Sa voix faisait partie intégrante de notre quotidien. Son répertoire est bien particulier et a traversé le temps sans prendre de l’âge, celui des génériques des dessins animés des années 80 et 90. Rasha Rizk a interprété seule, ou en collaboration avec une autre figure emblématique du genre, Tarak Arabi Tarkan, des dizaines de titres inoubliables avant même de se faire connaître.
La Presse — La chanteuse syrienne Rasha Rizk a été sur scène au Théâtre de l’Opéra de Tunis pour un concert tant attendu avec l’Orchestre symphonique tunisien. Un large public a été au rendez-vous lors de la soirée du 13 juin pour cette artiste qui a accompagné les jeunes années de plus d’une génération.
Avec près de trois décennies de carrière, Rasha Rizk a abordé des registres musicaux très divers, allant du chant lyrique aux bandes originales de films, en passant par des chansons patriotiques engagées. Mais c’est un répertoire bien particulier qui fascine le plus son public et qui a traversé le temps sans prendre de l’âge : celui des génériques des dessins animés des années 80 et 90.
Rasha Rizk a interprété seule, ou en collaboration avec une autre figure emblématique du genre, Tarak Arabi Tarkan, des dizaines de titres inoubliables. Avant même de connaître son apparence et son nom, sa voix faisait partie intégrante de notre quotidien. On l’attendait tous les jours, on fredonnait sans cesse ses chansons et on a grandi à leur rythme. Avec Rasha Rizk, c’est un lien de proximité presque familiale qui s’est tissé depuis longtemps. La revoir sur scène a pour de nombreux spectateurs l’effet d’une madeleine de Proust qui réveille les tendres souvenirs du bon vieux temps révolu.
La star a tout de même excellé dans plusieurs autres répertoires. Elle a en effet débuté sa carrière dans le chant lyrique. Elle a également repris des maqams et même des titres célèbres de Oum Kalthoum. Ses propres albums ont aussi connu un grand succès. Avec le timbre de sa voix, alliant à la fois délicatesse et puissance, aucun style ne lui échappe.
Le concert a été diffusé en direct sur la chaîne nationale Watania 1 et la Radio nationale. Il s’agit de la première soirée dans le cadre de la Fête de la musique, la deuxième date étant consacrée à Ramy Ayach. Ce choix a été contesté par ceux qui voudraient que les chanteurs tunisiens soient constamment mis en avant. Or, cette ouverture sur le monde arabe, et même sur la musique internationale, avec des collaborations de qualité, fait le bonheur des mélomanes. La preuve, c’est que ces concerts affichent presque toujours complet, en dépit des prix élevés.
La soirée a démarré avec une introduction instrumentale. Sous la baguette du maestro Shady Garfi, l’Orchestre symphonique tunisien a repris « Njoum Ellil » de Farid Latrach avec un arrangement qui a sublimé l’œuvre originale. Rasha Rizk est montée sur scène sous les acclamations. Une entrée lyrique a suscité des applaudissements nourris, avant de passer à l’une des chansons arabes les plus exigeantes vocalement de tous les temps : « Yetoyour » de Ismahan, composée par Mohamad Kassabji.
Un autre titre de Farid Latrach, « Yezahratan fi Khayali », a été au programme. La chanteuse a, en fait, un lien de parenté avec cette famille artistique, ce qui explique la présence fréquente de leurs œuvres dans ses concerts. Rasha Rizk a également interprété avec brio d’autres morceaux intemporels dont « Ahou da eli sar » de Sayed Derouiche, et « Ana Albi dalili » de Layla Mourad. Une touche tunisienne a été apportée à la setlist avec « Zahr elaymoun ».
La star syrienne a aussi chanté, de son propre répertoire, deux titres bien célèbres. « Yemkenlaw » est extrait de la bande originale du film « Et maintenant, on va où » (W hallaalawayn). Ce long métrage signé Nadine Labaki sorti en 2011 a connu un énorme succès par son thème original et audacieux. « Yemrayti » est issu d’un autre film de Nadine Labaki, « Caramel » (Sukarbanat) qui date de 2007. La plupart de ces chansons ont été arrangées pour orchestre par le maestro Shady Garfi.
La touche des musiciens talentueux et de la chorale a porté ces airs vers une autre dimension,leur donnant une profondeur et une intensité nouvelles. Cette grande puissance émotionnelle se manifestait par les longs applaudissements à la fin de chaque titre. Après une pause instrumentale, Rasha Rizka enchaîné avec des génériques de dessins animés que plus d’une génération connaît par cœur.
La salle s’est transformée avec un public ému, debout et dynamique qui chantait en chœur « Anastasia », « Ahd al Asdikaa », « Al kannass », « Rémy », « Grandayzar »… Rien ne pouvait plus calmer les adultes redevenus enfants et qui se sont laissés emporter par cette énergie irrépressible et cette nostalgie envahissante.
Avant que Rasha Rizk ne monte sur scène, le suspense était à son comble et l’effervescence du public bien palpable : que va-t-elle chanter ? Lors des interviews précédant le spectacle, l’artiste syrienne s’est montrée discrète quant aux détails du programme. La foule présente a déjà commencé à reprendre en chœur des génériques de dessins animés avant le démarrage du concert.
Il est clair que les attentes du nombreux public se résument à retrouver cette figure qui a marqué leur jeunesse et de chanter avec elle ce répertoire emblématique avec un élan de nostalgie inégalé. C’était surtout cette idée de retomber en enfance le temps d’une soirée qui a attiré la plus grande partie des spectateurs.
Dès le premier titre, l’audience a commencé à réclamer des airs phares. Toute l’excellence des chefs d’œuvre repris dans la première partie de la soirée et la prestation de haute qualité de Rasha Rizk et de l’orchestre étaient noyées dans l’attente des chansons de dessins animés. Les enfants de plus de 30 ans étaient tellement exaltés et fébriles qu’ils ne pouvaient savourer convenablement ce démarrage « posé ».
Quand la chanteuse a annoncé la pause. « On reprend sous peu » à la manière de Spacetoon, nous avons reconnu ce message codé qui annonçait les couleurs de la suite du concert. Or, seuls quelques titres ont figuré au programme. De plus, la soirée a duré moins d’une heure et demie. On voulait plus de génériques de dessins animés, plus de moments à partager avec l’artiste qui a laissé une empreinte indélébile dans la mémoire d’un public étendu à l’échelle arabe.
C’était donc l’effet d’un ascenseur émotionnel. Plus on était impatient et enthousiaste avant le concert, plus certains en étaient partis déçus. Le maestro Shady Garfi n’était visiblement pas à l’aise avec les acclamations tout au long de la soirée. Ce n’était pas l’ambiance qu’il préfère, lui qui séduit d’habitude une grande audience avec un répertoire plus « mûr » et plus sobre.
Il s’est exprimé fermement lors de la conférence de presse qui a suivi le concert : « Ce n’est pas une soirée Spacetoon. C’est un spectacle de l’Orchestre symphonique tunisien qui a ses convictions et ses traditions. Si nous collaborons avec des artistes étrangers, c’est toujours en accord avec nos principes ». Il a rappelé que le talent de Rasha Rizk ne se réduit pas aux génériques et que le contenu du concert a été soigneusement conçu pour offrir le meilleur de la chanteuse et des musiciens présents sur scène.
Il est à noter que la Fête de la musique se prolonge avec une deuxième date, dimanche 21 juin. Les billets pour Ramy Ayach ont déjà commencé à s’écouler à grande vitesse. Nous y reviendrons.




