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Economie

Banques privées tunisiennes : Une sous-intermédiation qui freine le financement de l’économie réelle

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  • 18 juin 2026
  • 3 min de lecture
Banques privées tunisiennes : Une sous-intermédiation qui freine le financement de l’économie réelle

Malgré une liquidité abondante, les banques privées tunisiennes financent de moins en moins le secteur productif, un déséquilibre structurel dénoncé par l’Iace qui appelle à réorienter le crédit vers l’économie réelle.

La Presse — Malgré des niveaux de liquidité historiquement élevés, le système bancaire privé tunisien limite fortement l’octroi de crédits au secteur productif, créant une situation de sous-intermédiation jugée préoccupante pour la croissance à long terme. Dans une récente analyse, l’Institut arabe des chefs d’entreprise (Iace) estime que ce phénomène relève principalement de contraintes liées à l’offre de crédit et à des facteurs structurels, et non d’un simple recul de la demande.

Le constat est particulièrement visible à travers l’évolution du taux de transformation crédits/dépôts, tombé à 96,2 % en août 2025. Une forte disparité apparaît entre les banques publiques, dont le ratio atteint 97,3 % en soutenant les financements de l’État, et les banques privées, dont les trois principaux établissements affichent un niveau historiquement bas de 67,4 %. Cette contraction ne résulte pourtant pas d’un manque de ressources, puisque le ratio de couverture de liquidité (LCR) des banques privées s’élève à 138,3 %, largement au-dessus du seuil réglementaire.

Dans ce contexte, les crédits accordés aux entreprises industrielles privées ont reculé de 0,3 % en 2024, confirmant le ralentissement du financement productif. L’Iace identifie plusieurs causes à cette situation. D’une part, le financement important de l’État, notamment à travers des facilités de 11 milliards de dinars prévues dans la loi de finances 2026, réduit indirectement les marges de refinancement de la Banque centrale de Tunisie. D’autre part, les banques privées adoptent une forte aversion au risque, exigeant des garanties élevées qui excluent de nombreuses PME dans un environnement économique marqué par une croissance limitée.

Enfin, les établissements privilégient des placements jugés plus sûrs et plus rentables, notamment les Bons du Trésor, tout en appliquant des taux de crédit élevés avoisinant 11 %, contre un taux directeur (TMM) proche de 7 %. Cette stratégie leur permet de maintenir des marges d’intermédiation confortables, estimées à environ 4 %, mais limite fortement le financement de l’investissement productif.

L’étude souligne également que ce resserrement du crédit contribue au ralentissement économique, avec une croissance estimée à 2,5 % en 2025, tandis que l’inflation poursuit son recul à 5,3 % sous l’effet d’une demande affaiblie. Face à ces déséquilibres, l’Iace appelle la Banque centrale de Tunisie à encourager une modernisation des pratiques de gestion du risque bancaire, afin de transformer ce dernier en levier de financement plutôt qu’en frein au développement des secteurs porteurs de l’économie.

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Auteur

Saoussen BOULEKBACHE

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