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Ridha Chkoundali : « Le véritable danger est une inflation durablement installée au-dessus de 5 % »

  • 9 juin 2026
  • 4 min de lecture
Ridha Chkoundali : « Le véritable danger est une inflation durablement installée au-dessus de 5 % »

Dans une publication sur son compte Facebook officiel, l’économiste Ridha Chkoundali dresse un tableau alarmant de l’évolution des prix en Tunisie. À partir des données de mai 2026, il documente une reprise de l’inflation après une année de légère décrue, une flambée des produits alimentaires de base et une érosion du pouvoir d’achat qui s’est accélérée depuis 2021.

L’inflation a atteint 5,5 % en mai 2026, un niveau identique à celui d’avril. Mais derrière cette stabilité apparente, Ridha Chkoundali identifie une inversion de tendance inquiétante : depuis janvier 2026, où l’indice s’établissait à 4,8 %, la hausse des prix n’a cessé de progresser chaque mois. C’est l’inverse de ce qui s’était produit en 2025, quand l’inflation avait reculé de 6 % en janvier à 5,4 % en mai.

Sur les cinq premiers mois de l’année, la hausse cumulée atteint 5,2 %, contre 5,7 % sur la même période en 2025. Un écart qui, selon l’économiste, ne doit pas induire en erreur : la dynamique actuelle est celle d’une remontée continue, non d’un repli.

Une flambée alimentaire aux causes structurelles

C’est sur les produits de première nécessité que la pression est la plus forte. En mai 2026, les viandes ont bondi de 18,2 % sur un an, les fruits de 11 %, les poissons de 10,6 %, les légumes de 9 %. Pour Ridha Chkoundali, ces progressions dépassent les simples variations saisonnières. Il les attribue à des causes structurelles profondes : réduction du cheptel, renchérissement des aliments pour bétail, sécheresse, hausse du coût de l’irrigation et de la main-d’œuvre, ainsi que défaillances dans les circuits de distribution.

Sur les cinq premiers mois cumulés, l’accélération est nette par rapport à 2025 : les viandes progressent de 13,8 % à 14,9 %, les fruits de 13,9 % à 15,6 %. En l’absence de mesures correctives, l’économiste juge la poursuite de cette tendance inévitable.

Les services et l’éducation également touchés

L’inflation ne se limite pas à l’assiette. Vêtements et chaussures ont augmenté respectivement de 9,6 % et 9 %. Les frais d’éducation progressent de 6,7 % pour le préscolaire et le primaire contre 4 % sur la même période en 2025  et de 6,3 % pour le secondaire. Chkoundali relève par ailleurs l’ancrage croissant de l’inflation des services : loyers en hausse de 5,7 %, loisirs et culture de 6,5 %, services hôteliers de 15,6 %, un bond particulièrement lourd à l’approche de la saison estivale. Sur cinq mois cumulés, ce dernier poste est passé de 8,5 % en 2025 à 13,6 % en 2026.

Un pouvoir d’achat laminé sur dix ans

La lecture sur onze ans que propose l’économiste est sans équivoque : de mai 2015 à mai 2026, les prix ont augmenté de 96 % en moyenne. Ce qui valait dix dinars en 2015 en vaut vingt aujourd’hui. La viande d’agneau est passée de 27 dinars le kilogramme en 2015 à 40 dinars en 2021, puis à 65 dinars en 2026, soit une hausse de 188 %. Les abricots ont suivi une trajectoire similaire : 2,5 dinars le kilo en 2015, 4 dinars en 2021, environ 7 dinars en 2026, soit +163 %.

Chkoundali distingue deux périodes : entre 2015 et 2021, les prix avaient progressé de 39 % une pression que les ménages pouvaient en partie absorber grâce au crédit bancaire et aux facilités de paiement différé. Depuis 2021, la nouvelle législation sur les chèques et le durcissement de la politique monétaire ont fermé ces soupapes, rendant le choc inflationniste sensiblement plus douloureux.

La politique monétaire seule ne suffit pas

Face à cette configuration, la Banque centrale de Tunisie a opté pour la prudence : elle a renoncé à abaisser son taux directeur et n’exclut pas de le relever lors de ses prochaines réunions. Ridha Chkoundali conteste l’efficacité de cette approche. Selon lui, l’inflation actuelle ne découle pas d’une surchauffe de la consommation des ménages, mais d’une offre locale insuffisante, d’un climat peu incitatif à l’investissement privé et d’un recours excessif de l’État à l’emprunt pour couvrir des dépenses de fonctionnement. La politique monétaire, argumente-t-il, est impuissante à corriger de tels déséquilibres structurels.

Un risque géopolitique pour le second semestre

La guerre au Moyen-Orient ajoute une menace extérieure que l’économiste juge sérieuse. Le renchérissement de l’énergie et des engrais, combiné à la dépendance tunisienne aux importations d’ammoniac acheminées via le détroit d’Ormuz, pèse directement sur les coûts agricoles.

Pour le second semestre 2026, Chkoundali anticipe un risque de triple choc simultané : hausse du prix du pétrole, renchérissement des engrais et augmentation mondiale des céréales et des aliments pour bétail autant de facteurs susceptibles de faire basculer la balance en faveur d’une inflation largement importée.

Pour l’économiste, le véritable défi des autorités n’est plus simplement de contenir les prix, mais de relancer la production intérieure et l’investissement afin de renforcer l’offre locale. Sans cela, l’inflation risque de s’ancrer durablement au-dessus de 5 %.

Auteur

S. M.

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