A la une Culture

Le roi du raï à la 60e édition du festival international de Carthage : À Carthage, Khaled a retrouvé les siens

Avatar photo
  • 20 juillet 2026
  • 5 min de lecture
Le roi du raï à la 60e édition du festival international de Carthage : À Carthage, Khaled a retrouvé les siens

Une marée humaine a pris d’assaut les gradins du Théâtre antique de Carthage. Si la soirée s’est montrée un tant soit peu plus clémente, offrant par instants quelques brises d’air salvatrices après la canicule écrasante de la journée et de ces derniers jours, la chaleur est restée bien présente. Dans les gradins bondés, un incessant ballet d’éventails a accompagné l’attente d’un public venu retrouver Cheb Khaled, de retour sur la scène de Carthage, le 18 juillet dernier, après plusieurs années d’absence.

La Presse — Acclamé par le public, le chanteur ne s’est pas fait attendre avant de rejoindre la formation qui l’accompagnait, composée d’une solide section rythmique, de cuivres, de claviers et de programmations électroniques.

Avant même le premier morceau, le roi du raï a suspendu le temps avec un long mawwāl. Pendant près de dix minutes, sa voix a retrouvé ce territoire où le raï rejoint la tradition orale, celui des vocalises qui disent autant qu’elles chantent. Le timbre était toujours là, immédiatement reconnaissable. Les années avaient laissé leur empreinte, mais elles n’avaient rien retiré de cette voix capable de glisser des graves aux aigus avec une étonnante liberté.

Puis les premières notes de « Ragda » ont éclaté. Titre incontournable du répertoire de Khaled, sorti en 1992, faisant basculer le Théâtre antique dans une autre dimension. Les percussions se sont emballées, les cuivres ont embrasé l’espace et le public s’est levé d’un seul mouvement, frappant des mains et reprenant le refrain en chœur. Un rituel qui s’est répété tout au long des deux heures de concert où à chaque tube, les voix du public se sont mêlées à celle, toujours aussi chaleureuse et mélodieuse, du chanteur.

« On va y aller tout doucement », a lancé Khaled, le sourire aux lèvres. Une promesse qui a fait languir un public suspendu à ses mots, impatient de retrouver ces chansons qui ont bercé toute une génération, ont fait battre les cœurs et ont embrasé les pistes de danse. Les premières notes de « Chebba » n’ont pas tardé à surgir, déclenchant une véritable déflagration dans le Théâtre antique. Debout, les spectateurs ont entonné le refrain à l’unisson. Portés par les riffs de guitare électrique, les éclats des trompettes et une section rythmique irrésistible, les morceaux se sont enchaînés dans une ferveur qui n’a jamais faibli.

Le chanteur a ensuite déroulé un répertoire épousant plus de quarante ans d’histoire du raï. Les premières notes de « Goulili Yarham Weldik », parue en 1985, ont ravivé les souvenirs des débuts de celui qui s’appelait encore Cheb Khaled. Avec cette chanson d’amour implorante, devenue l’un des emblèmes du raï oranais des années 1980, c’est toute une époque qui a resurgi.

« N’ssi N’ssi », extrait de l’album éponyme sorti en 1993, dont le refrain invite à oublier les blessures du passé et les peines de cœur, a lui aussi été repris à l’unisson. Puis « Melha », l’un des grands succès de 1984, hommage à une beauté irrésistible devenu un classique des premières années de Khaled, a fait monter encore davantage la ferveur.

Les premières paroles de « Wahrane », sortie en 1992 sur l’album Khaled, ont provoqué une émotion particulière. Véritable déclaration d’amour à Oran, la ville qui l’a vu naître, ce morceau emblématique est bien plus qu’une chanson, un chant de l’exil, de la mémoire et de l’attachement aux racines.

La très attendue « Bakhta », parue en 1996 sur l’album «Sahra», a sans doute constitué l’un des sommets émotionnels de la soirée. Khaled a laissé le public entonner les premiers vers, savourant visiblement cet instant de communion, avant de le remercier d’un sourire et de reprendre naturellement le fil de la chanson.

Car si l’artiste s’est réjoui de cette complicité avec son public, il est resté avant tout un interprète. Il est venu partager sa voix, celle qui a porté ces morceaux devenus intemporels, et ne s’est jamais contenté de laisser les refrains vivre sans lui. Il les a habités avec la même générosité et la même présence.

Le rythme s’est encore accéléré avec « Hiya Hiya », avant que n’éclatent les premières notes de « Didi ». Sorti en 1992 sur l’album Khaled, ce tube planétaire qui a propulsé le chanteur bien au-delà des frontières du monde arabe a déclenché l’une des plus fortes ovations de la soirée. Les gradins ont explosé de joie, ont chanté chaque refrain et ont dansé comme si le temps s’était arrêté au début des années 1990.

L’émotion a encore changé de visage avec « Aïcha ». Écrite par Jean-Jacques Goldman et publiée en 1996 sur l’album Sahra, cette ballade devenue un classique du répertoire francophone a été accueillie avec une tendresse particulière. « C’est la vie » est venue clore en beauté cette soirée de retrouvailles.

Fidèle au message de cette chanson devenue un hymne à la joie de vivre, Khaled a invité le public à chanter et à danser avec lui dans un ultime moment de communion, avec les drapeaux tunisien et algérien entremêlés sur les épaules comme un seul étendard : « Vive le Maghreb uni ! ». Merci Khaled, pour tant de générosité !

Avatar photo
Auteur

Meysem MARROUKI

You cannot copy content of this page