gradient blue
gradient blue
A la une Société

Les vacances dans un appartement : Des enfants en mal d’épanouissement…

Avatar photo
  • 10 juin 2026
  • 5 min de lecture
Les vacances dans un appartement : Des enfants en mal d’épanouissement…

L’habitat moderne impacte-t-il le bien-être des enfants ? Il semble que oui ! Et pour preuve : à l’approche des vacances estivales, les familles habitant dans des appartements, implantés dans des résidences qui poussent d’ailleurs comme des champignons, font face à un problème perpétuellement renouvelé, à savoir comment occuper les enfants, trois mois durant !

La Presse — C’est que la configuration des habitations modernes est faite de la manière la plus économe qui soit. Pour un promoteur, chaque mètre carré compte et doit, par conséquent, être exploité à sa juste-fin. La majorité des appartements demandés par les jeunes couples et par les familles nucléaires se limitent à un salon et deux chambres tout au plus, soit une superficie globale située entre l’intervalle 70 et 90 mètres carrés. Cet espace limité est vivable sans pour autant être confortable pour les enfants. Ces derniers éprouvent le besoin de bouger, courir, jouer. Ils se trouvent en revanche séquestrés, ce qui réduit sensiblement leur bien-être et entrave leurs besoins psychomoteurs. « Ce constat, je m’en suis rendu compte après-coup ! C’est en voyant mes filles grandir que j’ai compris que l’appartement jouait négativement sur leur besoin de dépenser de l’énergie et sur leur humeur », avoue Samia Mejri, mère au foyer de deux filles, âgées de huit et de cinq ans. Certes, l’appartement correspond à la catégorie du haut-standing. Sauf que pour un enfant, ce détail ne compte nullement. La « liberté » n’a pas de prix !

Ecrans, jeux ludiques, et après ?

Se trouvant au foyer durant les longues vacances d’été, les filles de Samia recourent, contraintes, aux écrans comme sources d’épanouissement. « Elles passent leur temps à regarder la télé, à manipuler le téléphone et à s’adonner aux jeux électroniques… Parallèlement, je leur achète de quoi s’amuser à faire des activités ludiques, comme la gouache, la pâte à modeler, des jeux de Monopoly », indique-t-elle. Vu qu’elle est constamment à la maison, cette jeune maman ne juge pas bon d’inscrire ses filles dans des clubs de vacances. « Ce sont des alternatives intéressantes pour les parents actifs. La majorité de ces établissements exigent des sommes exorbitantes contre des prestations bâclées. D’ailleurs, poursuit-elle, je préfère payer la même somme pour les intégrer dans un club sportif, comme les clubs de natation, plutôt que de les placer dans un club de vacances ».

Ce que vivent les filles de Samia durant les vacances est loin d’être une parenthèse. Il s’agit d’une condition infligée au nom de l’habitation et dont les répercussions excèdent le seul ennui. C’est que ce mode de vie finit, au fur et à mesure des vacances, par impacter leur humeur voire  leurs tempéraments respectifs.

L’ «  Open mind » nécessite un «  open space » !

A défaut d’une bonne intégration sociale dans leur environnement-premier, ces filles et la majorité  des enfants qui vivent dans des appartements, passent à côté des principes auxquels nous nous sommes initiés durant l’enfance. Samia avoue que ses filles n’ont pas le sens du partage. Elles ont du mal, de surcroît, à s’adapter aux enfants des voisins qui sont plus âgées qu’elles. « Certes, tous les enfants ne sont pas éduqués de la même manière. Néanmoins, du temps de notre enfance, nous savions faire des concessions dans les groupes d’ami(e)s et de voisin(e)s, ce qui n’est pas le cas, actuellement », note-t-elle. Samia a désormais la ferme conviction que l’ancien modèle d’habitation joue un rôle considérable dans la personnalité et dans le tempérament de l’enfant d’aujourd’hui, de l’adulte de demain. D’ailleurs, il suffit qu’elle rentre chez ses parents, à Kairouan, pour que ses filles changent de comportement ! Bien entourées de leurs cousines et des enfants du quartier, les filles de Samia se montrent alors plus sociables et nettement plus épanouies.

Vivre ici, jouer là-bas !

Il est clair qu’entre les deux modèles d’habitation ( les quartiers conventionnels et les résidences modernes ), l’écart relationnel se creuse. Cyrine Kraïem, une jeune maman de deux garçons âgés respectivement de sept et de quatre ans, savait qu’il fallait intervenir savamment afin que ses fils puissent savourer leur enfance et vivre des moments heureux, qui seront à l’avenir de beaux souvenirs d’enfance. Cette femme active qui vit ainsi que sa petite famille dans l’une des résidences du Bardo 2, a choisi de faire goûter à ses enfants le plaisir de vivre dans un quartier conventionnel. « Durant l’été, nous quittons l’appartement chaque jour vers 18h30 et nous nous dirigeons vers la maison de mes beaux-parents qui se trouve pas très loin d’ici. C’est là, dans ce quartier comme au bon vieux temps, que mes enfants jouent avec leurs semblables.  Ils s’adonnent aux jeux de groupe, roulent à vélo ; ils dépensent de l’énergie, bougent à leur guise et s’épanouissent sans modération. Ils ont aussi droit à leur goûter, comme c’était le cas durant notre enfance », souligne-t-elle.

Décidément, si le modèle de l’habitat moderne ne rime pas avec sociabilité et bonheur juvéniles, mieux vaut les rechercher, sous d’autres cieux, voire dans d’autres espaces. Les enfants ont droit à l’épanouissement et ce dernier ne nécessite pas forcément de l’argent. Le regretté Dr Wahid Koubaâ, pédopsychiatre, n’a pas cessé de le répéter : « Les enfants ont besoin de bouger dans les espaces ouverts. La sociabilité d’un enfant passe aussi- voire surtout- par les jeux de groupe dans les quartiers ».

Avatar photo
Auteur

Dorra BEN SALEM

You cannot copy content of this page