Ali Youssef, la saison dernière, Shili, Chrifi, Zemzmi et maintenant Ben Abda (d’autres cadres peuvent aussi quitter), la défense du champion sera forcément neuve à l’avenir. Benzarti attend les noms qu’il a proposés pour refaire le travail.
La Presse — Ce n’est pas la joie du côté du public clubiste qui voit, en quelques jours, des cadres clés quitter, l’un après l’autre. Mehdi Miled et ses quelques collaborateurs du comité directeur n’ont pas l’argent et les moyens pour convaincre des joueurs qui ont reçu des offres alléchantes (salaire et avantages quadruplés) de rester.
C’est la vérité que Mehdi Miled, fidèle à son austérité financière, ne peut pas nier : le CA n’a pas les mécènes et les hommes d’affaires, comme c’est le cas de l’EST, pour mettre la barre haut dans les contrats. En revanche, ces gros contrats de sponsoring, cette énorme popularité qu’on n’a pas réussi à rentabiliser surtout après le titre conquis ( plus de deux mois et les maillots et les produits du club sont absents, les abonnements pas encore mis en vente et un sommeil profond dans lequel le pôle stratégique et le comité directeur se trouvent lamentablement) ne servent qu’à payer des dettes qui n’en finissent pas.
Club aux moyens limités, un mécène américain qui ne veut plus injecter les millions de dollars (après tout, c’est son droit absolu lui qui reste le seul bailleur de fonds généreux et véritable sauveur), Mehdi Miled, toujours vivant dans sa bulle et si imbu de lui-même, voit ses lieutenants partir l’un après l’autre.
Le problème, c’est qu’il a raté la gestion des dossiers Zemzmi, Chrifi et Shili partis gratuitement. Heureusement pour lui que Ben Abda, qui a encore une année de contrat, a pu amener 1,5 million de dinars. Pour le public, et d’un point de vue sportif, des cadres titulaires qui partent en cascade, c’est mal vu.
Toute la défense est presque à reconstruire pour Faouzi Benzarti en attendant les renforts. L’entraîneur clubiste sait bien que reconstruire une défense est la plus dure des missions, étant donné les automatismes et l’entente qui demandent beaucoup de temps, de matches. C’est-à-dire que l’ex-défense clubiste, la meilleure la saison dernière, aurait réussi plus facilement cette saison. Tout est à refaire avec Meriah qui sera le chef de la défense aux côtés d’un étranger et à un degré moindre un jeune défenseur tunisien prometteur. Ce qui est sûr, c’est qu’il y aura des remplaçants à ces départs (trois renforts en défense). La qualité et la réussite dépendront de plusieurs facteurs.
La logique du marché
D’un point de vue financier, ces départs ne sont pas forcément une calamité. Les joueurs tunisiens se ressemblent et leur valeur marchande provient du nom du club et ses succès. Ainsi, Mehdi Miled raisonne d’une manière froide, mais dictée par le marché et les offres qui viennent de la Libye et de l’Irak. On ne peut plus retenir des joueurs qui reçoivent des offres juteuses.
Au CA, on compte sur le nom du club, sur Benzarti et sur le public pour ramener d’autres joueurs, pour élever la valeur technique et marchande de l’équipe. Finalement, Ben Abda, Zemzmi, Chrifi, ce ne sont pas des joueurs de grand calibre et de technique raffinée. Ils sont bons, ils sont venus de nulle part, et c’est grâce à Benzarti et au nom du CA qu’ils ont progressé.
Le comité directeur du CA ne veut plus rentrer dans des folies financières et signer des contrats exagérés et qui peuvent condamner demain le club. Tout à fait raisonnable, mais ceci n’empêche que Mehdi Miled a été complètement « nonchalant » et lent dans ce dossier. Il devait négocier avant une année au plus tard la reconduction du contrat d’un joueur, sinon le céder et gagner de l’argent.
Il doit aussi être plus ferme au moment de parapher la clause libératoire du joueur (le détail qui a retardé l’officialisation de l’arrivée de Zaddem). Les gens ne savent pas que les fameux agents des joueurs font tout pour que la clause ne dépasse pas les 500.000 dollars. Une aberration totale qui sert le joueur et non le club.
Sinon, on ne peut plus rien face aux tentations du mercato : tous nos clubs n’ont plus des finances suffisantes pour dissuader un joueur en fin de contrat de partir. Le CA en paye les frais avec une ossature gagnante qui part en partie, et une autre qui va débarquer. Et il faudra tout recommencer.
Chaouat, Ait Malek, Zaâlouni et Chamekh aussi ?
Les offres affluent d’un jour à l’autre sur les joueurs clubistes. Chaouat, qui n‘a pas encore prolongé, a encore une offre d’un club libyen. Des avantages mirobolants, mais ce joueur reste atypique par rapport à ses coéquipiers. Ce n’est pas le genre de personnes qu’on peut influencer par l’argent comme l’année dernière où il a tenu à respecter son engagement avec le CA alors que le club était en crise.
Là encore, Miled doit essayer de prolonger ce buteur auquel tient Benzarti. Le gardien Chamekh, malgré un mondial catastrophique, a des offres sérieuses du championnat égyptien, tout comme Ait Malek et Zaâlouni, qui ont seulement une année dans leur contrat.
Ils n’entendent pas rempiler pour le moment et pensent, logiquement, à partir librement la saison prochaine. En même temps, des clubs preneurs sont là. Un dilemme que Mehdi Miled doit bien gérer : son équipe se vide de plus en plus faute d’argent et de savoir-négocier, mais il y a une possibilité de renflouer les caisses et rebâtir l’effectif avec les revenus de cession.
Le champion en titre deviendrait probablement une équipe qui vit de la cession de ses cadres tout en jouant les premiers rôles. Mais ce CA aura-t-il le souffle et les joueurs pour réussir le retour en Afrique qui demande des moyens et des noms de métier ? L’été au Parc A n’est pas aussi calme que l’on pense, mais en même temps, l’équilibre financier et la gestion rationnelle restent les soucis des dirigeants actuels. L’après-titre n’a jamais été une belle histoire pour le CA.



