La Tunisie se prépare à franchir une nouvelle étape dans le domaine de la chirurgie cardiovasculaire avec l’introduction prochaine de la chirurgie cardiaque assistée par robot, ont annoncé jeudi plusieurs spécialistes à l’ouverture du huitième congrès de l’Association tunisienne de chirurgie cardiaque et vasculaire, organisé à Tunis jusqu’au 7 juin.
Réunissant près de 300 participants issus des secteurs public et privé ainsi que des experts venus de plusieurs pays arabes, africains et européens, ce rendez-vous scientifique a mis en lumière les avancées technologiques qui transforment progressivement la prise en charge des maladies cardiaques en Tunisie.
Le chef du service de chirurgie cardiaque, thoracique et vasculaire de l’hôpital universitaire Habib Bourguiba de Sfax, Imed Frikha, a indiqué que le pays se prépare à adopter la chirurgie cardiaque robotisée après avoir déjà intégré cette technologie dans d’autres spécialités médicales. Cette technique de pointe permet au chirurgien de piloter des bras robotisés de haute précision à partir d’une plateforme électronique, offrant la possibilité de réaliser des interventions complexes à travers de très petites incisions.
Selon lui, cette innovation présente de nombreux avantages, notamment la réduction des saignements, des risques infectieux et des douleurs postopératoires, tout en raccourcissant la durée d’hospitalisation et le temps de récupération des patients.
Les intervenants ont également souligné l’essor des techniques mini-invasives, notamment la chirurgie cardiaque par vidéoscopie, désormais pratiquée dans plusieurs établissements hospitaliers du pays, dont les hôpitaux de La Rabta à Tunis, Abderrahmane Mami à l’Ariana, Habib Bourguiba à Sfax et Sahloul à Sousse. Cette approche permet d’effectuer certaines opérations cardiaques sans ouverture complète du thorax, améliorant ainsi les résultats thérapeutiques et le confort des patients.
Le président de l’Association tunisienne de chirurgie cardiaque et vasculaire, Raouf Denguir, a estimé que la Tunisie occupe aujourd’hui une position de référence dans la région grâce à l’expertise de ses équipes médicales et à sa capacité à intégrer les innovations technologiques malgré leur coût élevé. Il a relevé que de nombreux médecins étrangers viennent se former auprès des spécialistes tunisiens, témoignant du rayonnement scientifique acquis par cette discipline.
Parmi les innovations récemment introduites figure également la technologie des pompes cardiaques destinées aux patients souffrant d’insuffisance cardiaque avancée. Adoptée en Tunisie depuis 2024, cette solution permet de soutenir les fonctions du cœur pendant plusieurs années en attendant une éventuelle transplantation. Chaque dispositif, dont le coût atteint environ 300 000 dinars, est pris en charge par la Caisse nationale d’assurance maladie.
Les spécialistes ont par ailleurs rappelé que les transplantations cardiaques demeurent limitées en Tunisie en raison du faible nombre de donneurs, avec seulement 15 à 20 greffes réalisées chaque année.
Les avancées technologiques concernent également le traitement de certaines pathologies vasculaires sans chirurgie ouverte grâce à l’utilisation de stents et de prothèses endovasculaires introduits par cathéter, notamment pour la prise en charge des anévrismes de l’aorte.
Selon les données présentées lors du congrès, la Tunisie réalise chaque année près de 2 500 opérations à cœur ouvert, dont environ 200 chez les nourrissons et les enfants, avec des taux de réussite jugés élevés grâce à l’expérience accumulée des équipes médicales et aux équipements disponibles.
Le congrès consacre également une large place à la formation des jeunes médecins à travers des ateliers de simulation chirurgicale et des sessions pratiques supervisées par des experts. Une récompense de plus de 2 000 dinars sera attribuée à la meilleure communication scientifique présentée par un jeune médecin afin d’encourager la recherche et l’innovation dans le secteur.
Les travaux du congrès portent notamment sur la chirurgie cardiaque chez l’adulte et l’enfant, la chirurgie assistée par vidéo, les interventions vasculaires percutanées, le traitement des maladies veineuses ainsi que les techniques modernes de prise en charge des anévrismes de l’aorte.



