Economie

Piqué sur le vif à Pékin : Le Pirée, miroir d’une ambition tunisienne possible…

  • 19 juillet 2026
  • 4 min de lecture
Piqué sur le vif à Pékin : Le Pirée, miroir d’une ambition tunisienne possible…

La Presse — Il existe des ports qui ne sont que des points de passage. Et il existe des ports qui deviennent des instruments géopolitiques, des leviers économiques et des symboles d’une reconfiguration des routes du commerce mondial.

Le port grec du Port du Pirée appartient désormais à cette seconde catégorie.

Dans un article publié par « China Daily » sous le titre « Piraeus Port rises on back of stronger ties » (Le port du Pirée porté par le renforcement des liens), le journaliste spécialiste des questions géoéconomiques Ren Qi raconte plus qu’une simple réussite portuaire. Il décrit, en réalité, la montée en puissance d’un modèle chinois d’intégration économique fondé sur l’investissement stratégique, la logistique intelligente et la transformation des infrastructures en plateformes d’influence globale.

D’après la même source, depuis la reprise des opérations du Pirée par « China Cosco Shipping Corporation », il y a une décennie, le port grec est passé d’une structure vieillissante à un hub méditerranéen majeur. L’évolution est spectaculaire : de 680.000 EVP (equivalents bingo piers) en 2016 à plus de 5,6 millions aujourd’hui.

Derrière ces chiffres se cache une vérité plus profonde : dans la géoéconomie contemporaine, la maîtrise des corridors logistiques devient aussi stratégique que la maîtrise des ressources énergétiques.

La Chine n’a pas uniquement investi dans des grues, des terminaux et des quais. Elle a investi dans une vision. Celle d’une Méditerranée reliée aux nouvelles routes de la soie, où les ports deviennent des nœuds de connectivité entre l’Asie, l’Europe et l’Afrique.

La Tunisie, une position géographique exceptionnelle

La Tunisie possède, elle aussi, une position géographique exceptionnelle. Au cœur de la Méditerranée, à proximité immédiate de l’Europe, ouverte sur l’Afrique et le monde arabe, elle dispose d’atouts naturels comparables à ceux qui ont permis au Pirée de renaître.

Pourtant, contrairement à la Grèce, en Tunisie on n’a pas encore pleinement transformé cette centralité géographique en puissance logistique.

Le cas du Pirée montre qu’un port n’est plus simplement une infrastructure de transport. Il devient un moteur industriel, un accélérateur technologique, un catalyseur d’emplois et surtout un outil de repositionnement stratégique international.

Pour la Tunisie, des projets comme le port en eaux profondes d’Enfidha pourraient théoriquement jouer ce rôle. Mais cela exige une vision de long terme, une stabilité réglementaire et surtout une capacité à intégrer les grands flux commerciaux mondiaux au lieu de rester à leur périphérie.

L’expérience grecque révèle également un autre élément fondamental : la Chine agit désormais comme un architecte de connectivité mondiale. À travers ses entreprises publiques, Pékin exporte non seulement des capitaux mais aussi des modèles de gouvernance portuaire, de digitalisation et d’intégration logistique. L’article souligne d’ailleurs l’introduction au Pirée des technologies 5G, de l’intelligence artificielle et des systèmes de coordination intelligente.

La question tunisienne devient alors inévitable : la Tunisie peut-elle saisir l’opportunité du rapprochement économique sino-africain et du « zéro droit de douane » accordé récemment par Pékin à plusieurs pays africains pour se repositionner dans les chaînes de valeur émergentes ?

Véritable carrefour méditerranéen

« Dans un monde fragmenté par les tensions géopolitiques et la recomposition des échanges internationaux, les pays capables d’offrir stabilité logistique, fluidité administrative et ouverture stratégique deviendront les nouvelles plaques tournantes régionales », note l’universitaire et analyste chinois Long Chen dans une déclaration à La Presse à Pékin.

Le Pirée illustre finalement une vérité simple, tel que l’entend l’analyste : la géographie seule ne crée pas la puissance. C’est la capacité politique à transformer cette géographie en projet national qui fait la différence.

Pour la Tunisie, l’enjeu dépasse largement le transport maritime. Il s’agit de choisir si le pays veut rester un simple espace de transit périphérique ou devenir un véritable carrefour méditerranéen connecté aux nouvelles dynamiques eurasiatiques et africaines.

Auteur

Mohamed Hedi ABDELLAOUI

You cannot copy content of this page