Élèves et étudiants en vacances : Combien seront-ils dans la nature?
Dans quelques semaines 2.325.443 élèves et étudiants seront en congé. Par une chaleur que l’on annonce suffocante, quels sont les choix qui s’offrent à eux pour que les trois mois de repos se passent dans les meilleures conditions ?
Cela dépendra du niveau social des familles et de ce dont elles disposent pour occuper tout ce monde. Il y a ceux qui ont une piscine pour s’ébattre et possèdent plus d’une voiture disponible pour foncer vers les côtes. Et il y a ceux qui font de tout déplacement hors de leurs villes où villages une véritable aventure. Trains ou bus, taxis individuels ou collectifs sont là pour entamer ce périple aussi périlleux que fastidieux. Ce sera à une fréquence plus ou moins rapprochée que ces fugues vers les côtes seront effectuées, mettant à contribution les économies de la famille.
Et il y a bien sûr ceux qui sont démunis de tout, oubliés, ces laissés pour compte qui se résignent à faire des trottoirs un refuge pour vivre leur solitude.
Trois mois! C’est dur à passer et à vivre sans un minimum d’occupation. Hanter les rues aux premières heures de la journée ou se transformer en ombres fuyantes à la tombée de la journée pour lacérer des voitures en stationnement, ne peut se faire tous les jours.
Vendre des fleurs ou des paquets de papier mouchoir pour gagner quelques sous et acheter quelque chose à ramener à la maison, ce serait l’idéal mais les «affaires» ne sont pas tous les jours florissantes. Que faire alors?
Aller faire un tour du côté des marchés et offrir ses services pour vendre tomates et pommes de terre, sous la menace des rondes de surveillance? Ce serait une bonne idée. Cela rapporte, mais il faudrait savoir comment glisser dans un des réseaux qui règnent en maîtres.
Ou alors se mettre à l’abri, attendre la fin de la journée pour se trouver une place dans une des deux équipes de football qui se forment spontanément et mobilisent tout le quartier.
Trois mois, c’est long.
«Nous verrons du côté de la maison des jeunes et de la piscine. Pour cette dernière, il faut payer de l’argent à soutirer au père à la mère ou à un des frères et sœurs. Et on ne peut pas le faire tous les jours.
Les maisons des jeunes, comme celle d’El Menzah 6, sont pleines à craquer. Il faudrait s’abonner et trouver une place. Ce n’est pas toujours évident. Cette Cité culturelle et sportive est dépassée par les événements. Elle est devenue trop «petite» pour le nombre de ceux qui la sollicitent. Il s’agit de trouver le moyen de l’agrandir, peut-être en récupérant certains locaux, pour qu’elle remplisse son rôle de troisième milieu, pour ces milliers de jeunes et moins jeunes.
Au cas où on trouverait une place, c’est deux à trois fois par semaine. Pas plus. Et… trois mois, c’est long».
Voilà de façon assez expéditive les problèmes que vit une majorité écrasante de ces deux millions et demi de petits citoyens et citoyennes qui n’ont pas encore trouvé qui parler en leur nom.
Certes, on s’efforce de s’équiper pour justement occuper cette jeunesse et ces enfants de différents âges. Mais les besoins sont tels que cela s’avère insuffisant. Parce que tout simplement un repos, un congé doit être actif. Le jeune a besoin de repos après une année scolaire plus ou moins dure, mais pas au point de sombrer dans la fainéantise.
Parmi ceux qui ont été approchés, aucun n’a cité une petite visite à une bibliothèque par exemple. Presque plus personne n’y pense. Livres et cahiers, on s’en débarrassera le dernier jour à la porte de l’école.
Un vide à combler
Il y a assurément un vide à combler. Et l’Etat ne peut tout faire. Il faudrait encourager les sociétés qui fonctionnent dans bien des cités à créer des clubs et à les entretenir. Ils pourront accueillir les enfants et les jeunes du personnel, joueront pleinement leur rôle dans l’encadrement et même la formation en fonction des ateliers choisis. Mais il faudrait les encourager en leur offrant au moins, à titre de contribution, un terrain de proximité par exemple. Un partenariat gagnant-gagnant qui écarte ce désœuvrement que l’on se doit de prévenir par les temps qui courent avec des réseaux sociaux aussi menaçants que mauvais conseillers.
Et comme d’habitude, on soulèvera les autorisations et les interminables démarches administratives qui coulent un projet avant même de le réaliser.
Dans bien des pays arabes, les clubs et les grandes entreprises possèdent de «clubs» superbement équipés qui reçoivent à partir de la…maternelle. Salles de jeux, de musculation, informatique, cinémas, théâtre de plein air et bien d’autres activités tournent à plein régime.
Pas beaucoup de choix
Ces festivals et autres manifestations que l’on organise en été sont la bienvenue, mais ne résolvent que les problèmes des adultes. Pour les jeunes et les enfants, une majorité n’a que deux choix : les plages surchargées ou la rue et ses dangers.
A moins de mettre en place un programme d’équipement de loisirs pour ces cités qui émergent de partout et de combler le vide de celles qui n’ont rien et qui précipitent les nouvelles générations vers l’inconnu.
Le seul moyen de s’en tirer, de combler notre retard, est bien de se convaincre que l’Etat ne peut tout faire. C’est son rôle et devoir de montrer la voie, d’exiger le respect d’un certain nombre de considérations qui ont trait à nos orientations souveraines, nos usages et traditions, mais sans poser des conditions-obstacles qui rebutent et choquent ceux qui voudraient investir et offrir leur aide.
Il faudrait de ce fait encourager le privé à contribuer à cette prise en charge de ces hommes de demain. Ce sont tout d’abord et avant tout des élèves qu’on maintient sur les bancs de l’école, des emplois à créer, une infrastructure qu’on enrichit, des enfants et des jeunes qu’on met à l’abri, qu’on oriente dans les bonnes directions pour leur éviter de sombrer et de dévier vers les mille et une tentations que les réseaux sociaux attisent et encouragent pour des raisons qu’ils sont les seuls à connaître.
Sans perdre de vue que l’erreur à ne pas commettre c’est d’oublier que si l’enfant invente ses jeux il lui faut un minimum d’outils, d’espaces et de cette main tendue du pédagogue, du formateur, du mentor, du guide dans un milieu de plus en plus impitoyable.



