A la une Economie

Tunisie, Maroc, Algérie : où le coût d’un salarié pèse-t-il le plus sur l’employeur ? Un rapport mondial répond

Avatar photo
  • 16 juillet 2026
  • 7 min de lecture
Tunisie, Maroc, Algérie : où le coût d’un salarié pèse-t-il le plus sur l’employeur ? Un rapport mondial répond

Le classement international “Employer Burden Index” place la Tunisie avec un score de 60 points, derrière le Maroc et l’Algérie mais devant plusieurs pays européens et arabes

La Tunisie occupe la 49e place mondiale sur 192 pays et territoires évalués dans le classement international “Employer Burden Index”, un indice qui mesure le poids des obligations légales et réglementaires supportées par les employeurs lors de l’embauche et de la rupture des contrats de travail.

Avec un score composite de 60 points sur 100, la Tunisie se situe dans la partie supérieure du classement mondial, traduisant un niveau relativement important de contraintes réglementaires pour les entreprises, notamment en raison des charges sociales patronales et des règles encadrant la fin de la relation de travail.

Ce classement fournit une lecture comparative des différents systèmes d’emploi dans le monde en évaluant uniquement les coûts obligatoires imposés par la législation, et non le niveau général des salaires, la productivité ou l’attractivité économique globale d’un pays.

Un indicateur consacré au poids des obligations employeurs

L’Employer Burden Index analyse la charge réglementaire qui accompagne l’emploi d’un salarié dans chaque pays étudié. L’objectif est de mesurer dans quelle mesure les règles nationales peuvent influencer le coût et la flexibilité d’une relation de travail pour les entreprises.

L’indice repose principalement sur plusieurs composantes : les cotisations sociales obligatoires à la charge de l’employeur, les indemnités légales de licenciement, les délais de préavis obligatoires, ainsi que certaines obligations liées aux contrats de travail.

Le score final est établi sur une échelle allant de 0 à 100 : plus le score est élevé, plus le poids réglementaire imposé à l’employeur est considéré comme important.

Le rapport précise également que certains indicateurs complémentaires, comme les cotisations sociales salariales, le treizième mois, les congés annuels ou le congé maternité, sont présentés comme des éléments de contexte et ne sont pas intégrés directement dans le calcul du score final.

La Tunisie : un coût employeur estimé à 57.700 dollars pour un salaire annuel de 50.000 dollars

Selon les données publiées dans le classement, la Tunisie obtient un score global de 60 points, avec un coût théorique estimé à 57.700 dollars pour un salarié rémunéré à hauteur de 50.000 dollars annuels, après prise en compte des obligations légales.

Le pays affiche un score de 63 points concernant le coût employeur, de 76 points pour les indemnités de licenciement et de 28 points pour le préavis légal.

Les cotisations sociales patronales sont évaluées à 15,4 %, tandis que les cotisations sociales salariales atteignent 8,8 %.

Le rapport indique également que la durée légale du congé annuel en Tunisie est de 30 jours, alors que la durée enregistrée du congé maternité est de 4,3 semaines selon la méthodologie utilisée.

Le classement mondial dominé par l’Argentine, l’Europe parmi les régions les plus contraignantes

À l’échelle mondiale, l’Argentine arrive en tête du classement avec un score de 85,9 points, devenant le pays où la charge réglementaire employeur est considérée comme la plus élevée parmi les 192 pays étudiés.

L’Argentine est suivie par la Biélorussie avec 84,7 points, puis par la République tchèque avec 82,9 points. Le Vietnam occupe la quatrième position avec 82,6 points, tandis que l’Égypte arrive au cinquième rang mondial avec 82,5 points.

La Moldavie se classe sixième avec 81,4 points, devant la Bolivie (80,6 points). La Slovaquie arrive ensuite avec 78,4 points, alors que le Népal et la Turquie partagent la neuvième position avec 77,3 points. L’Allemagne complète ce groupe de tête avec 77,2 points.

Le rapport souligne que l’Europe constitue globalement la région où la pression réglementaire moyenne est la plus forte. Les 47 pays européens analysés obtiennent un score moyen de 51,7 points, contre seulement 29,1 points pour l’Océanie, région présentant la charge moyenne la plus faible.

Les pays où la contrainte employeur est la plus faible

À l’autre extrémité du classement, plusieurs pays affichent un poids réglementaire limité pour les employeurs.

La Nouvelle-Zélande occupe la dernière position parmi les pays classés, avec seulement 4,2 points, suivie par la Roumanie avec 7,5 points. La Micronésie obtient 12,3 points, tandis que la Namibie affiche 13,3 points.

Les États-Unis figurent également parmi les économies où la réglementation employeur est la moins contraignante, avec un score de 13,9 points, occupant la 158e place mondiale. La Géorgie obtient 14,1 points, l’Afrique du Sud 15,7 points, Hong Kong 16,2 points, alors que le Brunei et Kiribati affichent respectivement 18 points et 17 points.

Le rapport explique notamment que les pays les mieux classés dans cette catégorie se caractérisent souvent par l’absence d’indemnités légales obligatoires de licenciement et par des obligations sociales patronales relativement limitées.

Tunisie : derrière le Maroc et l’Algérie dans le Maghreb

Dans l’espace maghrébin, la Tunisie occupe une position intermédiaire. Le Maroc figure parmi les pays affichant les contraintes employeurs les plus élevées au niveau mondial. Il se classe à la 15e position mondiale avec un score de 75 points.

L’Algérie arrive à la 23e place mondiale avec 70 points, soit dix points de plus que la Tunisie. La Libye, quant à elle, occupe la 61e position mondiale avec 56 points, légèrement derrière la Tunisie.

Ainsi, selon cet indice, la Tunisie présente une charge réglementaire inférieure à celle du Maroc et de l’Algérie, mais supérieure à celle de la Libye.

Face aux autres pays arabes : des écarts importants

La comparaison avec les pays arabes révèle également de fortes différences. L’Égypte figure parmi les pays les plus contraignants au monde pour les employeurs, avec un score de 82,5 points, qui lui permet d’occuper la 5e place mondiale.

Le Maroc (75 points) et l’Algérie (70 points) se situent également dans la partie haute du classement.

À l’inverse, plusieurs économies arabes affichent des niveaux plus faibles de contraintes réglementaires. L’Arabie saoudite obtient 59 points, le Liban 58 points, la Libye 56 points, tandis que les Émirats arabes unis affichent 30 points et le Qatar 65 points.

La Tunisie, avec ses 60 points, se situe donc dans une position médiane parmi les économies arabes étudiées : plus réglementée que certains pays du Golfe, mais moins que plusieurs pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.

Les États-Unis, un modèle de faible contrainte réglementaire

Le rapport met également en avant la situation américaine. Les États-Unis occupent la 158e place mondiale avec 13,9 points, principalement en raison de l’absence de mécanismes fédéraux obligatoires concernant l’indemnité de licenciement et le préavis.

Le classement confirme ainsi une tendance générale : les économies anglophones figurent souvent parmi les systèmes où la flexibilité réglementaire de l’emploi est la plus forte. Le Royaume-Uni se classe 85e avec 47 points, l’Irlande 94e avec 42 points, l’Australie 103e avec 39 points, le Canada 109e avec 37 points, tandis que la Nouvelle-Zélande ferme le classement avec 4,2 points.

Un outil de comparaison, pas un classement de compétitivité globale

Les auteurs du rapport insistent sur le fait que cet indice ne constitue pas un classement général de l’attractivité économique des pays.

Un faible score ne signifie pas nécessairement qu’un pays dispose d’un marché du travail plus performant, tout comme un score élevé ne traduit pas automatiquement un environnement défavorable aux investissements.

L’objectif est plutôt d’identifier le poids des obligations légales qui accompagnent l’emploi et de comparer les différences entre les systèmes réglementaires nationaux.

Pour la Tunisie, ce classement apporte un éclairage sur la place du pays dans l’environnement international du travail : avec 60 points et une 49e position mondiale, elle se situe dans un groupe de pays où la protection réglementaire demeure significative, tout en restant moins contraignante que plusieurs économies voisines et certains grands pays européens.

Avatar photo
Auteur

Meriem KHDIMALLAH

You cannot copy content of this page