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Déchets, insalubrité et laisser-aller : Faut-il décréter l’état d’urgence écologique ?

  • 18 juillet 2026
  • 7 min de lecture
Déchets, insalubrité et laisser-aller : Faut-il décréter l’état d’urgence écologique ?

Les amas d’ordures aux abords des quartiers, les trottoirs envahis par les déchets, les chaussées dégradées et le sentiment grandissant d’abandon nourrissent un profond malaise chez de nombreux Tunisiens. Si les difficultés financières auxquelles sont confrontées les collectivités locales sont bien réelles, de nombreux citoyens estiment que le manque d’entretien, l’insuffisance des moyens et les défaillances dans l’organisation des services municipaux aggravent considérablement la situation.

La Presse — On a déjà évoqué l’insalubrité qui règne autour des parcs verts comme celui d’El Hadika à Cité Ettahrir (Tunis) ou le parc du martyr Helmi Manai à Bab El Khadhra qui vit sous l’étouffement des déchets en plastique et des tas de poussières ça et là, sans que les choses évoluent ou s’améliorent d’un iota.

Outre la pollution environnementale qui s’ensuit dans les villes côtières du Sud où les petits déchets trônent majestueusement sur les eaux, il y a la pollution et l’insalubrité des villes qui n’a pas trouvé de solution. Beaucoup de témoignages empreints d’exacerbation ont été livrés. Retourné récemment d’un séjour en Tunisie, M. Abbes ne cache pas son inquiétude.

« Après près de trois semaines passées en Tunisie, une image s’impose à moi : celle d’un laisser-aller généralisé. Cela touche tout, du ramassage des ordures à la propreté des rues et des avenues, jusqu’à l’état de certaines administrations publiques où l’on rencontre parfois des agents démotivés ou peu impliqués. Les routes sont également dans un état préoccupant, avec un marquage au sol souvent effacé ou inexistant et un respect du code de la route qui laisse à désirer.

Ce qui frappe le plus, c’est cette impression que la médiocrité s’installe progressivement devenant une habitude », témoigne-t-il. Un autre témoignage publié sur les réseaux sociaux d’un quarantenaire sensible à la question environnementale en Tunisie est sans équivoque quant à la dégradation de la situation sous nos cieux : « Je pense sincèrement qu’il est grand temps de tirer la sonnette d’alarme et de déclarer l’état d’urgence écologique en Tunisie.

Nos grandes villes, à commencer par la capitale Tunis, s’enfoncent jour après jour sous le poids d’un fléau invisible mais destructeur : l’invasion des déchets qui jonchent nos rues et défigurent nos quartiers. Même résider dans une zone dite  ‘huppée’ ne protège plus de cette déchéance environnementale. Récemment, des agents municipaux sont venus nettoyer une petite ruelle isolée, en marge de mon quartier.

Ce recoin discret, devenu le dépotoir clandestin de transporteurs de gravats peu scrupuleux payés pour s’en débarrasser, a révélé une réalité effroyable : au milieu des immondices, les agents ont débusqué des colonies de rats et des vipères. Ce n’est plus seulement une question d’esthétique ou de propreté, c’est une crise sanitaire majeure qui rampe littéralement à nos portes.

Face à cette menace écologique qui nous guette, l’incivisme, l’inaction et le laisser-aller ne sont plus tolérables. L’État doit impérativement reprendre les choses en main, trouver des solutions pérennes et, surtout, sévir avec la plus grande fermeté contre les pollueurs. […] Ceci pendant que les transporteurs de déchets et des personnes peu civilisées  empoisonnent nos espaces publics en toute impunité en jetant leurs saletés n’importe où. La priorité absolue des autorités devrait être la salubrité du pays et la santé de ses habitants, avant qu’il ne soit trop tard. »

Pour ces riverains, la gestion des déchets constitue aujourd’hui l’un des principaux défis auxquels sont confrontées les municipalités. Dans plusieurs quartiers, les conteneurs débordent régulièrement, les déchets ménagers restent plusieurs jours sans être collectés et les dépôts sauvages se multiplient, entraînant nuisances olfactives, prolifération d’insectes et risques sanitaires. Cette situation altère non seulement la qualité de vie des habitants, mais porte également atteinte à l’image des villes tunisiennes. 

Responsabiliser les citoyens

Une résidente de Sousse n’a pas caché son amertume en sortant pour une balade nocturne : « J’ai indiqué que je suis peinée, mais je pense que je suis plus que ça, dégoûtée et horrifiée par ce que nos concitoyens sont devenus. Voilà en faisant ma marche quotidienne tout le long de la corniche à une heure assez tardive J’ai été choquée par le nombre de bouteilles en plastique jetées sur les trottoirs, dans les caniveaux.

Certains ne voulant pas salir leurs voitures avec le sable, se rincent les pieds en rentrant de la plage et laissent leurs bouteilles jetées par terre. Est-ce qu’ils se sentent vraiment propres ? Tellement de choses ont changé avec ces gens qui se croient chez eux dans la rue, ils s’installent sur les trottoirs avec leurs tables et chaises leur thé et leurs ‘glibettes’ et bonjour les dégâts. Ils oublient que c’est un espace public qu’il faut préserver. 

J’ai eu honte surtout avec le nombre de touristes qui se promenaient et devaient certainement dire que notre ville est sale. J’ai de la peine pour mon pays, même si je souhaite retrouver ce qui a fait son charme. » Les citoyens sont appelés à faire preuve de plus de civisme et d’hygiène dans leurs comportements, notamment lorsqu’on voit un badaud se promenant au Passage au centre-ville de Tunis, une glace à l’eau à la main ou en bouche et le sachet plastique qui le renfermait juste à côté sur la chaussée… Pourtant les poubelles existent et sont juxtaposées les une après les autres, il faudrait les utiliser davantage et réfléchir à 2 fois avant de balancer ses détritus.

De nombreux spécialistes rappellent toutefois que cette dégradation résulte d’un ensemble de facteurs : ressources financières limitées, vieillissement du parc de véhicules de collecte, manque d’effectifs, croissance urbaine rapide, actes d’incivisme et absence d’une politique durable de gestion des déchets. 

Créer des déchetteries modernes

Face à ce constat, plusieurs pistes d’amélioration peuvent être envisagées. Les municipalités gagneraient à renforcer leurs moyens matériels en renouvelant les camions de collecte, en augmentant le nombre de bennes et de conteneurs et en dotant les services de propreté d’équipements modernes.

Une meilleure planification des tournées de ramassage, appuyée par des outils numériques permettant de suivre les itinéraires et les interventions, contribuerait également à améliorer l’efficacité du service. Par ailleurs, la création de déchetteries modernes et facilement accessibles permettrait aux particuliers de déposer les déchets encombrants, les déchets verts ainsi que certains déchets spécifiques dans de meilleures conditions, limitant ainsi les dépôts anarchiques. Le développement du tri sélectif, du recyclage et de la valorisation des déchets représente également un levier essentiel pour réduire les volumes destinés à l’enfouissement.

Les observateurs soulignent enfin que l’amélioration de la propreté urbaine ne peut reposer uniquement sur les collectivités locales. Elle suppose aussi une mobilisation citoyenne à travers des campagnes de sensibilisation, une lutte plus ferme contre les dépôts sauvages et un engagement collectif en faveur du respect des espaces publics.

Au-delà de la seule question des déchets, c’est l’ensemble du cadre de vie qui mérite aujourd’hui une attention renouvelée. Restaurer la qualité des services municipaux, renforcer les investissements publics et promouvoir une culture de responsabilité partagée constituent autant de conditions indispensables pour redonner aux villes tunisiennes un environnement plus propre, plus sain et plus accueillant.

Auteur

Mohamed Salem Kechiche

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