La crise que traverse le secteur du phosphate en Tunisie est avant tout structurelle et ne saurait être résolue par de simples réorganisations administratives. C’est l’analyse formulée ce jeudi 4 juin 2026 par l’expert en développement et en ressources Hussein Rhili.
Intervenant sur Express Fm, il a indiqué que les difficultés actuelles de la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG) et du Groupe chimique tunisien (GCT) dépassent largement la question de la gouvernance ou de la nomination d’une direction unifiée. Le problème, insiste-t-il, réside dans une crise profonde et cumulative touchant l’ensemble de la chaîne de valeur du phosphate.
Des réformes de gouvernance jugées insuffisantes
L’expert estime que la nomination d’un seul directeur général à la tête des deux entreprises ne constitue pas, à elle seule, une solution efficace, d’autant plus que les deux structures conservent des conseils d’administration distincts. Cette dualité, selon lui, complique la prise de décision et fragilise la coordination entre deux entités pourtant étroitement interdépendantes.
Hussein Rhili rappelle que des tentatives de restructuration ont déjà été menées par le passé, notamment en 1994, avec l’unification de la gestion des deux institutions sous une direction commune, suivie en 1996 par la fusion de leurs structures commerciales. À l’époque, cette réforme s’inscrivait dans un programme de relance du secteur dans un contexte international difficile.
La situation actuelle est toutefois très différente, souligne-t-il. Les deux entreprises font face à des difficultés financières, sociales, environnementales et techniques accumulées au fil des années.
La Compagnie des phosphates de Gafsa souffre d’un important recul de ses capacités financières et opérationnelles, tandis que le Groupe chimique tunisien fonctionne à environ 20 % seulement de sa capacité de production, en raison du blocage des investissements et de problèmes structurels persistants.
Une réforme globale jugée indispensable
Pour l’expert, regrouper deux institutions fragilisées ne permet pas automatiquement de créer une entité plus performante. Sans vision stratégique claire ni plan de redressement à long terme, pouvant s’étendre sur 10, 15 voire 20 ans, une telle démarche risque même d’aggraver les dysfonctionnements existants.
Il souligne en outre que le secteur du phosphate n’est plus une activité extractive classique, mais s’inscrit désormais dans une compétition mondiale autour des matières premières stratégiques. Ce contexte impose, selon lui, une réévaluation complète du positionnement de la Tunisie dans ce domaine.
Hussein Rhili a par ailleurs rappelé que les problématiques environnementales liées au phosphate ne se limitent pas à la région de Gabès, mais concernent également les zones d’extraction du bassin minier. Ces régions continuent de subir une forte pression sur les ressources en eau, ainsi que des impacts sanitaires et environnementaux croissants.
Par ailleurs, l’expert appelle à considérer le dossier du phosphate comme une question nationale majeure, dépassant le cadre des entreprises et des ministères concernés. Il plaide pour l’élaboration d’une stratégie globale, associant l’ensemble des parties prenantes, afin de redonner au secteur son rôle historique dans l’économie tunisienne et d’assurer sa viabilité à long terme.



