Cérémonie de clôture de la 12e édition des journées théâtrales 77 : Entre émotion, hommages et ouverture sur le monde
Clôturée le 20 juin à Carthage, la 12e édition des Journées théâtrales 77 (JT 77) a marqué un tournant dans l’histoire du festival en franchissant une nouvelle étape avec sa première ouverture officielle à l’international. Pendant dix jours, artistes, formateurs et créateurs de Tunisie, de Palestine, de Jordanie et d’Égypte ont partagé spectacles, ateliers, résidences artistiques et rencontres avec le public au « Cinémadart » Carthage.
La Presse — Comme il se doit, une cérémonie de clôture s’est tenue le même soir dans ce lieu qui a accueilli l’essentiel des activités du festival. L’événement a réuni un public nombreux, composé en grande partie des familles, proches et amis des élèves de l’École 77, structure de formation théâtrale destinée aux amateurs et aux non-professionnels, fondée et dirigée depuis 2016 par le comédien et metteur en scène Moez Gdiri. Les élèves ont d’ailleurs porté une grande partie des plus de vingt spectacles programmés durant cette édition.
Il était donc naturel que la soirée s’ouvre sur deux représentations proposées par eux et plus précisément par deux groupes de première et de deuxième années, révélant des talents en devenir et laissant entrevoir le potentiel de cette jeune génération de comédiens.
La directrice du festival, Afraa Gaâdane, a ensuite présenté une vidéo rétrospective retraçant l’ambiance et les différents temps forts de la manifestation.
Cette 12e édition a confirmé l’identité pluridisciplinaire du festival, où théâtre, danse et cinéma se croisent dans une démarche qui privilégie la formation, la création et la transmission. La Palestine, invitée d’honneur, y a occupé une place particulière, notamment à travers la présence de l’écrivain, comédien et metteur en scène Ghannam Ghannam. Parmi les moments marquants figurent plusieurs masterclass consacrées au théâtre arabe et à l’industrie cinématographique dans la région, ainsi que des ateliers autour du cinéma mobile et des métiers du spectacle vivant. Le festival a également inauguré le LAB 77, une nouvelle plateforme destinée à accompagner les jeunes auteurs et metteurs en scène dans le développement de leurs projets.
Invité par le président des JT 77, Moez Gdiri, l’acteur, réalisateur et monteur jordanien Mondher Khalil Mostafa a animé une session de formation à la réalisation de courts métrages avec téléphone portable, qui a abouti à un bel hommage à notre journal La Presse de Tunisie, partenaire de cette édition, et plus largement à la presse écrite. Intitulé « 7ebr Youra » (Une encre qui se voit), le court métrage a été tourné dans l’imprimerie de la Snipe, « en une demi-journée », précise l’artiste jordanien.
Au cœur des rotatives et des machines qui impriment chaque jour l’actualité sur le papier, le film fait dialoguer plusieurs profils et fragments de vie, donnant chair à des souvenirs et à des trajectoires individuelles. Dans cet univers rythmé par l’encre et le bruit des presses, qui perpétuent l’histoire d’un journal fondé en 1936, Moez Gdiri apparaît comme un passeur de mémoire. Il y évoque l’impact du quotidien qui a accompagné les grandes étapes de l’histoire nationale et dont les archives constituent aujourd’hui un patrimoine documentaire inestimable.
Un hommage qui a trouvé un écho particulier lors de cette cérémonie de clôture, au cours de laquelle Salem Trabelsi, rédacteur en chef du journal, a été distingué au nom du quotidien. Le festival a également tenu à honorer ses invités d’honneur, parmi lesquels Mondher Khalil Mostafa, ainsi que la chercheuse et universitaire égyptienne Dr Mouna Sabben, qui a animé une masterclass consacrée aux enjeux et aux perspectives du cinéma arabe contemporain.
Le volet des hommages de cette soirée de clôture a également inclus deux autres partenaires de l’édition, Mosaïque FM et l’Académie des arts de Carthage, ainsi que Lilya Ben Achour, attachée de presse de l’événement. Le comédien, metteur en scène et directeur du Théâtre national tunisien, Moez Mrabet, a lui aussi été distingué. Prenant la parole à cette occasion, il a évoqué la mémoire de Raja Ben Ammar, artiste et militante dont il a rappelé le rôle déterminant dans l’existence du Cinémadart. « Sans Raja Ben Ammar, le Cinémadart n’aurait pas existé », a-t-il souligné. Les JT 77 ont également tenu à rendre hommage à cette grande figure de la scène tunisienne ainsi qu’à Moncef Sayem, saluant leur contribution majeure à la vie culturelle et théâtrale du pays.
Une pensée particulière a été adressée aux nombreux jeunes qui ont œuvré dans les coulisses du festival, contribuant à son succès. Enfin, les élèves qui avaient assuré les deux spectacles d’ouverture de la soirée ont été invités à rejoindre la scène pour recevoir leurs distinctions, aux côtés de leur mentor Moez Gdiri, avec lequel ils ont partagé de chaleureux moments de complicité.
Une ultime image de groupe, pleine de sourires et d’émotion, qui est venue refermer les rideaux de cette 12e édition sous le signe de la reconnaissance, de la transmission et de la fidélité à ceux qui font vivre le théâtre.
En parlant de reconnaisance, et ce fut sans conteste le moment le plus fort de cette soirée, Gdiri, en revenant sur ses débuts dans le 4e art, a livré un témoignage particulièrement touchant : « C’était en 1998. Le théâtre ne me disait absolument rien. J’étais perdu à cette époque et je faisais n’importe quoi lorsque, par curiosité, je suis entré à la Maison de la culture Ibn Khaldoun, où se réunissait un club de théâtre ». À l’époque, le regretté Ahmed Snoussi dirigeait cet atelier et l’invita simplement à assister aux séances. Au fil des rencontres, celui qui ne croyait pas encore en ses capacités fut choisi pour intégrer une création. « J’étais novice et je ne m’attendais pas à être choisi. Il m’a expliqué que je n’avais pas conscience de mon potentiel.
0Ces quelques mots ont complètement changé ma vie et ont fait de moi la personne que je suis aujourd’hui », a-t-il confié très ému.
Dans un geste chargé de gratitude et de fidélité à celui qu’il considère comme son maître, il a ensuite appelé Hélène Catzaras afin de lui remettre le trophée d’honneur décerné à titre posthume à la mémoire d’Ahmed Snoussi. Un instant d’une grande intensité, salué par une longue ovation.



