«Ils» se sont installés sur un certain nombre de carrefours et offrent des amandes vertes décortiquées, ensachées et… prêtes à l’emploi. «Ils», ce sont ces jeunes que nous retrouvons régulièrement, à chaque saison, à la même époque, bien calés derrière de petites tables, souvent sous les ponts ou les échangeurs. Ils se font payer, et comme la satisfaction d’une gourmandise n’a pas de prix, les affaires marchent. On conduit et toute la famille pourra se servir et croquer des amandes vertes qui ont bon goût, mais… et il y a un mais, dont la répercussion sur l’économie nationale est si importante.
La Presse — La Tunisie exploite plus de 400.000 hectares d’amandiers. C’est un des principaux producteurs mondiaux, mais en raison de la grande quantité consommée avant son mûrissement — près d’une soixantaine de tonnes —, nous nous retrouvons dans l’obligation… d’en importer pour pourvoir aux besoins du marché intérieur. Pâtisseries, confiseries, et autres usages ont en effet besoin de ce fruit sec.
L’importation s’effectue dès lors en devises fortes, et cela constitue bien entendu un handicap certain dont on pourrait se passer. Ces devises, rien que dans ce secteur, pourraient par exemple servir à importer des machines outils, pour monter des unités de production ou de transformation de ce fruit sec pour augmenter sa valeur ajoutée et créer des emplois.
Une richesse négligée
En fait, rien ne se jette dans ces amandes. Selon un connaisseur du secteur interrogé à propos de l’utilisation possible des amandes, il nous précise que «l’amande se consomme crue, mondée ou torréfiée pour un apport quotidien d’environ (soit 20 à 25 amandes). Elle est idéale pour enrichir les salades, yaourts, gâteaux ou pour préparer du lait végétal et du beurre d’amande. Sans oublier les huiles médicinales et cosmétiques que nous importons et que nous pourrions fabriquer sur place et en exporter. Ou encore le lait d’amande qui est une boisson végétale sans lactose, idéale pour remplacer le lait de vache. Riche en antioxydants et en vitamine E, il peut se boire nature, chaud ou froid, et s’intègre parfaitement aux préparations sucrées ou salées.
Sans négliger l’alimentation animale que l’on obtient à partir de l’utilisation des déchets d’amandes (coques, peaux et téguments) et qui permet de réduire le gaspillage et de fournir une source de fibres intéressante pour les ruminants».
Il apparaît de ce fait que l’apport que constitue ce contingent d’amandes consommées avant le mûrissement du fruit est une perte sèche dont on pourrait se passer. Un véritable gisement de rapports aussi bien au niveau interne qu’à celui de l’exportation que nous cherchons à varier pour élargir la gamme des produits utiles, commercialement faciles à écouler et surtout recherchés de par le monde.
Les terres domaniales
Quelle pourrait être la solution ? En parcourant les pages d’un de nos confrères, nous avons été motivés par un de ses titres et de ses arguments portant sur la mauvaise utilisation des terres domaniales tunisiennes.
Ces terres appartiennent à l’Etat et leur gestion est un véritable casse-tête. Leur octroi est un dilemme, un tracas pour éviter de s’en séparer sans commettre d’erreur.
Cela nous rappelle ce qui s’était passé à une certaine époque dans l’ex-Yougoslavie où l’Etat s’était retrouvé à la tête d’immenses territoires. Il a pris la décision de tout planter en… prunes. En attendant les solutions et la répartition selon des besoins nationaux. La prune, devenue un fruit national qui pousse sans problème, s’est convertie en boisson nationale alcoolisée vendue dans le monde entier.
Pourquoi ne pas décider de planter nos terres domaniales en choisissant parmi les fruits ou autres produits qui ne demandent pas beaucoup d’entretien et qui rapportent tout en agissant sur le cours des marchés locaux. Les figues de Barbarie résistantes aux maladies, les amandes, les figues, les céréales pourquoi pas, si des d’investisseurs sont intéressés par la location avec condition de mise en valeur contractuelle, etc ?
Une fois ces terres allouées pour un projet choisi et agréé, la reconversion est aussi facile que possible. Mais il faudrait une décision politique pour tirer ces immensités actuellement abandonnées, donc une loi.
Le moins que l’on puisse gagner, ce serait de protéger le sol, agir positivement sur le climat et créer des emplois. Cela vaut beaucoup mieux que ces terres en friches, rongées par l’abandon, alors qu’elles pourraient tant rapporter dans l’attente de leur redéploiement.
Sans parler du prix de vente des amandes sur le marché local (ils sont essentiels pour la fête du Mouled qui pointe), qui a dépassé les cinquante dinars, ce qui représente une honte pour un pays gros producteur.



