Le Festival international de Carthage a démarré le jeudi 16 juillet. Comme annoncé depuis la conférence de presse, la programmation de cette édition anniversaire marquant six décennies d’histoire et de culture mettra en évidence les artistes tunisiens. Pour la soirée inaugurale, intitulée «Taht El Yasmine» (Sous le jasmin), on s’attendait à un concert porté par une seule vedette, Saber Rebai. Or, il en a fait un moment de mémoire, de partage et de transmission artistique. Les anniversaires les plus marquants sont ceux qui se vivent à plusieurs !
La Presse —Quand le programme du Festival international de Carthage a été annoncé, certains ont contesté la présence de Saber Rebai à l’ouverture. Ce n’est pas sa place dans la scène musicale tunisienne et arabe qui est à discuter, mais le fait que sa présence n’est pas inédite. Il s’est produit plusieurs fois dans ce théâtre historique, dans le cadre du festival ou à d’autres occasions.
Il y a même été le 4 juillet dernier pour le 70e anniversaire de l’Armée nationale tunisienne. De plus, il sera en tournée dans d’autres régions, comme chaque été ou presque. En quoi «Taht El Yasmine» pourrait-il faire la différence pour mériter d’être programmé à l’ouverture d’un événement aussi prestigieux que le Festival international de Carthage, notamment pour une édition aussi spéciale ?
Une première réponse a été apportée par le public. Aussitôt les billets mis en vente en ligne, on a annoncé que les places «chaises» sont épuisées. Le jour du concert, les spectateurs ont commencé à affluer et à faire la queue plusieurs heures à l’avance, en dépit de la chaleur écrasante.
Les gradins étaient archicombles, alors que le prix des billets était le même que celui des spectacles des artistes étrangers, soit 100 D. Une chose est sûre, après plusieurs décennies de carrière et d’innombrables succès et consécrations, le public retrouve Saber Rebai à chaque fois avec la même impatience et le même engouement.
Les détails du spectacle ont été dévoilés quelques jours avant le rendez-vous prévu, avec un concentré de belles surprises. En fait, ce n’est pas un concert personnel. Plusieurs artistes tunisiens seront invités à le rejoindre sur scène pour une rencontre inédite entre différents styles et générations.

«Taht el Yasmine», dont le nom fait allusion au dernier tube de Saber Rebai, comme à la célèbre chanson de Hedi Jouini, transcende ainsi un répertoire individuel. Il se veut un hommage à la musique tunisienne et à ceux qui l’ont façonnée. Saber Rebai est entré sur scène sous des applaudissements nourris. On reconnaît parmi sa troupe des musiciens de l’Orchestre national tunisien. D’autres étaient, selon lui, algériens et français. Le mastero Kais Melliti était au piano et à l’accordéon, tout en dirigeant l’ensemble de plus d’une trentaine de musiciens.
La soirée a été entamée avec «Machallah Aliha» et «Tmanit». Par leur rythme, ces titres que le public semble connaître par cœur ont installé d’emblée une ambiance festive. Ensuite, Saber Rebai s’est exprimé sur la place du Festival international de Carthage qui porte, selon lui, la mémoire et l’identité de tout un pays.
Afin de souligner la portée symbolique de cette édition anniversaire, il a conçu ce spectacle autour de l’idée de la transmission. En effet, il a eu une alternance entre les prestations en solo de la star et des séquences où il partage la scène avec des artistes jeunes et d’autres plus célèbres et expérimentés.
Saber Rebai a enchaîné avec plusieurs tubes comme «Bibassata», «Allah Yehmik», «Ezzet Nafsi» et «Mezyena». Ensuite, l’écran géant a affiché une vidéo de Dhekra, ressuscitée par l’IA. Molka Cherni et Ahmed Rebai sont montés sur scène pour une interprétation collective de trois de ses chansons les plus célèbres : «El Assami», «Kol Eli Lamouni» et «Youm Lik». Ces jeunes chanteurs se sont déjà fait remarquer dans d’autres grands événements par leur talent et leur charisme scénique. Leur passage à Carthage a de nouveau confirmé leur place parmi les voix tunisiennes les plus prometteuses.
Les hommages se sont poursuivis après un nouveau segment où Saber Rebai a interprété d’autres titres célèbres de son répertoire. Après un discours d’introduction bref et chaleureux, le public a longuement applaudi Lotfi Bouchnak, un artiste chevronné, fort d’un parcours exemplaire de plus d’un demi-siècle.

Les deux stars ont chanté en duo, dans un moment de complicité inédit, deux titres emblématiques de leurs répertoires respectifs, «Nassaya» et «Mezyena». Deux jeunes chanteurs en pleine ascension les ont rejoints : Boutheina Nabouli et Daly Chebil. Ensemble, ils ont fait le tour de classiques de la chanson tunisienne. Le public enthousiaste a repris avec eux «Me Habitech», «Awadooni», «Lemouni Eli Gharou Mini» et «Ki Ydhik Bik Eddahr».
Le concert s’est poursuivi avec d’autres tubes de Saber Rebai, entre anciens et nouveaux, dont «Sous le jasmin», qui donne son titre à la soirée.
Ensuite, un dernier invité surprise a été reçu sous de longs applaudissements : le Roi du Rai Khaled. L’artiste, qui vient d’arriver en Tunisie le jour-même, sera sur scène le 18 juillet dans un spectacle à guichets fermés. Un autre duo inédit a fait le bonheur du public de Carthage. Les deux chansons «Abdelkader» et «Sidi Mansour» ont été interprétées dans un arrangement fusionnant les deux mélodies, et à travers elles les références culturelles de nos pays voisins.
Le concert s’est achevé avec une interprétation magistrale en solo de «Athadda El Alam», suivie de «Barcha».
Tout au long de la soirée, le jasmin, fleur emblématique de la Tunisie, était fortement présent, à travers la scénographie, dans le décor et même sous forme de colliers portés par les musiciens. Tous les artistes invités, que Saber Rebai a chaleureusement présentés et dont il a loué le talent à l’issue de leurs prestations, ont quitté la scène parés de colliers de jasmins en guise de remerciement.

La setlist de ce concert a mis en valeur la richesse du répertoire de Saber Rebai, ainsi que la vitalité et la créativité musicale tunisienne d’une manière générale. En fédérateur d’une aventure musicale collective, la star a brillamment relevé le défi d’une ouverture anniversaire.
Au-delà d’une soirée musicale festive, c’était une fresque musicale où plusieurs générations d’artistes se sont succédé, croisés et ont répondu pour inaugurer une édition placée sous le signe de l’excellence, du partage et de la célébration. L’énergie communicative et la virtuosité de Kais Melliti ont largement contribué à la réussite de la soirée et méritent d’être particulièrement saluées.
Lors de la conférence de presse, Saber Rebai a souligné qu’il a conçu ce spectacle selon sa propre vision, sans aucune directive externe. Il a réaffirmé la vocation du festival à rendre hommage aux aînés, tout en mettant en lumière les talents qui écrivent l’avenir de la musique tunisienne.
Le Festival international de Carthage se poursuit jusqu’au 19 août prochain, avec encore beaucoup d’autres surprises en vue.



