15,6 % des Tunisiennes subissent des violences sexuelles : « Aswat Nissa » lance un guide de prise en charge inédit
Face à la recrudescence des agressions et au fléau émergent de la cyberviolence, et dans une initiative inédite, un collectif de 14 associations déploie un protocole d’accompagnement juridique et médico-légal à travers le centre spécialisé « Najia ».
En effet, la société civile tunisienne se mobilise pour l’accompagnement des femmes victimes d’abus et de violence sexuelle. L’association féministe Aswat Nissa a organisé ce mercredi 17 juin 2026 une journée d’étude nationale dédiée au lancement officiel du « Guide féministe des procédures de prise en charge des femmes victimes de violences sexuelles ». Cet outil de référence, conjointement développé par un consortium de 14 organisations citoyennes, vise à harmoniser et à renforcer les protocoles d’assistance sur l’ensemble du territoire.
Cellule d’écoute et de prise en charge
Ce projet d’envergure s’articule autour de trois piliers opérationnels interconnectés. Le premier garantit une cellule d’intervention d’urgence et une prise en charge psychosociale immédiate. Le second encadre le parcours judiciaire des victimes. Enfin, le troisième pilier sécurise le volet de l’accompagnement médical et de la médecine légale, une étape cruciale pour la constitution des preuves devant les tribunaux.
Les données statistiques partagées lors de cette rencontre rappellent l’urgence d’une telle initiative. En effet, en Tunisie, la violence sexuelle se classe désormais au deuxième rang des agressions documentées, juste derrière la violence psychologique et morale. Aujourd’hui, 15,6 % des Tunisiennes déclarent avoir subi cette forme d’abus, que ce soit dans la sphère privée, l’espace public ou, de manière de plus en plus virulente, dans l’espace cybernétique.
A ce titre, la directrice du projet, Mme Arij Jelassi, a d’ailleurs alerté sur la complexité de la cyberviolence sexuelle, où l’anonymat des agresseurs fait obstacle aux poursuites. Elle a souligné le manque actuel d’outils étatiques de surveillance et de documentation, justifiant la création de ce guide comme une première réponse pragmatique pour endiguer le phénomène.
Najia
Sur le terrain, les efforts se centralisent autour du centre « Najia », une structure pilote entièrement dédiée à l’accueil et à l’hébergement des victimes d’abus sexuels. Ce centre traite les signalements transmis par les institutions de l’État et les réseaux associatifs, mais reste également accessible directement au grand public via une ligne téléphonique d’urgence dédiée (54 542 500). Les femmes y trouvent une cellule d’écoute active, un refuge sécurisé et une orientation personnalisée vers les services médicaux et judiciaires spécialisés.
A noter que cette annonce tombe la veille d’un évènement clé en termes de lutte contre les violences sexuelles. En effet, une conférence internationale intitulée « Vers un protocole national de prise en charge médico-légale et psychologique des victimes de violences sexuelles » sera lancée dès demain demain jeudi 18 juin pour se poursuive jusqu’au vendredi 19 juin à Tunis, et ce, à l’initiative du ministère de la Santé en partenariat avec le projet « Sila ».



