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Tribune : Hommage à l’Armée nationale et gloire à ses valeureux soldats à l’occasion du 70e anniversaire de sa naissance le 24 juin 1956 (1ère partie)

  • 24 juin 2026
  • 19 min de lecture
Tribune : Hommage à l’Armée nationale et gloire à ses valeureux soldats à l’occasion du 70e anniversaire de sa naissance le 24 juin 1956 (1ère partie)

De bout en bout de cet article, en avant-plan ou en toile de fond, un acteur majeur aura jeté son ombre tutélaire sur le parcours que près de cinq ou six millions de jeunes concitoyens ont eu le mérite et l’honneur d’effectuer, lors du service national, entre 1956 et 2026 — ce devoir constitutionnel que la majorité de l’élite tend, malheureusement, à oublier, et que je tiens à retracer dans l’unique but de contribuer, pour une part si modeste fût-elle, à l’éclairage de certaines stations de l’histoire contemporaine de notre pays : l’Armée nationale. C’est que celle-ci est devenue une partie constitutive de notre être, à nous, les officiers appartenant à la génération de l’indépendance et aux premières promotions d’officiers de la Tunisie indépendante. Sous l’uniforme ou en tenue de ville, dans des fonctions militaires ou civiles, elle préside à chaque instant de notre vie. Elle nous inspire à tout moment, nous imprégnant jusqu’à la moelle épinière de ses nobles valeurs. En cela, certes, nous sommes semblables à tous les enfants de l’Institution, de l’homme de troupe aux plus haut gradés, mais avec une sensibilité toute particulière que ne peut partager avec nous qu’un groupe de compagnons d’armes de plus en plus restreint au fil des jours : tous ceux qui ont constitué, à l’automne 1956, le premier contingent de cette armée assurément singulière, parti se former, en France, dans la prestigieuse École spéciale militaire interarmes de Saint-Cyr Coëtquidan. Oui, ceux-là ont vu naître cette grande institution qui, à son tour, les a vus grandir dans son giron. À peine sortis de l’adolescence, nous avons, en effet, trouvé en elle non seulement l’horizon de notre vie professionnelle, mais encore une école de civisme, de don de soi, de discipline, de dévouement et de sacrifice. Elle a développé en nous ce nationalisme et ce patriotisme qui nous collent à la peau, ainsi que les grandes qualités morales qui nous ont guidés tout au long de notre carrière.

Notre armée nationale fête, ce 24 juin, son 70e anniversaire. C’est l’occasion de rappeler au peuple tunisien — dont l’attachement à son armée, qu’il retrouve à chaque fois, est indéfectible —, les différentes étapes et les vicissitudes par lesquelles elle est passée. Je le fais parce que nombre de nos concitoyens, dont une bonne partie de l’élite, ignorent malheureusement tout de l’armée, et surtout les circonstances dans lesquelles elle a été créée, ainsi que les difficultés qu’elle a rencontrées pour l’acquisition, au départ, du minimum d’armement. En effet, les pays occidentaux, par solidarité avec la France, ont décidé, durant quelques années, d’un embargo à notre encontre, sous prétexte que cet armement pourrait être cédé aux combattants algériens qui, depuis le 1er novembre 1954, menaient leur combat libérateur contre l’occupant.

La particularité de notre armée est qu’elle est l’une des rares armées au monde à s’être formée par elle-même et grâce à ses propres enfants. En effet, il est de tradition que lorsqu’un pays colonisé ou sous protectorat accède à l’indépendance, c’est l’ex-puissance coloniale qui l’aide à créer les attributs de sa souveraineté, dont l’armée. Cependant, la Tunisie ne l’a pas fait, pour des raisons évidentes qu’il n’est pas difficile d’imaginer. C’est pourquoi je rends un vibrant hommage à nos anciens, les vingt-quatre officiers tunisiens qui ont servi dans l’armée française et qui ont été transférés, sur leur demande, à la jeune armée tunisienne, et avec eux le contingent composé de près de mille quatre cents militaires comprenant un petit nombre de sous-officiers et dont la grande majorité était des hommes de troupe (soldats et caporaux) engagés dans la même armée française. À ce petit contingent s’est greffée la petite Garde beylicale. Je voudrais citer, parmi ces anciens, les officiers qui ont eu ce grand mérite et cet immense honneur : les commandants Mohamed El Kéfi, Habib Tabib, Amor Grombali; les capitaines Mohamed Habib Essoussi, Lasmar Bouzaiane, Sadok Mansour, Béchir Bouaïche, Chérif Slama, Abdelaziz Ferchiou, Hassine Remiza, Mohamed Missaoui, Mohamed Kortas, Ahmed El Abed, Mohamed Limam, Amara Fecha, Kaddour Ben Othmane, Mohamed Abbès, Ali Charchad, Hassine Hamouda; les lieutenants Mohamed Béjaoui, Abdelhamid Benyoussef, Moncef Essid, Sadok Ben Saïd et Mohamed Salah Mokaddem. Ces officiers ont, tout au long de leur carrière dans l’Armée tunisienne, avancé en grade, et certains d’entre eux ont même atteint le grade de général (Mohamed El Kéfi, Habib Tabib, Mohamed Habib Essoussi, Mohamed Salah Mokaddem et Abdelhamid Benyoussef). Ce groupe d’officiers, à l’exception d’un tout petit nombre, n’avait pas bénéficié d’une formation militaire complète, puisqu’il n’avait pas eu la possibilité de suivre une formation dans les grandes écoles d’état-major ou les écoles de guerre, vu leur origine et leur niveau. Pour forger la nouvelle entité, ils ont puisé dans leur riche expérience de militaires engagés aux premières lignes, sur tous les fronts de la Seconde Guerre mondiale et même, hélas, des guerres coloniales françaises (en particulier en Indochine), pour créer et organiser une armée dotée d’un état-major, d’unités de combat, ainsi que de services de soutien, de centres d’instruction et d’écoles de formation. En un mot, ils ont su assurer et garantir une vie normale à des dizaines de milliers d’hommes dans tous les domaines : recrutement, hébergement, habillement, alimentation, santé, matériels et équipements, armement et munitions, matériels roulants, instruction et formation, manœuvres, etc. Ce n’est qu’à notre maturité, après tant d’années de service, avec l’expérience que nous avons acquise et les responsabilités que nous avons assumées, que nous, les officiers de la première promotion d’officiers de l’indépendance, issus de l’école militaire de Saint-Cyr (la Promotion Bourguiba), nous nous sommes rendu compte de la complexité de la tâche de nos anciens, les officiers transférés de l’armée française et de la garde beylicale, qui ont eu ce mérite et cet honneur. Ceux-ci et ceux-là ont rendu à la jeune armée tunisienne des services énormes, que nous apprécions, jusqu’à maintenant, à leur juste valeur. C’est, d’ailleurs, grâce à eux que nous sommes fiers et que nous nous vantons d’être parmi les rares armées au monde à avoir formé et organisé notre institution militaire sans conseillers ni techniciens étrangers, sans avoir eu, à ce propos, ni aide ni assistance d’un pays tiers. Bravo à nos anciens, qui se sont ingéniés, avec les moyens du bord, à créer de toutes pièces et à organiser une armée moderne digne de ce nom. Pour tout ce qu’ils ont fait, nous, les officiers de la Promotion Bourguiba, les premiers officiers de la Tunisie indépendante qui, près de quinze ans plus tard, avons commencé à prendre les rênes du commandement, nous leur sommes reconnaissants pour toujours.

Très rapidement, notre jeune armée allait connaître son baptême du feu, presque sans transition entre l’acte de création de cet embryon de forces armées et son déploiement sur le terrain. La guerre d’indépendance de l’Algérie étant à nos frontières ouest, et notre territoire conservant encore une présence militaire française, nos soldats étaient déjà sollicités pour des opérations de défense des frontières avec l’Algérie occupée, objet d’attaques éclair ou d’opérations de minage des pistes frontalières qui avaient déjà causé des pertes dans nos rangs pourtant encore squelettiques. C’est pourquoi soixante postes frontaliers ont été implantés le long de la frontière tuniso-algérienne, de Tabarka au nord jusqu’à l’extrême sud, à Bordj El Khadra (l’ex-Fort Saint), destinés à rassurer et, au besoin, à protéger la population. À titre d’exemples : le 6 octobre 1956, trois mois après la création de l’armée tunisienne, un violent accrochage opposa une compagnie de l’armée française à un groupe de résistants algériens dirigés par Si Abbès, entre Bouchebka et Kasserine, entraînant d’importantes pertes des deux côtés; le même jour, des renforts français effectuèrent un ratissage complet des cheikhats de Fedj Hassine et de Hydra, blessant des femmes, emprisonnant des hommes et incendiant des gourbis; le 22 octobre 1956, au sud, des troupes françaises tentèrent d’occuper le poste de surveillance de Ben Guerdane pour s’emparer des documents et des dossiers ; le même jour, l’armée française s’empara, en plein vol, de l’avion qui transportait du Maroc vers Tunis certains des leaders de la rébellion algérienne ; le 24 octobre, au nord, un accrochage, entraînant des blessés, eut lieu sur la route Aïn Draham–Jendouba, où des barrages avaient été dressés par des citoyens pour empêcher les troupes françaises de se déplacer ; le 1er novembre, un accrochage eut lieu à Kébili, occasionnant un mort et un blessé ; le 22 novembre, un autre incident, occasionnant deux morts et plusieurs blessés, eut lieu à Bir Drassen (Cap Bon), à la suite de la protestation de la population quant à l’installation, par l’armée française, d’équipements radar sur les hauteurs de la région ; le 31 mai 1957 survint l’incident le plus tragique et le plus meurtrier qui eut lieu, dans la région d’Aïn Draham, avec l’armée française : fuyant les arrestations, les ratissages, les tortures, les massacres et les assassinats, des Algériens — hommes, femmes et enfants — s’étaient réfugiés en Tunisie. Des unités de l’armée française les poursuivirent dans les cheikhats tunisiens des Ouled Msallem et des Khmairia, non loin d’Aïn Draham. L’Armée tunisienne et la Garde nationale, tentant de les protéger et de leur porter secours, se trouvèrent face à face avec elles, ce jour-là, vers midi : ce fut l’affrontement. Monsieur Khemaïs El Hajri, secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, accompagné de Monsieur Béji Caïd Essebsi, directeur général des affaires régionales au ministère de l’Intérieur, de passage dans la région pour inspecter des camps de réfugiés algériens, fut grièvement blessé et succomba à ses blessures quelques jours plus tard, ainsi que neuf autres Tunisiens (militaires et gardes nationaux). Il y eut aussi une douzaine de blessés.

Deux ans à peine après l’Indépendance, nous avons subi, à titre de représailles — puisque notre pays avait pris fait et cause pour la guerre d’indépendance de l’Algérie en accueillant près de vingt mille moudjahidine algériens —, le bombardement du paisible village frontalier de Sakiet Sidi Youssef, le 8 février 1958, par des escadrilles de bombardiers B-26 venant d’Algérie. Il y eut près de quatre-vingts morts, tunisiens et algériens, essentiellement des civils, dont un grand nombre d’écoliers. Aucun combattant de l’ALN ne se trouvait parmi les morts ou les blessés. La Tunisie, profitant avec beaucoup de subtilité de cette agression caractérisée, prit les mesures suivantes :

1 — Le dépôt d’une plainte auprès du Conseil de sécurité de l’ONU;

2 — L’interdiction, à l’armée française stationnée en Tunisie, de quitter ses casernements;

3 — Des barrages furent dressés devant toutes les casernes françaises;

4 — La Tunisie demanda officiellement l’évacuation de toutes les troupes françaises stationnées sur son territoire;

5 — Une campagne médiatique, savamment orchestrée, maintenait la pression sur les troupes françaises et gonflait à bloc le moral de l’Armée nationale.

Trois mois plus tard, cette jeune institution fut engagée dans la bataille de Remada, le 25 mai 1958, parce que le colonel Mollot, commandant les unités françaises implantées au Sahara tunisien, n’avait pas obtempéré aux instructions des autorités tunisiennes interdisant aux unités françaises, encore stationnées en Tunisie, de quitter leurs casernements, et en fit à sa guise. Ce jour-là, dès la nuit tombée, le capitaine Zaïer, commandant la compagnie de Tataouine, attaqua, en utilisant des mortiers, les unités françaises de la caserne de Remada, lui occasionnant d’importants dégâts. En outre, d’anciens résistants, dont Mosbah Jarbou, qui avaient attaqué, en plein jour et sans coordination avec l’Armée nationale, cette même caserne, furent sauvagement tués par les troupes françaises lors de leur décrochage, ainsi que le directeur tunisien de l’école primaire, son épouse et ses enfants.

Le 1er juin 1958, le général de Gaulle fut investi par l’Assemblée nationale française comme président du Conseil des ministres. L’une de ses premières actions fut d’assainir la situation avec la Tunisie et le Maroc. Par un accord signé le 17 juin 1958, le général de Gaulle accepta de faire évacuer toutes les troupes françaises de Tunisie avant l’automne, exception faite pour Bizerte, qui le serait plus tard et dans les meilleurs délais.

Mais il n’en fut rien, et cette évolution négative résultait de la forte personnalité des deux chefs d’État, tunisien et français — Bourguiba et de Gaulle —, que tout opposait: le tempérament, la formation politique et la culture.

Par ailleurs, la France, n’étant pas encore une puissance atomique, bien qu’elle eût procédé aux premiers essais de sa bombe à Reggane (sud algérien) en 1960, tenait à garder Bizerte, dont l’importance était pour elle vitale : elle était l’une des bases du triangle stratégique formé par Bizerte, Toulon et Mers el-Kébir (Algérie), qui contrôlait le bassin occidental de la mer Méditerranée.

Aussi l’extension des pistes d’atterrissage de la base de Sidi Ahmed, par l’armée française stationnée à Bizerte — certainement programmée depuis longtemps et entreprise sans l’autorisation des autorités tunisiennes — débuta-t-elle au mois de juin 1961. Perçue par Bourguiba comme une sorte de provocation inadmissible, elle fut, en fait, le véritable détonateur qui mit le feu aux poudres.

Pour Bourguiba, qui a toujours privilégié l’action politique à l’épreuve de force, qui a toujours été modéré dans ses revendications, qui a toujours recherché le compromis avec la puissance occupante, la confrontation devenait inévitable, même si les rapports de force étaient très largement en faveur de la France.

En effet, en juillet 1961, avec un cran insolent, notre Armée tint tête et résista, à Bizerte, à la toute-puissante armée française. La base aérienne ayant été bombardée, dans la nuit du 19 au 20 juillet 1961, par l’une de nos unités de mortiers — commandée par notre camarade de promotion, feu le général Saïd Elkateb, alors lieutenant, après avoir été installée discrètement tout près de la base —, lui infligeant de sérieux dégâts, la riposte de l’armée française fut fulgurante. Elle utilisa tous les moyens terrestres, aériens et maritimes dont elle disposait dans la région. Étant donné le déséquilibre des forces en présence, nos unités menèrent un combat retardateur jusqu’à la médina, la vieille ville de Bizerte, transformée en îlots de résistance, où les troupes françaises, ne pouvant utiliser leurs chars et leurs engins mécanisés, ne purent pénétrer, et ce, jusqu’au cessez-le-feu ordonné par le Conseil de sécurité le 22 juillet 1961. La guerre de Bizerte fit, dans nos rangs et surtout parmi les civils, plusieurs dizaines de martyrs et de disparus. Le même combat eut lieu, au même moment, à Bordj El Khadra (l’ex-Fort Saint), à l’extrême sud tunisien.

Ce premier baroud d’honneur, les nombreuses incursions de l’armée française d’Algérie et les accrochages qui eurent lieu — le tout occasionnant des pertes et des blessés de notre côté — permirent surtout à nos hommes d’acquérir une grande expérience et une excellente accoutumance aux feux réels.

L’Armée nationale a participé, grâce au prestige qu’elle a acquis en seulement quelques années d’indépendance et à la neutralité positive de la Tunisie, et pour la première fois de son histoire, avec les Casques bleus de l’ONU, au maintien de la paix dans le monde : d’abord au Congo ex-belge, à partir du 14 juillet 1960, avec près de deux mille cinq cents militaires ; ensuite au Katanga, du 28 décembre 1961 au 8 mars 1963, avec près de mille deux cents hommes ; et, plus tard, en plusieurs points du monde, que ce soit sous les auspices de l’ONU ou dans le cadre des mécanismes de l’Union africaine. Pour leur dévouement et leur bravoure, mille cinq cent quarante-cinq militaires tunisiens ont reçu la médaille onusienne du maintien de la paix.

Il est bon de rappeler les impressions du commandant en chef des Forces de l’ONU au Congo, le général suédois Carl von Horn, qui a écrit, dans ses mémoires — son livre Soldiering for Peace, «Faire le soldat pour la paix» (Presses de la Cité) —, plusieurs paragraphes sur le premier contingent tunisien ayant participé aux opérations des Casques bleus de l’ONU, dont le suivant :

«À Léopoldville, j’avais l’excellente brigade ghanéenne, commandée par le général Michel en l’absence d’Alexander. Pendant un certain temps, les deux bataillons tunisiens lui furent subordonnés, mais il y eut des frictions parce que leur chef, le colonel Lasmar, très décoré, supérieur en tout sauf par le grade, en fut mécontent. Ultérieurement, nous les envoyâmes au Kasaï, alors en ébullition, dont le premier ministre, Albert Kalonji, était sur le point de proclamer l’indépendance. Le colonel Lasmar, qui ne portait jamais une de ses nombreuses décorations, pas même un ruban, mais dont on apercevait les cicatrices sur le col ouvert de sa chemise, conduisit ses troupes à Luluabourg, désarma l’Armée nationale congolaise et, par ses méthodes fermes mais justes, mérita le titre de “Prince du Kasaï”. J’étais très fier de lui, et il devint l’un des officiers en qui j’avais le plus confiance».

De même, deux années plus tard, à la fin de la mission du second contingent au Katanga — qui dura quatorze mois (décembre 1961 – mars 1963) —, le rédacteur en chef du quotidien d’Élisabethville (aujourd’hui Lubumbashi), L’Écho du Katanga, salua la fin de notre mission par l’article suivant, paru le 26 février 1963 :

Le bataillon tunisien nous quitte. «Hier soir, le colonel Remiza, commandant le bataillon tunisien, recevait tout Élisabethville à l’occasion du prochain départ. Les E’villois de toutes les factions (jadis opposées) étaient présents. Tous regrettent le départ des Tunisiens. Ils ont accompli, ces derniers temps, un travail de police très efficace, qui a été l’un des éléments de base du rétablissement rapide des conditions normales de vie dans notre ville. C’est de tout cœur que nous leur disons : au revoir et bon voyage. Si jamais un bataillon tunisien devait revenir au Congo, nous souhaitons qu’encore une fois il soit commandé par un homme de la trempe du colonel Remiza».

Le même journal écrivit, dans sa parution du 5 mars 1963 :

«Le bataillon tunisien est remplacé, dans le service d’ordre à Élisabethville, par des éléments éthiopiens. Ceux-ci, en effet, montent déjà la garde depuis quelque temps à la poste centrale d’Élisabethville et aux principaux points stratégiques. Le départ des Tunisiens est unanimement regretté, tant par la population européenne qu’africaine d’Élisabethville.

Les Tunisiens, en effet, par leur correction, leur amabilité et leur honnêteté, jouissaient d’un très grand prestige auprès des populations katangaises, et ce, en dépit des événements tragiques qui ont opposé, l’année dernière, les soldats des Nations unies aux gendarmes katangais. Telles sont les impressions que l’on recueille, à l’annonce du départ des Tunisiens, dans tous les milieux d’Élisabethville».

Aussi avons-nous fait l’essai, durant trois ans, à partir de 1967, d’introduire dans les classes terminales des lycées une préparation militaire durant les week-ends, avec un séjour bloqué de quinze jours durant les vacances d’été. Au cours de ces week-ends, les lycéens recevaient une formation sur le règlement de la discipline, le tir et les actes élémentaires du combattant.

Le brevet de la préparation militaire devait permettre au lycéen ayant obtenu son baccalauréat d’être orienté vers l’Académie militaire pour y suivre la formation d’officier de réserve lors de l’accomplissement de son service militaire. Dommage que cette expérience n’ait pas été poursuivie, par manque de budget, semble-t-il, car elle a permis de former d’excellentes promotions de jeunes bacheliers qui ont donné, au pays, d’excellents cadres supérieurs… (A suivre)

B.B.

* Ancien Chef du secteur frontalier de Sakiet Sidi Youssef (1958-1961); ancien Casque bleu de l’ONU au Congo et au Katanga (1961-1963) ; ancien commandant des Unités sahariennes (1976-1980); ancien attaché militaire près notre ambassade à Rabat (1980-1983) ; ancien sous-chef d’état-major de l’armée de Terre (1983-1986) ; ancien P.-D.G. (1988-1991) ; ancien gouverneur de Sidi Bouzid puis du Kef (1991-1993).

N.B. : L’opinion émise dans cette tribune n’engage que son auteur. Elle est l’expression d’un point de vue personnel.

Auteur

le Colonel Boubaker BENKRAIEM

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