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Culture

«Samâ Eve» de Chema Ben Chaabane : Une quête intime entre théâtre, existence et voix des femmes

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  • 14 juin 2026
  • 4 min de lecture
«Samâ Eve» de Chema Ben Chaabane : Une quête intime entre théâtre, existence et voix des femmes

La quête qui traverse le livre est celle d’une femme à la recherche d’un équilibre. Un équilibre intérieur, philosophique, parfois mystique, face à une existence qui la dépasse.

La Presse —Ses inspirations sont multiples, mais elles se glissent avec finesse dans son écriture, comme des traces discrètes qui accompagnent une pensée en mouvement. Chema Ben Chaabane ne se définit certainement pas comme une autrice au sens classique du terme. Elle est avant tout une femme artiste, une intellectuelle dont le parcours s’est construit à travers plusieurs territoires d’expression.

Passionnée de théâtre dès son plus jeune âge, elle a choisi le jeu comme une manière d’exister, de questionner le monde et d’explorer les profondeurs de l’être humain. Avec Samâ Eve, elle propose un texte qui se situe à la croisée du théâtre, de la poésie et de la réflexion philosophique. Le titre lui-même ouvre plusieurs chemins d’interprétation: « Samâ » évoque à la fois l’écoute, le chant, la psalmodie, mais aussi le ciel, dans une rencontre symbolique entre la voix humaine et une dimension plus vaste, presque spirituelle.

Eve devient alors cette figure originelle, multiple et intemporelle, portant en elle la mémoire des femmes et leurs interrogations existentielles.La quête qui traverse le livre est celle d’une femme à la recherche d’un équilibre. Un équilibre intérieur, philosophique, parfois mystique, face à une existence qui la dépasse.

Les échos de Sartre, Camus, Nietzsche, Duras ou encore Messadi apparaissent en filigrane. Ils ne sont jamais des références imposées, mais plutôt des présences invisibles qui nourrissent la réflexion et donnent au texte une profondeur particulière. Court par son volume, Samâ Eve est pourtant dense par ce qu’il provoque.

Il se lit rapidement, mais il ne disparaît pas une fois refermé. Il laisse une empreinte, une sensation persistante. Sa forme théâtrale conserve toute son ouverture : elle appelle le jeu, l’interprétation, la scène, mais elle peut également exister dans cette relation intime entre un texte et un lecteur solitaire. Chez Chema Ben Chaabane, les mots ne cherchent pas l’accumulation. Ils avancent par touches successives, par phrases courtes, par silences et par souffles. L’écriture devient un espace où l’idée prend corps, où l’émotion rencontre la pensée.

Le silence lui-même semble devenir une réplique, une présence qui dialogue avec les mots. Cette dimension sensible se prolonge également dans le travail de traduction. La version arabe, réalisée par Naceur Snoussi, n’est pas un simple passage d’une langue à une autre, mais une véritable rencontre créative avec l’œuvre.

Traduire Samâ Eve devient ici un acte de création à part entière, une nouvelle respiration donnée au texte, permettant à ses nuances, ses silences et ses questionnements de trouver un autre espace d’expression. L’objet-livre, lui-même, dialogue avec l’art grâce aux illustrations et dessins de l’artiste Aymen Mbarki, qui accompagnent l’univers de Chema Ben Chaabane et prolongent visuellement les atmosphères, les symboles et les émotions qui traversent le récit.

Samâ Eve est une Eve plurielle, sans âge, qui dépasse une seule identité. Elle prend les contours de Chema, mais aussi ceux de nombreuses femmes : celles d’ici et d’ailleurs, celles d’aujourd’hui et celles des temps anciens. Des femmes confrontées au poids des héritages, aux contraintes de l’existence, mais qui cherchent toujours à conquérir leur liberté intérieure et le droit d’être pleinement elles-mêmes.

La question féministe et égalitaire traverse le texte, mais elle n’est pas traitée comme un discours théorique. Elle est vécue, ressentie, intégrée à une vision personnelle du monde. Pour Chema Ben Chaabane, écrire semble être un acte de libération, un espace où peuvent se déposer les émotions, les doutes et les réflexions qui l’habitent.

Samâ Eve est finalement une expérience immersive dans l’univers d’une femme multiple, à l’image des nombreuses voix qui composent son parcours : comédienne, scénariste, autrice, juriste, enseignante, mère. Toute une existence semble condensée dans ces pages, avant de laisser derrière elle une impression de légèreté, comme si l’écriture avait permis une traversée et une forme d’apaisement. J’ai aussi corrigé le nom en Naceur Snoussi (d’après votre indication «nzsseine snoussi», à vérifier si l’orthographe officielle diffère) et gardé Aymen Mbarki comme artiste associé aux illustrations.

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Auteur

Asma DRISSI

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