La Tunisie, 2ᵉ mondiale en sciences et ingénierie : un capital humain d’exception mais sous tension
La Tunisie occupe une position remarquable à l’échelle mondiale en matière de formation scientifique et technique. Selon les données du Global Innovation Index (GII) publié par l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (WIPO), la Tunisie se classe 2ᵉ mondiale pour la part des diplômés en sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STIM) parmi l’ensemble des diplômés de l’enseignement supérieur.
Avec environ 37,93 % de diplômés dans ces filières, le pays se positionne juste derrière la Malaisie (41.10%) et devant plusieurs économies avancées et émergentes, dont l’Allemagne (35.93%), Singapour (35.95%), les Émirats arabes unis (36.21%) ou encore la Belgique (36.77%).
Ce classement, basé sur des données compilées notamment par l’UNESCO Institute for Statistics, confirme la place de la Tunisie comme l’un des principaux producteurs de capital humain scientifique au monde, un atout stratégique dans l’économie de la connaissance.
Un indicateur clé de la capacité d’innovation d’un pays
L’indicateur 2.2.2 du Global Innovation Index mesure la part des diplômés de l’enseignement supérieur dans les disciplines scientifiques et techniques, incluant les sciences naturelles, les mathématiques, les statistiques, l’informatique, l’ingénierie et la construction.
Contrairement à un classement global de l’innovation, cet indicateur évalue un élément fondamental : la structure des compétences d’un pays.
Autrement dit, il ne mesure pas la performance économique ou technologique directe, mais plutôt la capacité d’un pays à produire des profils qualifiés susceptibles d’alimenter la recherche, l’industrie, le numérique et l’innovation.
Dans ce cadre, la Tunisie se distingue par une forte orientation de son système universitaire vers les disciplines scientifiques et techniques, héritage d’une politique de formation longtemps axée sur les ingénieurs et les cadres techniques.
Un atout stratégique mais un défi de transformation
Si cette performance confirme la qualité du capital humain tunisien, elle met également en lumière un enjeu central : la capacité du pays à retenir et valoriser ses compétences.
Malgré un volume important de diplômés en sciences et ingénierie, la Tunisie fait face à plusieurs défis structurels dont une intégration insuffisante des jeunes diplômés dans le tissu productif, un décalage entre formation et besoins du marché et une accélération de la fuite des cerveaux vers l’Europe, l’Amérique du Nord et le Golfe.

Dans ce contexte, les experts soulignent que l’enjeu n’est plus uniquement de former, mais de transformer ce capital humain en innovation, en startups, en industrialisation et en création de valeur locale.
Il est aussi important de souligner que ce classement intervient dans un contexte mondial où la compétitivité des nations repose de plus en plus sur la recherche, le numérique et l’innovation technologique.
Pour la Tunisie, cette position constitue une opportunité stratégique : disposer d’une base solide de compétences scientifiques permettrait de renforcer les secteurs technologiques, accélérer la transition numérique, développer les industries à forte valeur ajoutée et attirer davantage d’investissements étrangers innovants.
Mais cette opportunité reste conditionnée à des réformes structurelles, notamment dans l’écosystème de l’innovation, le financement de la recherche et la création d’emplois qualifiés.
Un potentiel reconnu, encore sous-exploité
La position de la Tunisie dans le Global Innovation Index illustre ainsi un paradoxe bien connu : celui d’un pays riche en talents scientifiques, mais dont l’économie peine encore à absorber pleinement ce potentiel.
Et dans un monde où la compétition se joue désormais sur la connaissance, les données du WIPO rappellent une évidence : le principal avantage comparatif de la Tunisie réside dans son capital humain.
Encore faut-il que celui-ci trouve les conditions nécessaires pour se transformer en moteur de croissance durable.



