Projet « Meraviglia » : Un catalyseur de l’économie verte
La Presse — La transition écologique s’impose comme un pilier essentiel du modèle de développement tunisien. Dans ce contexte, l’économie verte dépasse le simple cadre environnemental pour s’affirmer comme une véritable stratégie de diversification économique et de création de valeur durable. C’est dans cette dynamique que s’inscrit le lancement du projet « Meraviglia », initié à Hammamet par l’Association d’éducation relative à l’environnement (Aere), avec l’appui du programme « Interreg Next MED ». Dévoilé récemment au Centre culturel international de Hammamet, ce projet ambitionne de transformer les défis environnementaux en opportunités économiques concrètes, en ciblant les jeunes et les femmes.
Dans ce cadre, l’économie verte apparaît comme un gisement d’emplois considérable pour la Tunisie. Selon les estimations de l’Organisation internationale du travail (OIT), près de 272 000 emplois verts pourraient être créés à l’horizon 2030. Pourtant, ce potentiel reste encore largement sous-exploité en raison de contraintes structurelles persistantes.
L’accès limité au financement, l’insuffisance des dispositifs de formation, le manque d’accompagnement technique ainsi que les lourdeurs administratives constituent autant de freins à l’émergence d’un véritable écosystème de l’entrepreneuriat vert. Dès lors, « Meraviglia » se positionne comme un instrument d’appui stratégique et vise à structurer et dynamiser ce segment porteur.
Par ailleurs, le projet s’inscrit dans une logique de complémentarité avec les dispositifs existants, à l’instar de « Greenov’i », du « Green Tunisian Business Program » ou encore du Startup Act, contribuant ainsi à renforcer la cohérence de l’action publique et des initiatives internationales en faveur de l’innovation durable.
Au-delà de sa dimension environnementale, ce projet porte une ambition sociale affirmée : intégrer les populations vulnérables dans le cycle économique à travers « l’éco-entrepreneuriat.il ». Réunissant huit partenaires issus de six pays (France, Italie, Liban, Jordanie, Turquie et Tunisie), il cible en priorité le gouvernorat de Nabeul.
Concrètement, son approche consiste à identifier six défis environnementaux majeurs à l’échelle territoriale et à les transformer en projets économiques générateurs d’emplois. Cette démarche répond à un double impératif : réduire le chômage, notamment celui des jeunes diplômés, tout en accélérant la transition écologique.
Dans ce contexte, Salem Sahli, président de l’Aere, a souligné que de nombreuses initiatives portées par de jeunes entrepreneurs demeurent insuffisamment visibles et peu accompagnées. Faute de soutien adéquat, ces projets peinent à atteindre une taille critique et à s’inscrire durablement dans le tissu économique.
L’un des axes primordiaux du projet repose sur la promotion de la « créativité verte », entendue comme la capacité à concevoir des solutions innovantes conciliant performance économique et impact environnemental. Prévu sur la période 2025-2028, « Meraviglia » met ainsi l’accent sur la formation, le renforcement des compétences entrepreneuriales et l’accompagnement personnalisé des porteurs de projets.
Dans cette optique, l’expert en entrepreneuriat, Karim Rejeb, a indiqué que ce type d’initiative constitue un levier essentiel pour intégrer les populations exclues dans le circuit économique, tout en apportant des réponses concrètes aux enjeux environnementaux locaux. Le projet adopte, à cet effet, une approche territorialisée, couvre l’ensemble du gouvernorat de Nabeul afin de mieux prendre en compte ses spécificités économiques, sociales et écologiques.
Par ailleurs, plusieurs dispositifs innovants sont prévus, notamment la création de tiers-lieux dédiés aux compétences environnementales, le lancement d’une académie virtuelle de l’entrepreneuriat vert, ainsi que des parcours de formation hybrides combinant e-learning, mentorat et mises en situation pratiques. Des résidences d’éco-entrepreneurs viendront également favoriser les échanges interculturels à l’échelle méditerranéenne.
Un écosystème à consolider
Toutefois, malgré cette dynamique, les défis demeurent importants. Les acteurs de la société civile, les universitaires et les entrepreneurs présents lors du lancement ont insisté sur la nécessité d’adapter les formations aux besoins réels des micro-entreprises vertes, tout en renforçant la coordination entre les différents intervenants.
Dans les faits, le principal enjeu réside dans la capacité à lever les obstacles financiers et réglementaires qui freinent la croissance des projets. Plusieurs jeunes entrepreneurs ont ainsi souligné que, sans accompagnement adéquat, de nombreuses initiatives restent à un stade embryonnaire et limitent leur impact économique et environnemental. Dans ce sens, Chiheb Ben Fradj, membre de l’Aere, a plaidé pour un soutien renforcé financier, institutionnel et technique afin de permettre aux porteurs de projets de franchir les étapes critiques de développement. Au-delà du projet « Meraviglia », c’est, en filigrane, toute la question du modèle de croissance tunisien qui se trouve posée. L’économie verte apparaît aujourd’hui comme une voie crédible pour concilier création de richesse, inclusion sociale et préservation des ressources naturelles. Cependant, pour que cette transition se concrétise ; elle devra s’accompagner d’une transformation en profondeur de l’écosystème entrepreneurial, passant notamment par la simplification des procédures, l’amélioration de l’accès au financement, le renforcement des synergies public-privé et la valorisation des initiatives locales. En définitive, ce projet illustre une évolution de fond : celle d’une économie en quête de transformation, capable de convertir ses contraintes environnementales en opportunités de développement.



