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A la galerie Selma Feriani : Un laboratoire de l’art contemporain

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  • 30 mai 2026
  • 6 min de lecture
A la galerie Selma Feriani : Un laboratoire  de l’art contemporain

Entre diaspora et expérimentations visuelles, deux artistes internationales investissent L’Atelier by Selma Feriani dans le cadre d’une résidence menée en collaboration avec Nafas et Brave Projects. A travers cette initiative, Tunis affirme un peu plus sa place comme plateforme émergente de création, de recherche et de dialogue artistique en Méditerranée.

La Presse — A Tunis, un nouvel espace de dialogue artistique prend forme à travers la collaboration entre L’Atelier by Selma Feriani, Nafas et Brave Projects. Cette initiative commune a récemment accueilli deux artistes internationales en résidence, Tasneem Sarkez et Nina Kintsurashvili, dans le cadre d’un programme qui entend renforcer les échanges entre pratiques contemporaines, contextes locaux et recherche artistique.

Pensé comme un lieu d’expérimentation et de réflexion, le programme de résidence de L’Atelier by Selma Feriani poursuit ainsi son développement en ouvrant un nouvel espace de studio dans la banlieue de Tunis. Au-delà de l’accueil des artistes, cette expansion marque une volonté plus large : créer une plateforme internationale fondée sur l’ouverture, la collaboration et la circulation des idées entre artistes, commissaires et publics.

Durant leur séjour en Tunisie, Tasneem Sarkez et Nina Kintsurashvili développent chacune de nouveaux projets en dialogue avec les paysages, les histoires et les dynamiques culturelles locales. Le programme met à leur disposition le temps, l’espace et les ressources nécessaires pour mener des recherches approfondies et produire de nouvelles œuvres.

Née à Portland, dans l’Oregon, en 2002 de parents immigrés libyens, Tasneem Sarkez appartient à une jeune génération d’artistes qui explorent les identités diasporiques à travers les images numériques et les cultures visuelles contemporaines. Installée aujourd’hui à New York, elle développe une pratique située entre peinture et sculpture qu’elle qualifie elle-même de « kitsch arabe ».

Son travail puise dans les réseaux sociaux arabes, les forums internet et l’esthétique du web des années 2000. À travers des peintures à l’huile souvent construites à partir d’images trouvées, floues ou recadrées, Sarkez s’intéresse à la manière dont les objets du quotidien deviennent des marqueurs culturels lorsqu’ils circulent entre différentes langues et différents contextes.

La voiture, motif récurrent dans son œuvre, apparaît comme un symbole à la fois populaire et affectif. Dans certaines pièces, l’artiste associe images automobiles et textes en arabe, créant des références visuelles immédiatement lisibles pour certains publics mais presque invisibles pour d’autres. Ce jeu de décalage culturel constitue l’un des axes centraux de sa démarche.

Ses œuvres interrogent également les notions de féminité, de consommation et d’acculturation. En réutilisant des objets familiers — emballages de savon, flacons de parfum, slogans publicitaires — elle met en lumière les mécanismes par lesquels les identités se construisent entre héritage culturel, mémoire intime et culture de masse.

La résidence tunisienne offre ainsi à l’artiste un terrain particulièrement fertile. Les circulations culturelles entre l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient et les diasporas occidentales entrent directement en résonance avec ses recherches plastiques et théoriques.

À ses côtés, Nina Kintsurashvili développe une pratique picturale profondément marquée par la mémoire des images et leur transmission. Née à Tbilissi en 1992 et également basée à New York, l’artiste a grandi dans un environnement fortement lié à la peinture et à la restauration d’œuvres religieuses : son père était restaurateur de fresques et sa mère peintre d’icônes.

Cette proximité avec des images anciennes, fragiles ou endommagées a durablement influencé son rapport à la peinture. Dans son travail, les formes apparaissent puis disparaissent sous des couches successives de gestes, d’effacements et de reprises. Ses tableaux se situent dans un espace ambigu entre abstraction et figuration, où le regard oscille constamment entre reconnaissance et incertitude.

L’artiste évoque souvent l’importance des livres, des reproductions et des matériaux trouvés dans les rues de Tbilissi dans sa formation visuelle. Ayant grandi en Géorgie dans un contexte d’accès limité aux œuvres originales, elle a construit une relation indirecte à l’histoire de l’art, nourrie par les reproductions imprimées et les archives fragmentaires. Cette expérience de la distance et de la médiation traverse aujourd’hui toute sa pratique.

À Tunis, cette réflexion sur les traces, les mémoires et les images en circulation trouve un nouvel écho. Le travail de Kintsurashvili dialogue naturellement avec les dimensions historiques et architecturales de la ville, mais aussi avec les questions plus larges de transmission culturelle et de transformation des récits visuels.

Le programme bénéficie également de l’accompagnement curatorial de Racha Khemiri, commissaire d’exposition et chercheuse tunisienne. Travaillant étroitement avec les artistes, elle assure un suivi critique du développement de leurs projets tout en favorisant un dialogue continu entre création, contexte et présentation publique.

Issue d’une formation en études anglaises et culturelles, Racha Khemiri inscrit sa pratique dans une approche de recherche nourrie par les théories féministes, les études visuelles et la réflexion sur les archives. Ses travaux s’intéressent notamment aux questions de représentation, de mémoire critique et d’histoire culturelle. En parallèle de son rôle d’Associate Curator à Selma Feriani Gallery, elle dirige aujourd’hui le programme de résidence de L’Atelier by Selma Feriani.

Au-delà des œuvres produites, cette résidence témoigne d’une ambition plus large : faire de Tunis un espace actif de circulation artistique internationale. Dans un contexte où les résidences deviennent des lieux essentiels de recherche et d’échange, l’initiative portée par L’Atelier by Selma Feriani, Nafas et Brave Projects affirme l’importance de créer des structures capables d’accueillir des pratiques expérimentales tout en restant profondément ancrées dans leur environnement local.

Des sessions d’atelier ouvert seront prochainement organisées afin de permettre au public de découvrir les recherches en cours et d’échanger directement avec les artistes. Une manière de prolonger cette dynamique collective où création contemporaine, dialogue interculturel et réflexion critique se rencontrent au cœur de Tunis.

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Auteur

Asma DRISSI

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