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« Histoires Parallèles » d’Asghar Farhadi et « Autofiction » de Pedro Almodovar: Réinventer la fiction à l’écran

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  • 27 mai 2026
  • 5 min de lecture
« Histoires Parallèles » d’Asghar Farhadi et « Autofiction » de Pedro Almodovar: Réinventer la fiction à l’écran

Deux longs métrages ont concouru pour la Palme d’or de la 79e édition du festival de Cannes et sont rentrés bredouilles : Celui signé par Almodovar et un 2e réalisé par Farhadi. Haletant et complètement maîtrisé de bout en bout, « Autofiction » confirme une fois de plus le talent de son maître. Laborieux, long et poussif, celui d’Asghar Farhadi peine à conquérir. Les deux seront prochainement en salles tunisiennes.

La Presse — « Histoires parallèles » d’Asghar Farhadi : quand les récits s’entrelacent

Le film, signé par l’Iranien Asghar Farhadi, a été conçu afin de brouiller la frontière entre l’irréel et le fictif, dans une fiction au casting 5 étoiles. A l’affiche ? Isabelle Huppert, Virginie Efira, Adam Bessa, Vincent Cassel, Pierre Ninney et la participation de Catherine Deneuve. Rien que ça ! Pourtant, et comme tout scénario peu solide, les stars finissent par éclipser la solidité de l’histoire, ou, dans ce cas de figure, des nombreuses histoires racontées. Annoncé comme iranien, le film n’a d’iranien que le nom de son réalisateur.

Tout se passe à Paris, avec des acteurs français de renom. Sylvie, une romancière en panne d’inspiration, observe ses voisins depuis son appartement parisien et imagine, peu à peu, leur vie intime pour nourrir son nouveau roman. Mais lorsqu’elle engage Adam, un jeune homme solitaire, la fiction qu’elle construit finit par contaminer le réel, déclenchant une mécanique de manipulation et de désir aux conséquences imprévisibles. Thriller psychologique au rythme mou, le spectateur est embarqué dans des récits multiples, possédant, d’emblée, une multitude d’aboutissements, souvent prévisibles. L’écriture est élaborée, mais perd, en cours, le public qui finit par patauger.

Entre le romanesque et le vrai, la limite se brouille et se perdre devient presque inévitable. Une écriture complexe aux multiples niveaux, qui a comme vocation de valoriser un ensemble d’histoires, narrées différemment, mais qui, au final, débordent et finissent par lasser.

« Autofiction » de Pedro Almodovar : une écriture qui éclate les codes

Le film à l’esthétique légendaire irréprochable annonce un mélodrame relationnel bien construit, dès le départ. Mais quand Pédro Almodovar est aux commandes, rien n’est laissé au hasard. Le réalisateur, scénariste et producteur embarque son public dans les méandres d’un scénario, aux multiples rebondissements. Entre œuvre en cours d’écriture, jeu temporel habile et le fictif qui se dessine avec un zeste de suspense, le spectateur est retenu en haleine. Almodovar nous présente une mise en abime fascinante, celle d’un film niché dans un autre. Au moins deux histoires se prolongent, s’entrechoquent et finissent par se dessiner d’une façon fluide et éloquente.

Le récit suit Raúl, cinéaste en panne d’inspiration, qui transforme le drame vécu par une proche collaboratrice en matière scénaristique. Peu à peu naît Elsa, réalisatrice fictive dont les névroses, les migraines et les dérives sentimentales deviennent le prolongement du propre inconscient de son auteur. Ce qui fait le succès du film, c’est aussi le fait de renouer avec une recette qui gagne et de l’enrichir : la figure féminine, spécialement maternelle, dans tous ses états, le rouge dominant, un zeste de charnel, des relations peu normatives, le souci de transmission, la valorisation de la mémoire et la touche dramatique, saupoudrée d’humour. De son titre, on devine que le réalisateur s’est lancé dans une tentative de se raconter en partie et de dévoiler la manière de créer ses personnages, comment les esquisser et son rapport à l’écriture.

« Autofiction » met le processus d’écriture du maître, face caméra. L’élégance de sa réalisation prime, à travers les lieux, sa mise en scène, ses couleurs éclatantes, ses personnages flamboyants. Une concrétisation de l’esthétique qui reste imbattable et propre à l’auteur. Le drame revisite le 7e art et le met en scène, sans trop tomber dans le théorique ou sans paraître hautain ou donneur de leçon.

Le film est porté par une panoplie d’actrices et acteurs, au jeu convaincant, citons Leonardo Sbaraglia et Bárbara Lennie. Le cinéma espagnol frappe encore une fois. L’autre coup de cœur de l’édition est remporté par « La Bola Negra » de Javier Ambrossi et Javier Calvo, prix de la mise en scène cannoise et également en compétition officielle. Un long métrage historique et contemporain magistral qui revient sur la vie du poète Garcia Lorca, à l’œuvre poétique inachevée et sur sa fin tragique sous les franquistes d’Espagne. Un séisme sur la Croisette.

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Auteur

Haithem Haouel

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