STEG : un endettement de 7,356 milliards de dinars et des créances impayées de plus de 6 milliards
La Société Tunisienne de l’Électricité et du Gaz (STEG) fait face à une situation financière préoccupante. Au 23 juin 2026, son endettement a atteint 7,356 milliards de dinars, tandis que les créances impayées auprès des particuliers, des entreprises et des établissements publics et privés s’élèvent à 6,061 milliards de dinars.
Ces chiffres ont été présentés par les représentants de la STEG lors d’une audition devant la Commission des finances et du budget de l’ARP, consacrée à l’examen de deux projets de loi portant approbation d’accords de garantie conclus en faveur de l’entreprise.
Le premier accord concerne un prêt de 384,8 millions d’euros (environ 1,27 milliard de dinars) accordé par la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), tandis que le second porte sur un financement de 30 millions de dollars (près de 87 millions de dinars) octroyé par la même institution en sa qualité d’entité accréditée du Fonds pour les technologies propres.
Selon les responsables de la STEG, ces financements s’inscrivent dans le cadre du contrat-programme 2024-2028, signé avec l’État tunisien le 5 février 2025. Ce programme prévoit un ensemble de réformes destinées à rétablir l’équilibre financier de l’entreprise, à améliorer ses performances techniques, commerciales et sa gouvernance.
Les représentants de la société ont souligné que la STEG demeure un pilier de la sécurité énergétique nationale, mais qu’elle est confrontée à des difficultés structurelles liées notamment à des tarifs de vente inférieurs aux coûts réels de production de l’électricité et du gaz, à l’accumulation des compensations non versées par l’État, à la hausse de l’endettement, aux pertes énergétiques ainsi qu’à l’impact de la volatilité des prix du pétrole et des fluctuations du taux de change du dinar.
Ils ont également rappelé que la production d’électricité en Tunisie repose encore à plus de 95 % sur le gaz naturel. Les combustibles représentent à eux seuls environ 72 % du coût de production de l’électricité et 89 % de celui du gaz.
En 2025, le prix moyen de vente de l’électricité s’est établi à 290,7 millimes par kilowattheure, alors que son coût de production atteignait 456,3 millimes. Pour le gaz naturel, le prix moyen de vente s’élevait à 647,4 dinars par tonne équivalent pétrole, contre un coût de production de 1 497,7 dinars.
Le contrat-programme fixe plusieurs objectifs stratégiques à l’horizon 2028 et 2030. Il prévoit notamment de porter la part des énergies renouvelables à 27 % de la production nationale d’électricité d’ici 2028, puis à 35 % en 2030. Le programme ambitionne également de réduire de 23 % le coût d’approvisionnement énergétique, d’alléger les dépenses de compensation de plus de deux milliards de dinars, d’améliorer le résultat net de la STEG d’environ trois milliards de dinars et de mobiliser près de 2,8 milliards de dollars d’investissements privés, tout en créant de nouveaux emplois et en réduisant les émissions de carbone.
Dans ce cadre, 500 mégawatts de capacités issues des énergies renouvelables devraient entrer en exploitation, tandis que des contrats supplémentaires portant sur 1 000 mégawatts sont prévus. Le programme comprend aussi la modernisation des réseaux de transport et de distribution ainsi que la réduction des pertes techniques et non techniques, estimées à près de 19,7 %, dont une part importante est imputable aux branchements illicites et au vol d’électricité.
Les responsables ont précisé que les financements de la Banque mondiale reposent sur un mécanisme de décaissement lié aux résultats. Les fonds seront débloqués progressivement en fonction de la réalisation d’indicateurs prédéfinis portant sur le développement des énergies renouvelables, l’amélioration de la performance financière et opérationnelle de la STEG ainsi que le renforcement de la gouvernance et de la transparence.
Lors des débats, les députés se sont interrogés sur les conséquences de ces nouveaux emprunts pour l’endettement de l’État et de la STEG, les modalités de recouvrement des créances auprès des entreprises publiques et privées, la lutte contre les pertes d’énergie et les raccordements illégaux, ainsi que sur la capacité des infrastructures à intégrer les futurs projets d’énergies renouvelables.
En réponse, les représentants du gouvernement et de la STEG ont indiqué que plusieurs projets sont déjà à un stade avancé. Des contrats portant sur une capacité de 500 mégawatts d’électricité renouvelable ont été signés, tandis que 262 mégawatts ont été mis en service en 2025 et 2026, contribuant à renforcer la sécurité de l’approvisionnement énergétique et à réduire la dépendance du pays aux combustibles importés.
À l’issue de ses travaux, la Commission des finances et du budget a estimé que les deux projets de loi s’inscrivent dans une réforme structurelle globale visant à redresser la STEG, à accélérer le développement des énergies renouvelables, à renforcer la gouvernance du secteur de l’énergie et à consolider la sécurité énergétique nationale. Elle a toutefois décidé de poursuivre l’examen des deux textes après consultation du contrat-programme conclu entre l’État tunisien et la STEG pour la période 2024-2028.



