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Congrès arabo-africain sur les systèmes alimentaires et les industries de transformation : La complémentarité régionale, une réponse aux défis de la sécurité alimentaire

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  • 12 juin 2026
  • 7 min de lecture
Congrès arabo-africain sur les systèmes alimentaires et les industries de transformation : La complémentarité régionale, une réponse aux défis de la sécurité alimentaire

Malgré un potentiel agricole immense et des ressources naturelles abondantes, les régions arabe et africaine peinent encore à garantir leur sécurité alimentaire. Entre gaspillage, changements climatiques et fragilité des chaînes d’approvisionnement, les défis sont nombreux. Réunis à Tunis, experts et décideurs ont plaidé pour une meilleure complémentarité régionale et dévoilé de nouvelles initiatives destinées à transformer durablement les systèmes agroalimentaires.

La Presse — Entre ses immenses étendues agricoles et la richesse de ses ressources naturelles, les régions arabe et africaine recèlent un potentiel agricole considérable, capable de les hisser au rang de grandes puissances agricoles. Pourtant, malgré ces atouts, le chemin vers la sécurité alimentaire reste semé d’embûches. Dans le même temps, le gaspillage alimentaire y est devenu monnaie courante.

Ce paradoxe traduit à la fois la fragilité des systèmes alimentaires de la région et la nécessité de repenser l’ensemble de leurs chaînes de valeur. C’est autour de ces questions cruciales que s’est tenu, les 10 et 11 juin, le Congrès arabo-africain pour les systèmes alimentaires et les industries de transformation, organisé conjointement par l’Organisation arabe pour le développement agricole (relevant de la Ligue arabe) et l’Union arabe des industries agroalimentaires, en partenariat avec la FAO, l’Onudi et l’Union arabe des producteurs de poissons.

Trois projets avec un montant de plus d’ un milliard de dollars 

Dans une déclaration aux médias, Fadi Jebr, secrétaire général de l’Union arabe des industries agroalimentaires, a souligné que ce congrès, premier du genre, a réuni de nombreuses parties prenantes afin de réfléchir aux enjeux de la sécurité alimentaire dans le monde arabe et sur le continent africain.

Parmi les principaux défis abordés au cours de ces deux journées, il a mis en avant l’ampleur du gaspillage, qu’il a qualifié de «fléau devenu courant dans les sociétés arabes». Il a salué, dans ce contexte, le pas franchi par la Tunisie avec la transition du pain blanc vers le pain complet, qu’il considère comme une expérience pionnière dans le monde arabe et en Afrique.

Jebr a ajouté que le congrès a également été l’occasion d’annoncer le lancement de trois grands projets représentant plus d’un milliard de dollars : un Fonds arabe pour l’innovation alimentaire (doté d’un milliard de dollars), un Fonds arabe pour le développement des industries halal et un troisième projet visant à renforcer le rôle des femmes et des jeunes dans la lutte contre le gaspillage.

«Les nouvelles générations ne savent plus comment produire et consommer les aliments. Il est donc important de revenir aux mets et plats traditionnels, qui permettent de préserver la santé », a-t-il expliqué. Selon lui, ces projets permettront de réduire l’empreinte carbone du secteur et de créer 50.000 emplois de qualité.

Évoquant la place de l’agriculture en Tunisie, Jebr a rappelé que le pays figure parmi les premiers producteurs mondiaux d’huile d’olive. Il a toutefois regretté que la majorité des exportations se fasse encore avec une faible valeur ajoutée. Il a également souligné que, outre les dattes, la grenade tunisienne est très prisée en Asie et réputée pour sa haute qualité.

La complémentarité comme solution efficace 

De son côté, le représentant de la FAO en Tunisie, Nabil Assaf, a insisté sur le rôle central de la coopération et de la complémentarité entre les pays pour développer les systèmes agricoles de la région. L’industrialisation de l’agriculture demeure, selon lui, un enjeu primordial pour ancrer des systèmes alimentaires plus durables, plus rentables et plus inclusifs.

Citant les principaux défis auxquels sont confrontés les pays arabes et africains, Assaf a évoqué la recrudescence des conflits, la perturbation des chaînes d’approvisionnement, les changements climatiques, la raréfaction des ressources hydriques ainsi que le faible recours aux nouvelles technologies dans les chaînes de production.

Autant de facteurs qui pèsent aujourd’hui sur la sécurité alimentaire de ces régions. Insistant sur l’importance de rendre le secteur agricole plus attractif pour les jeunes, il a estimé que l’avenir de l’agriculture dépend largement de leur intégration. Il a également souligné que les financements restent étroitement liés à l’environnement des affaires dans le secteur agricole.

«Il faut se pencher sur la question de la sécurité des investissements afin de convaincre et d’attirer davantage d’investisseurs», a-t-il déclaré. Et d’ajouter. «C’est pourquoi la complémentarité entre les pays est importante et peut constituer une solution efficace à ces défis. Certains pays disposent de ressources naturelles abondantes, d’autres de financements ou de compétences humaines. C’est cette complémentarité qui nous permettra d’atteindre nos objectifs».

Encourager le commerce intra-arabe 

Pour sa part, Lassâad Ben Hassine, représentant de l’Onudi en Tunisie, a indiqué que ce congrès constitue une plateforme de dialogue et de travail commun entre les pays arabes et africains, en favorisant la coopération, l’échange d’expériences ainsi que l’innovation et l’investissement. Il a rappelé que l’événement se déroule dans un contexte mondial marqué par l’aggravation des défis liés à la sécurité alimentaire, l’accélération des changements climatiques, la perturbation des chaînes d’approvisionnement et la hausse des coûts des denrées alimentaires.

Ces difficultés touchent particulièrement le monde arabe, où la population atteint 467 millions d’habitants et où le déficit alimentaire s’élève à 47,6 milliards de dollars, selon le rapport 2025 du Fonds monétaire arabe. « Face à ces défis, le développement des systèmes agricoles et des industries de transformation devient une priorité stratégique pour atteindre le développement économique et renforcer la résilience », a-t-il affirmé.

Il a ajouté que la Tunisie dispose d’une expérience solide dans le développement des chaînes de valeur agricoles et agroalimentaires, ce qui pourrait lui permettre de jouer le rôle de plateforme de coopération arabo-africaine dans ce domaine. Ben Hassine a, par ailleurs, annoncé que le bureau tunisien de l’Onudi a profité de ce congrès pour présenter une proposition baptisée «Initiative arabo-africaine pour le développement des chaînes de valeur et des industries agroalimentaires durables».

Cette initiative vise à soutenir la transition vers des systèmes agroalimentaires plus durables, inclusifs et compétitifs. Elle s’articule autour de plusieurs axes, notamment, le développement des systèmes agricoles, l’appui à l’industrialisation alimentaire durable, la promotion de l’investissement et du financement vert, le soutien à l’innovation et à l’entrepreneuriat alimentaire, ainsi que l’autonomisation des femmes et des jeunes.

La dynamisation du commerce entre les pays arabes et africains constitue également un volet important de cette initiative, a-t-il souligné. Selon lui, la complémentarité économique régionale est indispensable, d’autant que le commerce intra-arabe ne représente encore que 13,3 % des exportations totales des pays de la région..  

 

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Auteur

Marwa Saidi

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