gradient blue
gradient blue
A la une Economie

Fret maritime : la hausse des coûts met sous pression le commerce extérieur tunisien

Avatar photo
  • 24 juin 2026
  • 4 min de lecture
Fret maritime : la hausse des coûts met sous pression le commerce extérieur tunisien

La montée des tensions géopolitiques dans plusieurs zones stratégiques du commerce mondial entraîne une nouvelle hausse des coûts du transport maritime, faisant craindre des répercussions sur l’économie tunisienne. Dépendante du fret maritime pour plus de 90 % de ses échanges extérieurs, la Tunisie pourrait voir augmenter les coûts des importations, des exportations et de la production industrielle.

Les surtaxes appliquées par les compagnies maritimes, l’augmentation des primes d’assurance et la hausse des coûts liés au carburant et aux nouvelles réglementations environnementales contribuent à renchérir les opérations de transport à l’échelle mondiale.

Cette situation intervient alors que les importations tunisiennes dépassent annuellement 80 milliards de dinars, contre plus de 60 milliards de dinars d’exportations. Toute hausse durable des coûts logistiques risque ainsi d’affecter la compétitivité des entreprises, les prix à la consommation et les coûts de production.

Selon les données de l’Institut national de la statistique, le déficit commercial de la Tunisie s’est aggravé au cours des cinq premiers mois de 2026, atteignant 10,4 milliards de dinars, contre 8,4 milliards durant la même période de 2025.

Le président du groupement professionnel du transport et de la logistique au sein de la CONECT, Malek Alaoui, souligne que cette hausse des coûts du fret maritime ne résulte pas de décisions locales ni des tarifs appliqués par les compagnies tunisiennes, mais découle directement des mutations observées sur le marché international.

Il explique que le coût final du transport maritime est désormais influencé par plusieurs facteurs : les nouvelles taxes environnementales destinées à réduire les émissions de carbone, la hausse des prix du carburant, l’augmentation des redevances portuaires dans plusieurs ports internationaux ainsi que la progression des primes d’assurance maritime liée aux tensions géopolitiques affectant certaines routes commerciales, notamment le détroit d’Ormuz.

Selon lui, plusieurs compagnies étrangères ont déjà révisé leurs tarifs afin d’intégrer ces coûts supplémentaires. La Compagnie tunisienne de navigation, de son côté, affirme n’avoir procédé à aucune augmentation de ses tarifs de base depuis 2019, limitant ses ajustements aux surcoûts liés au carburant, aux assurances et aux nouvelles taxes environnementales et portuaires.

Le porte-parole de l’Association nationale des petites et moyennes entreprises, Abderrazak Houas, estime que ces évolutions imposent une approche anticipative afin de renforcer la résilience du système logistique tunisien.

Il avertit que la hausse des coûts du transport maritime pourrait peser davantage sur les entreprises importatrices de matières premières et d’équipements industriels, tout en affectant la compétitivité des secteurs exportateurs disposant de faibles marges.

Selon ses estimations, les augmentations observées oscillent entre 900 et 1 400 dollars pour un conteneur de 20 pieds et entre 1 800 et 2 800 dollars pour un conteneur de 40 pieds.

Pour atténuer les effets de ces fluctuations, Abderrazak Houas préconise plusieurs mesures, notamment le développement d’une coopération logistique à l’échelle maghrébine afin de renforcer le pouvoir de négociation des pays de la région face aux grandes compagnies maritimes.

Il recommande également la conclusion de contrats de transport à long terme par les grandes entreprises, la création de plateformes et de réserves logistiques à proximité des ports ainsi que le recours aux outils numériques et à l’intelligence artificielle pour optimiser la gestion des chaînes d’approvisionnement.

Enfin, il estime que la position géographique de la Tunisie constitue un atout stratégique permettant au pays de renforcer son rôle de plateforme régionale de services logistiques et de réexportation vers les marchés africains, à condition d’accélérer les investissements dans les infrastructures portuaires et les services connexes.

Avatar photo
Auteur

La Presse

You cannot copy content of this page