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Réconciliation pénale : Une commission relancée, entre volonté et attentes concrètes

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  • 15 juillet 2026
  • 5 min de lecture
Réconciliation pénale : Une commission relancée, entre volonté et attentes concrètes

Portée par une volonté politique réaffirmée au sommet de l’Etat, cette nouvelle étape de la réconciliation pénale devra démontrer qu’elle peut permettre la restitution des fonds spoliés et concrétiser les attentes de justice et d’intérêt général. 

La Presse — Le 8 juin 2026, un décret présidentiel est venu secouer la léthargie d’un dossier qui semblait enlisé depuis des mois. Ali Abbes est nommé à la tête de la Commission nationale de réconciliation pénale. Le choix ne doit rien au hasard. Magistrat de troisième grade, le sommet de la hiérarchie judiciaire tunisienne, l’homme a déjà occupé le poste de procureur général près la Cour de cassation, avant de diriger le Contentieux de l’État. Un profil qui pourrait aider à faire avancer ce dossier resté, il faut bien l’avouer, peu actif depuis sa création fin 2022.

En recevant le magistrat Ali Abbes au palais de Carthage, dans le cadre de la procédure qui a conduit à la nomination officielle des membres de la commission, le Chef de l’État ne va pas par quatre chemins. Il martèle : «La reddition des comptes reste une revendication légitime du peuple tunisien, et il n’est pas question de renoncer au moindre millime de l’argent public». Cette nouvelle composition marque, en toute logique, une étape pour sortir enfin le processus des blocages qui ont paralysé les deux précédentes tentatives. 

Des obstacles délibérément dressés 

À cette occasion, Kaïs Saïed précise les contours du dispositif de réconciliation pénale. Il souligne à ce propos que la porte reste ouverte à tous ceux qui souhaitent régulariser leur situation, qu’ils soient actuellement détenus en Tunisie ou installés à l’étranger. Il ne s’agit pas, insiste-t-il, de «régler des comptes», mais de récupérer des fonds «spoliés au peuple» pour les restituer à la collectivité. Aucune volonté de représailles, martèle-t-il, appelant à conclure les accords rapidement et sans marchandage ni lenteurs administratives inutiles.

Le Président rappelle au passage que l’idée de la réconciliation pénale ne date pas d’hier, mais remonte à 2012, et que l’objectif reste inchangé. Il s’agit d’orienter les fonds récupérés vers les régions les plus défavorisées du pays. Il n’esquive pas non plus le bilan des échecs passés, évoquant des obstacles «non fortuits» qui ont eu raison de la précédente commission, à l’arrêt depuis septembre 2024.

C’est justement ce que semble illustrer le dossier de Ridha Charfeddine. Sa défense affirme, depuis décembre 2025, que son client a engagé une démarche de conciliation pénale. L’affaire avait déjà été reportée une première fois à janvier 2026, puis de nouveau, tout récemment, à une date ultérieure, dans l’attente de l’issue de cette procédure. 

Le 13 juillet dernier, la chambre criminelle spécialisée dans les affaires de corruption financière du Tribunal de première instance de Tunis a ainsi reporté de nouveau le procès de Ridha Charfeddine, ainsi que celui de deux autres accusés, à la demande de sa défense, qui souhaite attendre l’issue des démarches engagées par leur client auprès des autorités compétentes.

Rappelons que Ridha Charfeddine est détenu depuis 2024 pour des faits de corruption financière et administrative, et qu’il a été condamné à trois ans de prison ainsi qu’à 72 millions de dinars d’amende pour constitution de gains à l’étranger sans autorisation de la Banque centrale de Tunisie.

On ignore, à ce stade, l’ensemble des éléments de ce dossier. Mais ces reports successifs contrastent, à première vue, avec l’appel même de Kaïs Saïed à conclure les accords «rapidement et sans marchandage ni lenteurs administratives inutiles».

Vers plus de clarté sur le bilan des commissions 

Depuis la création du dispositif en 2022, aucune institution officielle ne semble avoir publié, à ce stade, de bilan chiffré consolidé des commissions qui se sont succédé. Seuls quelques chiffres partiels auraient été divulgués oralement, à différentes dates, par des membres de ces commissions.

Cette apparente absence de communication régulière et de données vérifiées rendrait difficile toute évaluation objective de l’efficacité du mécanisme, et pourrait nourrir certaines interrogations sur le nombre réel de dossiers traités ou le taux d’accords effectivement conclus.

Une plus grande transparence sur le fonctionnement de la commission, depuis sa création jusqu’à aujourd’hui, semblerait ainsi de nature à permettre une évaluation plus sereine des résultats de cette troisième tentative. Elle permettrait notamment de savoir, chiffres à l’appui, combien de dossiers ont été effectivement traités par les deux premières commissions, quelle part  a débouché sur un accord signé, et quelles sommes ont réellement été versées au Trésor public. Autant d’éléments qui, à défaut d’être rendus publics, continueront d’alimenter le doute plutôt que d’installer  la confiance.

Encore du pain sur la planche, donc, pour la nouvelle équipe, qui hérite d’un dossier ayant jusqu’ici accumulé plus de difficultés et de critiques que de bons résultats. Reste à savoir si elle parviendra, cette fois, à traduire les engagements présidentiels en résultats concrets, là où les deux commissions précédentes n’ont laissé, en guise de bilan, que des dossiers restés sans suite. La réponse se lira sans doute dans la capacité, ou non, de cette troisième tentative à rendre enfin des comptes au peuple tunisien.

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Auteur

Samir DRIDI

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