Chroniques de la Byrsa
Les Huns-Laliens de Carthage (I)
N’y allons pas par quatre chemins : le néologisme «huns-laliens» est un cocktail verbal qui marie deux parmi les espèces les plus dévastatrices qu’ait connues l’humanité. Les Huns, venus d’Asie centrale vers le Ve siècle pour ravager les civilisations héritières des grands empires de l’Antiquité dans l’hémisphère occidental, et les Hilaliens, venus de la péninsule arabique cinq siècles plus tard avec le même projet pour le Maghreb, alors stable et prospère.
Dans quel but, cette contorsion linguistique ? C’est pour rendre compte des méfaits de la municipalité de Carthage en matière de gestion du paysage urbain, en particulier dans sa composante verte. Pour être juste, on doit préciser toutefois que cette commune n’a pas l’apanage de ce comportement barbare. Ses voisins immédiats de Sidi Bou Saïd et ceux de La Marsa, autant que ses lointains congénères de Djerba, par exemple, et ceux de bien d’autres endroits de la République, font preuve ces temps-ci de la même frénésie anti-verdure.
On ne prend pas la peine d’informer et encore moins de prendre l’avis des citoyens
au sujet d’initiatives qui concernent le cadre de leur vie quotidienne
A Carthage, il nous est déjà arrivé de déplorer le massacre perpétré à la tronçonneuse à l’encontre des arbres d’ornementation (d’imposants ficus) sur l’avenue de l’Indépendance à l’automne dernier. On a cependant eu la mansuétude de supposer que cette opération était liée à des considérations sécuritaires, même s’il nous a semblé qu’elle pouvait être menée de manière moins sauvage.
Et voici que, ces mois derniers, on a assisté à une vaste campagne de réfection des trottoirs. On s’en est réjoui d’autant plus fort que cette composante majeure de l’aménagement urbain s’était largement détériorée sous l’effet conjugué du temps, de l’incivisme des administrés et de la maltraitance d’usagers occasionnels qui en disposaient comme d’un bien personnel.
Dans bien des endroits, d’ailleurs, il n’y avait même pas de trottoir. Alors, bon point pour l’administration locale qui a engagé cette opération avec application et célérité. Seulement voilà : là où ces trottoirs étaient garnis d’arbres, on a procédé à l’arrachage de ceux-ci ! Renseignement pris auprès de sources proches de la municipalité (car on ne prend pas la peine d’informer et encore moins de prendre l’avis des citoyens au sujet d’initiatives qui concernent le cadre de leur vie quotidienne), des plaintes auraient émané de certains administrés qui auraient vu exploser les canalisations d’évacuation de leurs eaux usées sous la pression des racines de ces arbres. On aura donc extirpé le mal à sa racine. Et nous voici avec de beaux trottoirs pimpants neufs, sans aspérités ni surprises souterraines. Et sans l’ombre d’une ombre aussi.
(A suivre)



