Une image largement partagée ces derniers jours sur les réseaux sociaux affirme dresser “l’autre visage de la Tunisie”, en avançant des chiffres particulièrement alarmants : 35 000 cas de divorce chaque année, 517 000 personnes recherchées pour des affaires liées aux pensions alimentaires et un taux de “célibat” atteignant 80 %. Mais derrière ces chiffres largement relayés, quelle est réellement la situation ?
La vérification des données disponibles auprès des sources officielles montre que plusieurs de ces affirmations sont soit inexactes, soit dépourvues de preuves fiables.
Le chiffre de 35 000 divorces annuels ne correspond pas aux statistiques publiées par l’Institut national de la statistique (INS). Les données officielles indiquent que le nombre de jugements de divorce prononcés par les tribunaux de première instance s’est établi à 17 306 cas en 2019, contre 13 302 en 2020, 12 598 en 2021, 14 706 en 2022 et 16 012 en 2023.
Ces chiffres montrent que la Tunisie connaît effectivement un phénomène de divorce qui mérite d’être suivi, mais dans des proportions bien inférieures au nombre avancé dans les publications virales. En 2023, le nombre de divorces était ainsi de l’ordre de 16 000 cas, soit moins de la moitié du chiffre de 35 000 diffusé sur les réseaux sociaux.
Autre affirmation largement reprise : l’existence de 517 000 personnes recherchées pour non-paiement de pensions alimentaires. Or, aucune donnée officielle publiée par le ministère de la Justice, le ministère de l’Intérieur ou une autre institution publique ne permet de confirmer ce nombre.
En l’absence de statistiques officielles ou de documents judiciaires vérifiables, ce chiffre reste une information non établie. Sa circulation sur les réseaux sociaux semble reposer davantage sur des reprises successives que sur une source identifiable.
La même prudence s’impose concernant l’affirmation selon laquelle le taux de célibat aurait atteint 80 % en Tunisie. Aucun indicateur officiel ne mesure ce phénomène sous cette forme. Les institutions statistiques utilisent plutôt des données relatives à l’âge au mariage, au nombre de contrats conclus ou encore à la proportion de personnes célibataires selon les différentes catégories d’âge.
Les chiffres de l’INS montrent une évolution réelle des comportements matrimoniaux. Le nombre de mariages est passé de 83 105 contrats en 2019 à 72 953 en 2023, avec une forte baisse en 2020 liée notamment aux conséquences de la crise sanitaire. Cette tendance traduit un changement social marqué par un recul du nombre de mariages et un report de l’âge du mariage, mais elle ne permet pas d’affirmer qu’un taux de 80 % de célibat existe.
La diffusion de chiffres non vérifiés sur des sujets aussi sensibles que la famille, le mariage ou le divorce illustre une tendance fréquente sur les réseaux sociaux : des données impressionnantes, parfois sorties de leur contexte, peuvent rapidement devenir virales et influencer la perception d’une réalité sociale.
En Tunisie comme ailleurs, les statistiques officielles restent le principal repère pour comprendre les évolutions de la société. Les chiffres racontent une réalité parfois complexe, mais ils nécessitent d’être replacés dans leur contexte avant de devenir des constats définitifs.
R.I



