pu déceler des allers-retours, des balancements d’inspiration, sans que rien ne soit définitif.

* « L’abstraction figurative met en lumière le processus de déconstruction des motifs du monde extérieur, l’abandon de l’anecdote et la simplification des corps humains».

* « L’abstraction met en avant le recours des artistes aux signes, aux lettres de l’alphabet et d’autres symboles puisés dans les arts dits populaires, tels que la calligraphie, la céramique, la tapisserie ou encore le tatouage».

Auteur

Alya HAMZA

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