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Le Baccalauréat tunisien face à ses failles : Un déclin continu sur trois sessions

  • 11 juillet 2026
  • 4 min de lecture
Le Baccalauréat tunisien face à ses failles : Un déclin continu sur trois sessions

En 2024, le taux de réussite s’élevait à 55,60%, avant de fléchir à 52,59% en 2025 pour frôler aujourd’hui la barre fatidique des 50%. En l’espace de deux sessions, la Tunisie a ainsi perdu près de 5 points de réussite nationale

La Presse — Les résultats définitifs du baccalauréat 2026 viennent de confirmer une réalité inquiétante : le système éducatif tunisien s’enfonce dans une crise structurelle. Avec un taux de réussite global qui s’établit à 50,72% après la session de contrôle, l’examen accuse un recul continu depuis trois ans. En 2024, le taux s’élevait à 55,60%, avant de fléchir à 52,59% en 2025 pour frôler aujourd’hui la barre fatidique des 50 %. En l’espace de deux sessions, la Tunisie a ainsi perdu près de 5 points de réussite nationale.

Le naufrage des filières de masse et l’accentuation des fractures

Ce déclin constant s’explique en grande partie par le naufrage des filières de masse. La section Économie et Gestion, qui concentre le plus grand réservoir de candidats avec plus de 53.400 élèves, agit désormais comme un frein national avec un taux de réussite final de seulement 43,13% (contre 54,82% en 2024). Ce score peine à être masqué par l’excellence traditionnelle des filières d’élite comme les mathématiques (84,67%).

Parallèlement, la fracture territoriale continue de se creuser : le fossé séparant les régions côtières, à l’instar de Sfax 2 (55,16%), des gouvernorats de l’intérieur comme Jendouba (26,48%), atteint près de 30 points d’écart.

L’illusion des cours particuliers : un fléau social et financier

Face à ces lacunes, le recours massif aux cours particuliers s’est imposé comme une béquille indispensable, mais profondément trompeuse. Loin d’être une solution, ce marché parallèle est devenu un fléau qui épuise financièrement les familles tunisiennes et institutionnalise l’injustice sociale. Les cours du soir ne garantissent plus la réussite face à des examens plus exigeants; ils affaiblissent l’esprit critique des élèves et vident les classes de leur substance durant la journée.

Les axes majeurs pour une école publique équitable

Pour inverser cette tendance et redonner aux établissements étatiques leur rayonnement d’antan, une réforme globale, courageuse et réfléchie est impérative.

Il s’agit d’abord d’éradiquer la dépendance aux cours privés en réintégrant le soutien scolaire gratuit au cœur même des lycées publics, encadré et valorisé par l’Etat. Ensuite, une refonte urgente des programmes des sections économiques et littéraires s’impose pour adapter les coefficients et moderniser des contenus obsolètes qui découragent les élèves.

Dans cet ordre d’idées, il faut en finir avec la récitation par cœur, et ce, en modernisant les contenus pour les ancrer dans le monde contemporain (économie numérique, entrepreneuriat, compétences linguistiques appliquées). Si les examens évaluent enfin la réflexion plutôt que la récitation «aveugle», le business des cours particuliers perdra sa raison d’être.

De plus, valoriser les vraies compétences est urgent afin de rééquilibrer les coefficients pour que les élèves soient jugés sur leurs forces spécifiques (gestion, langues, analyse critique) et cessent d’être éliminés par le poids disproportionné de matières secondaires. Il faut aussi changer de modèle , c’est-à-dire transformer ces sections — trop souvent subies par défaut — en filières d’excellence attractives, ouvrant concrètement sur les métiers de demain (marketing digital, droit international, management).

Enfin, la lutte contre les disparités régionales doit passer par une véritable politique de discrimination positive, offrant des incitations financières et matérielles(logements,primes…) aux enseignants expérimentés pour rejoindre les zones intérieures, tout en y modernisant les infrastructures.

Sauver le baccalauréat tunisien ne se fera pas en ajustant artificiellement les critères de rachat, mais en replaçant l’école publique, gratuite et équitable, au centre de l’ascenseur social.

Auteur

Lilia ELLOUZE

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