Présent à Bakou dans le cadre du World Urban Forum 13 (WUF13), Majdi Frihi, chef de projet à ONU-Habitat Tunisie, estime que la participation tunisienne à ce rendez-vous mondial constitue une opportunité stratégique pour valoriser l’expérience tunisienne en matière d’urbanisme, de logement et d’aménagement intégré. Dans cet entretien accordé à La Presse, il appelle à une mobilisation plus large des institutions, des villes et du secteur privé tunisien afin de renforcer la présence du pays sur la scène urbaine internationale.
Quel rôle joue aujourd’hui le World Urban Forum dans les débats internationaux sur les villes et l’urbanisme ?
Le World Urban Forum est aujourd’hui l’une des plus importantes plateformes mondiales consacrées aux questions urbaines. Ce n’est pas uniquement un espace institutionnel, mais un véritable lieu d’échange d’expériences, de bonnes pratiques et d’expertises entre gouvernements, villes, organisations internationales, société civile et acteurs privés.
Le forum permet en outre d’ouvrir des dialogues politiques autour des grands défis urbains mondiaux : le logement, la mobilité, les espaces publics, le changement climatique, la résilience des villes ou encore l’inclusion sociale.
Ce qui est particulièrement important dans ce forum, c’est qu’il donne aussi la parole aux villes, aux collectivités locales et aux citoyens. Les participants viennent partager leurs problématiques, mais aussi les solutions concrètes qu’ils ont testées et qui ont donné des résultats positifs.
Comment évaluez-vous la participation tunisienne à cette 13e édition organisée à Bakou ?
La Tunisie a été très bien représentée durant cette session. Il y avait une délégation tunisienne importante et active, avec notamment la participation du ministre de l’Équipement et de l’Habitat, qui a porté la voix de la Tunisie lors des différentes rencontres et discussions internationales.
En tant que bureau ONU-Habitat Tunisie, nous avons participé à plusieurs ateliers, dialogues et sessions thématiques. Nous avons également présenté plusieurs projets développés en Tunisie dans les domaines de l’urbanisme, du logement et de l’aménagement intégré.
Cette participation a permis de montrer que la Tunisie dispose d’une véritable expérience dans le domaine urbain, notamment en matière de projets urbains intégrés. Depuis les années 1990, la Tunisie a développé une approche intégrée de la conception urbaine qui reste aujourd’hui une expérience importante à valoriser à l’échelle internationale.
Justement, quels sont selon vous les principaux atouts de l’expérience tunisienne ?
La Tunisie possède une expérience riche et diversifiée dans plusieurs domaines liés à l’habitat et au développement urbain. Nous avons mené des projets de réhabilitation urbaine, des programmes d’habitat social, des projets d’amélioration de l’habitat rural ainsi que des expériences importantes dans l’aménagement des espaces publics.
L’approche tunisienne repose historiquement sur une vision intégrée du développement urbain, ce qui a été largement souligné durant cette édition du WUF13.
Aujourd’hui, l’enjeu pour la Tunisie est d’aller plus loin en valorisant cette expérience avec une dimension plus innovante. Il ne s’agit pas seulement de présenter ce qui a été réalisé, mais aussi d’apprendre des autres expériences internationales, d’échanger avec des villes confrontées à des défis similaires et d’intégrer de nouvelles approches technologiques et environnementales.
Vous insistez beaucoup sur la nécessité d’innover. Pourquoi est-ce devenu essentiel ?
Parce que les défis urbains évoluent très rapidement. Aujourd’hui, les villes doivent faire face à des problématiques beaucoup plus complexes qu’auparavant : changement climatique, pression démographique, mobilité, logement abordable, qualité des espaces publics ou encore transition écologique.
La Tunisie dispose d’une base solide, mais elle doit désormais intégrer davantage d’innovation dans ses politiques urbaines. Cela concerne les technologies, les solutions environnementales, les nouveaux modèles de gouvernance locale ou encore la participation citoyenne.
Le WUF13 nous a montré que plusieurs pays investissent fortement dans l’innovation urbaine. La Tunisie doit donc renforcer sa présence dans ces débats internationaux afin de partager son expertise, mais aussi de bénéficier des nouvelles expériences mondiales.
Vous avez lancé un appel à une participation tunisienne plus large lors de la prochaine édition à Mexico. Pourquoi ?
Parce que la présence tunisienne dans ce type de forum ne doit pas concerner uniquement les institutions publiques. Il faut une mobilisation nationale beaucoup plus large.
Nous espérons que lors de la prochaine session prévue à Mexico, la Tunisie sera représentée non seulement par l’administration et les autorités centrales, mais également par les collectivités locales, les municipalités, la société civile, les experts et surtout le secteur privé tunisien.
La Tunisie possède aujourd’hui des entreprises capables de présenter des solutions innovantes dans les domaines du logement, de l’habitat, des espaces verts, des espaces publics ou encore des technologies urbaines.
C’est une occasion importante pour valoriser l’innovation tunisienne à l’échelle mondiale.
Quels messages retenez-vous finalement de cette édition du WUF13 ?
Le principal message est que les villes sont désormais au cœur des grands défis mondiaux. Les questions du logement, du développement urbain durable et de la qualité de vie deviennent des priorités absolues.
La Tunisie a des expériences importantes à partager et elle doit continuer à être présente dans ces espaces internationaux de dialogue et de coopération.
Mais il faut aussi préparer l’avenir dès maintenant. Les deux prochaines années doivent permettre à la Tunisie de renforcer davantage ses projets urbains, de développer de nouvelles expériences locales et surtout de construire une participation forte et structurée pour la prochaine édition à Mexico.
L’objectif est clair : faire entendre la voix de la Tunisie sur la scène urbaine mondiale et montrer que notre pays possède des solutions, des compétences et une expérience capables d’inspirer d’autres villes et d’autres pays.



