Élèves et été : Repos complet ou vacances studieuses ?
L’année scolaire se termine le 30 juin. Mais depuis un bon bout de temps déjà, surtout au niveau du privé, les enfants sont en vacances. La chaleur qui règne a imposé la migration vers les côtes où la mer accueille les habitués comme les visiteurs des week-ends.
La Presse —Baccalauréat, neuvième, sixième sont successivement pliés et tous ceux qui attendent la séance unique s’affairent pour s’organiser et passer ces mois d’été de la manière la plus appropriée, alors que le mercure grimpe et l’air— pollution et chaleur obligent— devient irrespirable. Mais les vacances ne sont pas pour tout le monde. Il y a des enfants qui se préparent à rejoindre un appartement à on ne sait quel étage, un garage, une chambre aménagée quelque part dans une cité pour… préparer la prochaine rentrée !
Élitisme oblige, il y a des parents qui ont déjà pris contact et tiennent à ce que leurs enfants reprennent les cours en septembre prochain dans les meilleures conditions avec pour objectifs avoués : les écoles pilotes ou une mention au baccalauréat. Ces parents sont prêts à tout sacrifier pour que leurs enfants aient les meilleures notes. Non pas pour une simple satisfaction personnelle, mais parce qu’ils savent, qu’au train où vont les choses, il n’y aura de place que pour l’élite.
C’est la raison pour laquelle on sacrifie bien des à-côtés pour inscrire les enfants dans les écoles privées, que l’on ne recule devant rien pour qu’en cours d’année, les cours de soutien soient programmés, qu’un suivi strict est imposé au niveau familial. Des sacrifices qui sont sans doute à prendre en considération, mais qui ne font pas le bonheur de ces enfants qui, soit se rebellent, soit obéissent mais souffrent.
En cas de rébellion, tout est remis en question et le bras de fer qui s’engage n’est à l’avantage de personne. Les parents deviennent des ennemis. Les enfants sont dégoutés, découragés, se considèrent suppliciés par ceux qui devraient les protéger. Et c’est là que se situe le véritable danger.
Une dame rencontrée dans une librairie déchiffrait une liste de manuels parascolaires, commandés pour la circonstance. Il y avait à vue d’œil cinq ou six que l’enseignant a sans doute commandés pour ces cours d’été, qui viendront gâcher cette période de repos et que tous les pédagogues consultés ont fermement rejetés.
Mais la maman était si sûre d’elle-même : «Je tiens à assurer à mon fils un bon démarrage de la prochaine année scolaire. Avec la préparation du premier trimestre, il sera sûr de lui et pourra suivre sans difficulté ce qui viendra après. Les élèves tunisiens ont trop de vacances et comparativement à ce qui se passe de par le monde, nos enfants doivent travailler plus. Cela a bien réussi avec ma fille et il n’y a pas de raison que son frère passe ses journées à torturer un portable et à s’amuser»
Le libraire intervient en signalant que «pour bien des familles, les vacances studieuses sont nécessaires pour éviter les surprises en cours d’année. Les parents gardent de mauvais souvenirs des grèves et des suspensions de cours. La vente des parascolaires en cette période augmente. Des cours particuliers sont dispensés un peu partout et en dépit de leurs coûts, les parents ne reculent devant rien pour que leurs enfants aient des vacances studieuses».
Pourtant, les spécialistes en la matière, qu’ils soient tunisiens ou étrangers, sont formels: «La pression que l’on exerce sur les enfants pour les obliger à travailler, alors que leurs camarades d’école ou du même âge s’amusent, est dangereuse. Ils ne comprendront jamais que leurs parents cherchent à les doter de ce qu’il y a de meilleur.
Elle peut tout simplement bloquer l’enfant psychologiquement et créer une barrière entre les deux parties. Les parents bien sûr partent d’une bonne intention. Ce qu’ils consentent de par les temps qui courent, avec l’augmentation du coût de la vie, le rythme infernal que nous subissons tous, à tous les niveaux, tiennent du prodige.
Mais allez l’expliquer, alors que les cousins et les enfants des voisins se prélassent au bord de la mer et qu’on les oblige par cette chaleur à rester dans un garage pour suer eau et sang et subir les aléas de cours qu’on rejette formellement. C’est toute une remise en question de tout ce que représente l’école qui se pose.
Surtout au niveau des premières années où l’enfant doit s’amuser, créer ses jeux, se rapprocher de ceux qui sont de son âge, découvrir, apprendre à choisir et réfléchir. Les enfants finlandais commencent l’école à sept ans, parce que leurs psychos pédagogues sont convaincus que c’est à cet âge que l’on commence à sentir ce que c’est que la responsabilité. Et à l’enfant de chercher à acquérir de nouvelles connaissances, à façonner sa personnalité, à commencer à prendre des initiatives.
Les réactions standard vont à l’encontre de cette façon de voir l’éducation, alors que l’enfant devrait être amené à imiter l’exemple d’un proche, d’un voisin qui a réussi.
C’est délicat, mais c’est possible moyennant patience et dialogue. Il ne faut jamais rien imposer à un enfant. Il faudrait le convaincre et l’encourager.
Au lieu d’imposer par la manière forte, il serait plus indiqué de se mettre d’accord sur un deal : un mois de repos, de la lecture au choix, une reprise en douceur pour reprendre contact et réviser. En fait, un repos actif que l’on aménage et non une torture qui risque de provoquer la rupture entre les deux parties.
Bonnes vacances !



