Une cérémonie de récompense des maîtres artisans les plus méritants de cette édition a été organisée hier à Tunis, sous l’égide du ministre du Tourisme, Sofiene Tekaya, toujours au plus près des artisans en vue de faire rayonner leur savoir-faire souvent hérité et transmis de père en fils.
La Presse — La Tunisie franchit une nouvelle étape dans la sauvegarde de son patrimoine artisanal. L’Office national de l’artisanat tunisien (Onat) ayant organisé, hier, la première édition de la cérémonie d’hommage au « Maître artisan », une initiative menée en partenariat avec l’Unesco et soutenue par la Fondation Dr Sadok Besrour. Sept artisans d’exception ont été récompensés pour leur engagement à transmettre des savoir-faire parfois menacés de disparition, dans le cadre d’un programme appelé à s’inscrire dans la durée.
Un hommage à ceux qui font vivre les métiers d’art
Placée sous l’égide du ministre du Tourisme, Sofiene Tekaya, la cérémonie a mis à l’honneur des artisans qui, depuis des décennies, perpétuent des techniques traditionnelles héritées de génération en génération. Au-delà d’une simple distinction honorifique, cette première édition marque le lancement d’un véritable programme national de transmission des métiers d’art.
Des certificats de reconnaissance des savoir-faire, délivrés avec le soutien de l’Unesco, ont été remis en présence de représentants diplomatiques, d’institutions nationales et d’acteurs du secteur des industries traditionnelles.
Les sept premiers lauréats sont Issam Sghaier (Ariana), Mohamed Sélim Hosni, Chokri Ben Ali, Lassaâd Chelladi, Fatma Somet, couturière et tailleuse originaire de Kerkennah, ainsi que deux autres maîtres artisans issus de filières traditionnelles. Tous incarnent l’excellence d’un patrimoine vivant que les autorités souhaitent préserver.
L’artisanat, un levier du développement durable
Cette initiative s’inscrit dans le projet international « Soutenir le rôle de la culture dans le développement durable en Tunisie », mis en œuvre conjointement par l’Unesco et l’Onat grâce au financement de la Fondation Dr Sadek Besrour.
L’objectif est double : protéger des métiers artisanaux aujourd’hui fragilisés tout en créant de nouvelles perspectives d’emploi pour les jeunes. Le projet prévoit d’identifier les détenteurs de savoir-faire rares et d’organiser une transmission structurée de leurs connaissances à de jeunes apprentis.
Au-delà de la préservation du patrimoine culturel immatériel, cette démarche entend faire de l’artisanat un véritable moteur de développement économique local, de cohésion sociale et d’insertion professionnelle.
Une stratégie nationale pour valoriser les savoir-faire
La directrice générale de l’Onat, Leïla Msellati, a souligné que cette initiative s’inscrit pleinement dans le plan national de développement de l’artisanat.
Selon elle, la modernisation du secteur passe par le renforcement des compétences des artisans, l’accompagnement technique, l’innovation, la recherche, l’amélioration de la qualité des produits ainsi que le développement de nouveaux outils de commercialisation et de promotion.
Elle a rappelé que la transmission des savoirs entre générations constitue aujourd’hui une priorité, grâce à des programmes de formation et à des partenariats internationaux. En 2025, plus de quinze dossiers techniques ont ainsi été transmis dans le cadre de formations de perfectionnement, illustrant la montée en puissance des actions de sauvegarde du patrimoine artisanal tunisien.
Un engagement de l’Unesco appelé à durer
Pour Charaf Ahmimed, directeur régional de l’Unesco pour le Maghreb et représentant de l’organisation en Tunisie, cette première cérémonie ne constitue que le point de départ d’un programme appelé à se développer sur plusieurs années.
La première promotion réunit sept maîtres artisans représentant sept filières différentes. Chacun formera plusieurs jeunes apprentis dans son domaine. Chaque année, de nouveaux métiers seront intégrés afin d’atteindre, à l’issue d’un cycle de quatre ans, une trentaine de filières artisanales couvertes par le programme.
L’Unesco accompagnera l’élaboration des modules de formation, le suivi pédagogique des apprentis et la délivrance d’une certification conjointe avec l’Onat. L’organisation prévoit également d’aider les jeunes diplômés à intégrer le marché du travail en facilitant leur accès à des opportunités professionnelles.
Pour l’Unesco, l’artisanat ne représente pas seulement un héritage culturel. Il constitue également un puissant levier d’employabilité, de développement territorial et de renforcement de l’identité nationale.
Une coopération qui dépasse le secteur de l’artisanat
Le responsable de l’Unesco a rappelé que la coopération entre la Tunisie et l’organisation couvre de nombreux autres domaines stratégiques.
Outre la sauvegarde du patrimoine culturel, l’Unesco intervient dans la réforme de l’éducation, l’intégration de l’intelligence artificielle dans l’enseignement et la recherche scientifique, le soutien aux femmes chercheuses, la gestion durable des ressources en eau, ainsi que la formation des journalistes à la lutte contre la désinformation et aux nouveaux usages de l’intelligence artificielle.
Avec cette première édition du « Maître artisan », la Tunisie et l’Unesco affichent ainsi leur volonté de faire de la transmission des métiers d’art un investissement durable, capable de préserver un patrimoine séculaire tout en offrant de nouvelles perspectives aux jeunes générations.


