Avec les interventions musclées des autorités compétentes, ceux qui avaient pris l’habitude d’occuper les plages et d’en tirer profit de manière assez éhontée et désordonnée, alliant l’exploitation de grandes étendues en tant que parkings ou en érigeant des cabanes, en plantant des ombrelles ou des parasols, etc. ont commencé à comprendre que ces plages sont des espaces publics inaliénables.
Nul ne peut les posséder sans autorisation ni conditions fermes et dans un cadre bien précis.
La Presse — C’étaient les hôtels «pieds dans l’eau» qui avaient commencé à accaparer des zones situées dans le prolongement de leurs infrastructures. Une occupation souvent tolérée, mais qui s’est tellement amplifiée, était devenue insupportable. Les citoyens ne pouvaient même pas traverser cette zone qu’on entourait de barrières et faisaient surveiller par des quidams menaçants. Les plaintes qui se sont multipliées n’ont rien pu contre la construction de piscines d’eau de mer, payantes et organisées.
Mais la nature a horreur du vide. Pour ceux qui cherchent de l’argent facile, il y avait deux alternatives : accaparer un espace pour en faire des parkings et ériger des constructions en chaume, en toile, en dur, pour offrir en location des abris aux visiteurs des lieux, il est vrai, paradisiaques. Les abus ont fait déborder le vase.
En effet, le principe des plages «privées» sous forme, de concessions n’existe pas en tant que tel. Il s’agit d’autorisations d’occupation temporaire ou de concessions accordées par la municipalité à des restaurants ou des clubs de plage.
Les autorités de Ghar El Melh viennent de donner un énergique coup de balai pour dégager cette plage qui était devenue un point de rassemblement pour tous ceux qui cherchaient un sable fin et propre et une eau aussi pure qu’un diamant taillé.
Pour «couvrir» leur envahissante mainmise, on allait louer auprès de la municipalité concernée une zone qui devient extensible. Une fois le grappin mis sur les lieux, gare à celui qui soufflerait le contraire. Ces locations bien entendu ne rapportaient presque rien aux municipalités qui nettoyaient et remettaient de l’ordre dans ces endroits prisés.
C’étaient l’expression du désordre jusqu’à ce qu’on décide, cette année, que «l’accès des plages est libre pour tous les citoyens et que les parkings sont gratuits». Pas plus clair que cela. Enfin nanties de cette décision souveraine, les autorités compétentes ont mis le paquet. Depuis la mise en place de ces plans de reconquête, on commence à voir les résultats et les progrès, dans l’évolution d’une situation qui ne pouvait durer.
Légalement, l’accès à la mer est libre et gratuit pour tous. L’organisation repose sur une gestion décentralisée et stricte, répartie entre l’État et les communes, combinant sécurité, écologie et… espaces commerciaux dûment autorisés et choisis parmi les prestations de services réellement utiles pour les citoyens.
L’État est propriétaire du domaine public maritime, mais la gestion quotidienne des plages est déléguée aux municipalités qui en sont responsables. C’est la raison pour laquelle on lance en début de saison estivale ces campagnes de propreté, dans le but de remettre en état ces espaces devenus vitaux pour une frange du public de plus en plus large, imposée il est vrai par des températures en hausse et le besoin de respirer de l’air pur.
Mais bien souvent, le citoyen oublie que cette plage a été remise en état en respect d’un écosystème que l’on se doit de préserver. Pour son intérêt il doit contribuer à cet effort. Ce que laissent les visiteurs au terme de la journée tient de l’incroyable. Partout des poubelles débordent ou vides, parce que tout simplement on a déposé les sacs de déchets à côté.
Les plages sont normalement surveillées. Des postes de secours sont installés et gérés par la Protection civile et des maîtres nageurs sauveteurs, délimitant des zones de baignade surveillées. Et pourtant il y encore des noyades, fruit d’une imprudence coupable. On ne laisse pas un gamin seul, à bord d’une bouée qui peut se dégonfler à n’importe quel moment. On a bien lancé une alerte à ce propos, mais on continue à vendre ces engins de mort et on ferme les yeux sur leur utilisation en pleine mer. La Protection civile, et les maîtres nageurs devraient intervenir pour les interdire et appliquer une règle de sécurité émanant de source responsable.
De toutes les façons, maintenant que l’on a repris en main ces plages, il faudrait les organiser intelligemment.
Certaines municipalités ont tracé des chemins réservés à la Protection civile pour lui permettre de gagner du temps en cas d’intervention.
Elles devraient mettre en place des accès pour les personnes handicapées qui ont aussi droit de se baigner. Leur tracer un chemin pour que leurs chaises roulantes deviennent utiles serait aussi intelligent que de délimiter des endroits surveillés pour les enfants. La Fédération Tunisienne de Natation pourrait désigner d’anciens nageurs ou des entraîneurs volontaires pour apprendre aux enfants à nager. Une possibilité de mettre un terme au désordre qui règne actuellement. Le grand champion feu Ali Gharbi a été déniché entre autres baigneurs, du côté de La Goulette. Il y a donc une double utilité : apprendre à nager aux enfants, ce qui est une obligation pour un pays qui possède un littoral aussi important que le nôtre et repérer des gamins que l’on pourrait diriger vers des clubs spécialisés.
D’ailleurs, le calife Omar ibn al-Khattâb, compagnon du prophète, prônait qu’il fallait que les parents «apprennent à leurs enfants à monter à cheval, tirer à l’arc et…nager». Cela fait partie d’une tradition millénaire.
Nous avons vu du côté de Raoued (publicité gratuite), une belle organisation de petites échoppes propres, bien garnies et organisées qui offraient de l’eau fraîche et des boissons, de la nourriture que l’on tirait de comptoirs réfrigérés et autres utilités.
On devrait le faire ailleurs, pour que ces plages deviennent animées sainement, car lorsque l’organisation est parfaite, la surveillance et le contrôle sont bien en place, le citoyen s’adapte et réfléchit à deux fois avant de jeter l’emballage de son fricassé n’importe où.
L’exploitant ne doit pas tout accaparer. Il a l’obligation de laisser un espace libre pour la circulation des piétons (généralement une bande de 3 à 5 mètres en bord de mer) et doit absolument nettoyer sa zone. Considérant qu’il gagne de l’argent, c’est à lui de le faire.
Tout cela devrait constituer un plan d’action que l’on peut amorcer pour le restant de la saison ou à mettre en place pour l’année prochaine.



