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Economie

Comment un acteur tunisien du secteur de l’énergie utilise l’IA pour répondre aux exigences de la réglementation carbone

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  • 18 juin 2026
  • 6 min de lecture
Comment un acteur tunisien du secteur de l’énergie utilise l’IA pour répondre aux exigences de la réglementation carbone

Alors que la Tunisie poursuit la mise en œuvre de sa stratégie de transition énergétique à long terme, la Société Tunisienne de l’Électricité et du Gaz (STEG) modernise sa manière de surveiller et de gérer les émissions de gaz à effet de serre (GES). Cette initiative reflète non seulement le renforcement des engagements environnementaux du pays, mais aussi son ambition de devenir une plateforme d’échanges énergétiques entre l’Afrique du Nord et l’Europe grâce au projet stratégique d’interconnexion ELMED.

Le projet ELMED, qui reliera le réseau électrique tunisien à l’Union européenne via un câble électrique sous-marin, devrait ouvrir de nouvelles perspectives d’exportation d’électricité vers l’Europe. Or, l’accès aux marchés énergétiques européens implique le respect d’exigences environnementales de plus en plus strictes, notamment en matière de traçabilité des émissions carbone et de transparence des mécanismes de reporting. Dans le cadre de dispositifs tels que le Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières de l’Union européenne (CBAM), l’électricité importée devra démontrer une faible empreinte carbone vérifiable, étayée par des données d’émissions fiables et auditables.

Pour se préparer à cette évolution du cadre réglementaire, la STEG a engagé une démarche de modernisation axée sur le pilotage numérique de la décarbonation et le renforcement de ses capacités de surveillance des émissions. Dans le même temps, l’entreprise faisait face à un défi opérationnel et financier de taille lié à ses systèmes conventionnels de surveillance continue des émissions (Continuous Emissions Monitoring Systems – CEMS), déployés sur plusieurs sites de production d’électricité. Ces dispositifs traditionnels nécessitent des investissements importants pour leur modernisation, leur étalonnage, leur maintenance et leur mise en conformité sur le long terme.

Plutôt que d’opter pour un remplacement complet de ses infrastructures historiques de surveillance, la STEG a choisi d’évaluer CERius, la solution numérique de décarbonation développée par GE Vernova. La plateforme a été étudiée comme une alternative capable de renforcer les performances opérationnelles tout en réduisant sensiblement les coûts d’investissement et de maintenance.

Contrairement aux approches conventionnelles, largement dépendantes d’équipements dédiés et de processus de reporting manuel et périodique, CERius propose un cadre numérique entièrement intégré, reposant sur l’intelligence artificielle (IA), l’analytique avancée et la technologie dites des jumeaux numériques (digital twin technology). La solution offre une visibilité quasi en temps réel sur la performance des émissions, tout en améliorant la traçabilité, la fiabilité du reporting, la réactivité opérationnelle et les capacités de prise de décision à l’échelle de l’ensemble de la chaîne de valeur de la production électrique.

Au-delà de la surveillance des émissions, la plateforme permet de réaliser des analyses prédictives, d’automatiser les activités de reporting, d’anticiper l’évolution des émissions et d’identifier des opportunités de réduction carbone. En consolidant les données opérationnelles et environnementales au sein d’un même environnement analytique, CERius aide les opérateurs à mieux comprendre et piloter leur empreinte carbone.

Afin de valider la fiabilité et la crédibilité de la solution dans des conditions réelles d’exploitation, la STEG a mené une analyse comparative approfondie à la centrale électrique de Sousse B, en Tunisie. L’étude a consisté à comparer les données d’émissions mesurées sur le terrain à l’aide de capteurs et d’équipements de surveillance avec les valeurs calculées et prédites par les modèles analytiques de CERius.

Cette comparaison a mis en évidence un niveau élevé de cohérence et de précision entre les résultats mesurés et les résultats calculés, confirmant ainsi l’efficacité de la solution dans un environnement opérationnel réel. Cette phase de validation a démontré que la plateforme était en mesure d’estimer et de surveiller les émissions de manière fiable, tout en répondant aux exigences internationales en matière de reporting et de conformité réglementaire. Les résultats ont également montré que le profil d’émissions de la STEG pouvait s’aligner sur les exigences réglementaires européennes applicables, renforçant ainsi la position de la Tunisie sur les futurs marchés d’exportation d’électricité vers l’Europe.

Au-delà des enjeux de conformité réglementaire, CERius devrait également générer d’importants bénéfices opérationnels et financiers pour l’entreprise tunisienne. En adoptant une approche logicielle de la surveillance et du reporting des émissions, plutôt qu’un modèle reposant principalement sur une infrastructure physique de mesure, la STEG estime pouvoir réduire d’environ 50 % les coûts associés aux investissements et à la maintenance.

La plateforme améliore également de manière significative l’efficacité opérationnelle grâce à l’automatisation de la collecte, de la validation et du reporting des données d’émissions. Des tâches qui nécessitaient auparavant plusieurs heures de traitement manuel peuvent désormais être réalisées en quelques minutes à l’aide d’outils de reporting automatisés et de tableaux de bord alimentés en temps réel.

Traditionnellement, les stratégies de décarbonation dans le secteur de l’énergie reposaient largement sur des cycles de reporting annuels, des hypothèses statiques et des estimations d’émissions. CERius introduit une approche plus dynamique et davantage fondée sur les données. Grâce à l’analytique avancée alimentée par l’IA et aux simulations basées sur les jumeaux numériques, la plateforme permet d’assurer une prévision continue des émissions, d’optimiser les opérations et de planifier les trajectoires de réduction carbone sur le long terme.

La solution renforce également la transparence tout au long du processus de gestion des émissions en offrant une compréhension détaillée de leur origine et de leur évolution : qui les a générées, quelles émissions ont été produites, à quel moment, où et pour quelles raisons. Ce niveau de traçabilité devient de plus en plus essentiel dans des marchés énergétiques internationaux fortement réglementés et contribue à renforcer la confiance des régulateurs, des parties prenantes et des futurs consommateurs d’énergie.

En associant technologies numériques avancées et validation en conditions réelles d’exploitation, la STEG se positionne comme un acteur tourné vers l’avenir, capable de répondre à l’évolution des standards environnementaux internationaux tout en soutenant les ambitions de la Tunisie en matière d’énergies renouvelables et sa stratégie d’exportation d’électricité vers l’Europe.

Joseph Anis, PDG Europe, Moyen Orient et Afrique de l’activité Gas Power, au sein de GE Vernova

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Auteur

La Presse

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