A la une Société

Transport public et mobilité des usagers : Quand verra-t-on le bout du tunnel ?

  • 18 juillet 2026
  • 5 min de lecture
Transport public et mobilité des usagers : Quand verra-t-on le bout du tunnel ?

Les bonnes nouvelles se bousculent. Tous les clignotants sont au vert. Les usagers du transport public jubilent. De grands espoirs naissent et chacun commence à rêver d’une véritable métamorphose du secteur. Depuis plusieurs mois, des centaines de nouveaux bus débarquent au port de La Goulette.

En même temps, d’autres annonces sont faites à grand renfort de coup de com. Deux importants accords viennent d’être signés ces derniers jours. L’un concerne l’acquisition de 18 nouvelles rames pour la ligne de la banlieue nord (TGM), et l’autre est relatif à l’achat de 5 trains électriques multi rames.

La Presse — Il n’y a rien de tel pour mettre l’eau à la bouche de centaines de milliers d’usagers à bout de patience. Leur attente d’une éventuelle amélioration des choses n’a que trop duré.

Des promesses de lendemains meilleurs ont accompagné ces faits.

Lors des cérémonies de réception des nouveaux bus, des responsables ont, largement, vanté les mérites et les avantages de tels véhicules ainsi que les transformations radicales qu’ils vont entraîner au niveau du transport.

Ces mêmes responsables n’ont pas oublié d’insister sur le coût du matériel roulant à acquérir. C’est ainsi qu’ils nous ont appris qu’une des futures rames de la ligne TGM devrait coûter environ 12 milliards de nos millimes et que le montant des 5 trains électriques (qui seront affectés à la région du Sahel) dépasserait les 110 milliards de nos millimes. 

D’autres bonnes nouvelles sont distillées presque quotidiennement faisant état de performances au niveau des fréquences des différents modes de transport.

À titre d’exemple, les tableaux de marche des bus et des métros pour la saison estivale 2026 (publiés par les services de la Transtu) nous en donnent un avant-goût.

160 min aux heures de pointe !

À ce propos, il est bon de noter que cette société prend la peine de publier périodiquement de telles informations.

Les 15 tableaux, en l’occurrence, fournissent des indications sur toutes les lignes desservies par le réseau. L’essentiel porte sur les horaires et les fréquences. Ce qu’on y apprend a de quoi surprendre.

En effet, les informations fournies précisent que les fréquences sont celles des heures de pointe. Ce qui est vraiment hilarant. Jugez-en.

Peut-on imaginer une fréquence de près de 3 heures pour un bus aux heures de pointe ? Ça existe à la Transtu : 160 minutes (ligne 10 C). D’autres horaires dépassant les 100 minutes sont, également, notifiées.

Qui va attendre ces bus si tant est qu’il soit vrai qu’ils respectent ces délais?

Nous avons des témoignages de passagers qui ont vu leurs départs retardés ou tout, simplement, supprimés. L’explication donnée sur place: il n’y a pas de personnel  !

Ce problème est bien réel. Si le matériel roulant est là, ce sont les ressources humaines qui font défaut.

Anomalies ou aberrations ?

Quand on avait programmé l’acquisition des bus, on n’avait pas tenu compte de cette donnée. Par ailleurs, les procédures pour le recrutement de nouveaux agents sont tellement compliquées qu’il faudra attendre beaucoup pour voir les choses s’améliorer un tant soit peu.

Les sociétés régionales de transport sont confrontées aux mêmes difficultés et peinent à satisfaire les demandes des usagers.

En revenant aux questions des tableaux de marche des moyens de transport, il y a lieu de relever de nombreuses anomalies, et même des aberrations.

Tout d’abord, avouons-le, ces tableaux n’ont rien à voir avec la réalité. Mais, alors, rien du tout. Ils ne sont même pas approximatifs. Pire : ils évoquent des lignes qui n’existent plus depuis près d’une décennie ! On aimerait bien qu’on nous contredise.

Les responsables de la Transtu ne savent-ils pas que la ligne 28 C (ligne circulaire au départ de la station «Bellevue») et son pendant qui fait l’itinéraire inverse, à savoir la ligne 28 P, sont au nombre des Rip ?

Rappelons que ces deux navettes ont disparu depuis belle lurette. La ligne 28 P ne fait plus ce circuit circulaire mais assure une liaison entre Bellevue et Le Kram.

C’est là, tout juste, un clin d’œil à ceux qui veillent sur les destinées de notre chère entreprise de transport public.

Autre anomalie ou aberration (c’est selon). Qui va croire ces données qui se rapportent aux fréquences de certaines lignes de métro ?

On y lit que les fréquences se situent entre… 10 et 20 minutes pour les lignes 2, 4, 5 et 6 ! Seules les lignes 1 et 3 ont des fréquences, respectivement, de 32 et 35 minutes !

Il faudrait un miracle pour qu’un métro mette une dizaine ou une quinzaine de minutes pour arriver. Tous les usagers de ces différentes lignes le disent et le répètent à ceux qui ne veulent pas entendre. Vraiment, c’est à croire que ceux qui excellent à faire ces tableaux vivent dans une tour d’ivoire ou sont, totalement, déconnectés de la réalité.

Il est clair que cet opérateur national de transport a besoin d’une pause de réflexion et de revoir certaines de ses méthodes de travail.

En parallèle, on comprend les contraintes objectives qui constituent un obstacle devant ceux qui sont animés de bonnes intentions.

Mais on devine aussi les forces de rétention qui sont derrière et dont le seul but est de freiner tous les efforts de changement. 

Auteur

Amor CHRAIET

You cannot copy content of this page