IA responsable: la Tunisie classée 110e mondiale, derrière le Maroc et la Libye
La Tunisie occupe la 110e place mondiale sur 135 pays évalués dans le Global Index on Responsible AI (GIRAI) 2026, un classement international consacré à la gouvernance responsable de l’intelligence artificielle. Avec un score global de 16,37 points, elle arrive au troisième rang maghrébin, derrière le Maroc (63e mondial, 35,62 points) et la Libye (78e, 29,24 points), tandis que l’Algérie ferme le classement régional à la 123e position avec 12,84 points.
Publié par le Global Center on AI Governance, en partenariat notamment avec le Centre de recherches pour le développement international (IDRC) et le programme britannique “AI for Development”, cet indice vise à mesurer la capacité des États à développer, encadrer et utiliser l’intelligence artificielle de manière responsable, inclusive et durable.
Le GIRAI ne mesure pas uniquement le niveau technologique ou les capacités industrielles des pays en matière d’intelligence artificielle. Il évalue plutôt les politiques publiques, les cadres réglementaires, les mécanismes de protection des citoyens et les conditions permettant un développement éthique de l’IA.
Un classement dominé par les pays européens
Dans cette deuxième édition de l’indice, la Norvège arrive en tête mondiale avec un score de 75,26 points, suivie de l’Italie (72,71 points) et de l’Irlande (71,39 points).
La France occupe la quatrième position mondiale avec 70,32 points, tandis que les Pays-Bas complètent le top 5 avec 69,51 points.

La domination européenne dans le haut du classement reflète l’avance de ces pays dans la mise en place de stratégies nationales sur l’intelligence artificielle, de cadres réglementaires spécifiques ainsi que de mécanismes de contrôle et d’évaluation des risques.
À l’échelle mondiale, le rapport souligne toutefois que les progrès restent inégaux. Malgré l’expansion rapide des outils d’intelligence artificielle générative, de nombreux pays disposent encore de cadres réglementaires limités, souvent non contraignants, avec des difficultés dans leur application effective.
Gouvernance, éthique, sécurité : les critères évalués
Le classement repose sur plusieurs dimensions destinées à mesurer la capacité des pays à assurer une intelligence artificielle responsable.
Le GIRAI analyse notamment :
– L’inclusion et la diversité : capacité des politiques d’IA à prendre en compte les différents groupes sociaux et culturels ;
– L’éthique et la durabilité : prise en compte des enjeux éthiques, sociaux et environnementaux ;
– Le travail et les compétences : préparation des ressources humaines et adaptation des compétences aux transformations liées à l’IA ;
– La confiance et la sécurité : protection contre les risques, abus et usages dangereux ;
– L’utilisation de l’IA dans les services publics ;
– Les politiques publiques dédiées à l’intelligence artificielle ;
– L’engagement de la société civile ;
– Les conditions favorables au développement de l’IA, notamment les infrastructures et l’environnement institutionnel.
L’objectif de l’indice est ainsi d’évaluer non pas seulement la capacité d’un pays à développer des technologies d’intelligence artificielle, mais également sa capacité à garantir une utilisation responsable, transparente et respectueuse des droits.
La Tunisie : un retard marqué dans les politiques publiques liées à l’IA
Avec un score global de 16,37 points, la Tunisie se situe largement sous la moyenne mondiale de l’indice, estimée à environ 35 points. Son classement met en évidence plusieurs fragilités, notamment dans l’élaboration des politiques publiques spécifiques à l’intelligence artificielle.
Le principal point faible concerne le pilier “AI Policy” (politiques IA), dans lequel la Tunisie obtient un score de 0 point.
D’autres indicateurs restent également faibles :
– Éthique et durabilité : 9,61 points
– Travail et compétences : 13,46 points
– IA dans les services publics : 16,04 points
– Inclusion et diversité : 19,22 points
La Tunisie affiche néanmoins de meilleurs résultats dans certains domaines, notamment les conditions favorables au développement de l’IA, avec 49,22 points, ainsi que la dimension confiance et sécurité, avec 23,52 points.
Ces résultats traduisent un paradoxe : le pays dispose de certaines bases favorables, notamment en matière d’infrastructures numériques et de capital humain, mais accuse un retard dans la structuration d’une véritable stratégie publique dédiée à l’intelligence artificielle responsable.
Le Maroc en tête du Maghreb, la Libye devant la Tunisie
Au niveau régional, le Maroc se positionne comme le pays maghrébin le mieux classé. Avec 35,62 points, il occupe la 63e place mondiale. Le Royaume affiche notamment de bonnes performances dans :
– la confiance et la sécurité (52,23 points) ;
– les conditions favorables (52,41 points) ;
– le travail et les compétences (46,21 points).
La Libye, malgré son contexte institutionnel particulier, arrive deuxième au Maghreb avec 29,24 points et une 78e place mondiale. Elle obtient notamment de meilleurs scores que la Tunisie dans les domaines liés aux compétences (42,96 points) et aux politiques IA (31,99 points).
L’Algérie, quant à elle, occupe la dernière position régionale avec 12,84 points, notamment en raison de scores très faibles dans les politiques IA (1,21 point) et l’engagement de la société civile (0 point).

Alors que l’intelligence artificielle devient un facteur majeur de compétitivité économique, de transformation administrative et d’innovation, le classement du GIRAI 2026 souligne l’importance pour la Tunisie de renforcer son cadre national.
Le défi ne concerne pas uniquement l’adoption des nouvelles technologies, mais aussi la capacité à définir des règles claires sur leur utilisation, à former les compétences nécessaires et à garantir une IA compatible avec les principes de transparence, de sécurité et de protection des droits.
Et dans un contexte où plusieurs pays accélèrent leurs investissements dans ce domaine, la mise en place d’une stratégie nationale structurée apparaît comme un levier essentiel pour éviter un décrochage technologique et renforcer la position de la Tunisie dans l’économie numérique mondiale.



