Retour sur la rencontre du Chef de l’État avec la vice-présidente de l’UA : Plaidoyer pour une nouvelle Afrique
Contre le pillage des ressources, l’instabilité et aussi l’inaction, le Chef de l’État invite l’Afrique à rompre avec les entraves du passé. Une vision souverainiste qui place l’unité et l’intérêt des peuples au cœur de l’avenir du continent.
La Presse —Le Président de la République, Kaïs Saïed, a mis en avant la nécessité pour les pays africains de rompre avec les contradictions qui entravent leur développement, à l’occasion de sa rencontre, vendredi dernier, au palais de Carthage avec Salma Malika Haddadi, vice-présidente de la Commission de l’Union africaine.
Dans ce même contexte, il a déploré la situation paradoxale que connaissent de nombreux pays du continent africain, soulignant que, malgré l’abondance de leurs ressources naturelles, ils demeurent confrontés aux guerres civiles, à la pauvreté, aux maladies, aux épidémies et à diverses formes de privation. Il a estimé que ces réalités ne sauraient perdurer et qu’elles appellent à une action africaine commune capable de transformer les richesses du continent en leviers de stabilité et de prospérité au profit des populations.
Appel au renforcement du rôle de l’Union africaine
Le choix de mettre en avant ces thèmes devant la vice-présidente de la Commission de l’Union africaine n’est pas anodin. Imbu d’une vision panafricaniste fondée sur la souveraineté des États africains, le président semble appeler l’organisation panafricaine à dépasser son rôle traditionnel de médiation pour s’impliquer davantage dans le traitement des causes profondes des crises africaines, parmi lesquelles figurent la prévention des conflits, la lutte contre les réseaux criminels transnationaux, la valorisation des ressources du continent et la promotion d’un développement plus équitable. Il réaffirme ainsi la vision d’une Union africaine plus influente et davantage tournée vers les préoccupations concrètes des populations africaines.
À ce propos, et tout en réaffirmant l’attachement de la Tunisie à son identité africaine, Kaïs Saïed a rappelé la position constante du pays en faveur d’une Afrique maîtresse de son destin. Il a insisté sur l’impératif de démanteler les réseaux de migration irrégulière qui exploitent la détresse humaine, dénonçant des organisations criminelles impliquées dans le trafic d’êtres humains et d’organes.
En effet, au cours des quinze dernières années, une nette augmentation des migrations irrégulières de ressortissants d’Afrique de l’Ouest vers les pays du Maghreb et l’Europe a été observée, souvent facilitée par des réseaux criminels transnationaux spécialisés dans la traite des êtres humains et le trafic de migrants.
Cette évolution s’explique par la combinaison de plusieurs facteurs structurels dont la persistance des conflits armés et de l’instabilité politique dans certaines régions du Sahel, la dégradation des conditions économiques, le chômage élevé des jeunes, les effets du changement climatique sur les moyens de subsistance ainsi que l’accentuation des inégalités sociales.
De 2022 à 2026 : la constance d’un engagement panafricain
Le fait que cette situation perdure ne peut qu’attiser les convoitises autour de ces ressources stratégiques. Dans plusieurs régions du continent, les rivalités pour leur contrôle alimentent les tensions politiques, fragilisent davantage les institutions et contribuent à entretenir des cycles d’instabilité. Cette frustrante et amère réalité met en lumière les défis auxquels sont confrontés de nombreux États africains, contraints de défendre leur souveraineté économique tout en répondant aux aspirations de leurs populations en matière de développement, de sécurité et de justice sociale.
Dans ce contexte, la maîtrise nationale des richesses naturelles apparaît plus que jamais comme un enjeu majeur pour garantir une croissance inclusive et durable.
Dans plusieurs cas, les interventions dans les affaires internes de ces pays, qu’elles soient de manière directe ou indirecte, se traduisent par le soutien à des acteurs locaux, la fragilisation des institutions étatiques ou l’alimentation de tensions internes, contribuant ainsi à l’enlisement de conflits prolongés.
Ce contexte de fragilité structurelle et de déstabilisation persistante constitue un terrain propice à la prolifération des réseaux criminels transnationaux, qui exploitent les déséquilibres sécuritaires et socioéconomiques pour intensifier leurs activités, notamment la traite des êtres humains et les filières de migration irrégulière vers les pays du Maghreb et l’Europe. Sans parler des groupes terroristes qui sèment la terreur, déstabilisent les régimes en place et, conséquemment, poussent les habitants à fuir leurs pays.
Le Président de la République a, par ailleurs, appelé à l’émergence d’une nouvelle vision pour l’Afrique, rompant avec les pesanteurs du passé. Après des siècles durant lesquels les peuples africains ont été, selon ses termes, «des victimes», il est temps, a-t-il affirmé, de contribuer à l’édification d’un avenir fondé sur la liberté et la justice, où disparaissent les guerres d’extermination, les déplacements forcés et les expulsions.
«Les Africains sont en mesure de jouer un rôle majeur dans la construction d’un nouvel ordre mondial plus équitable, à condition de s’unir autour d’une volonté commune et d’un projet partagé au service de leurs peuples», a encore mis en exergue le Chef de l’État lors de cette rencontre.
Il n’y a rien de surprenant dans les propos de Kaïs Saïed, mais plutôt une constance dans ses convictions, car il a souvent mis en avant l’importance de l’Afrique comme espace de solidarité et de coopération entre les peuples du continent. À travers ses interventions concernant l’Union africaine, il insiste sur la nécessité pour les pays africains de compter davantage sur leurs propres ressources, de renforcer leurs échanges économiques et de traduire les décisions prises lors des sommets en résultats concrets.
Kaïs Saïed maintient ainsi une posture souverainiste inchangée vis-à-vis du continent. Du sommet UE-UA de 2022, où il réclamait la restitution des richesses pillées et dénonçait les relations inégalitaires, à sa rencontre du 19 juin 2026 avec la vice-présidente de la Commission de l’UA, le message reste le même. En appelant à rompre avec les «entraves du passé» pour bâtir une «pensée nouvelle», il invite les États africains à s’appuyer sur les forces propres de leurs peuples afin d’imposer une gouvernance plus équitable et pleinement souveraine.



