Vers une refonte globale de la protection sociale et la régulation des nouveaux métiers
La Tunisie s’apprête à engager une profonde restructuration de ses régimes de sécurité sociale. L’annonce a été faite ce lundi 20 juillet 2026 par le ministre des Affaires sociales, Issam Lahmar, lors de l’ouverture de la 8ème édition du Congrès arabe de la retraite et des assurances sociales. À l’ouverture de ce Congrès, le ministre a en effet tracé les grandes lignes de cette réforme et indiqué sa teneur. Il a également annoncé l’encadrement juridique imminent du télétravail et de l’économie des plateformes.
L’évènement réunit des délégations ministérielles, des experts et des dirigeants de caisses d’assurance du monde arabe. Il s’agit d’un rendez-vous de haut niveau qui table sur l’échange d’expertises. Et ce, afin de garantir la viabilité de ces systèmes face aux mutations régionales.
Une réforme humaine plutôt que comptable
A noter de prime abord que l’accueil de ce congrès coïncide avec la finalisation d’un nouveau modèle de protection sociale pour la Tunisie. Prenant le contre-pied des ajustements purement techniques, le ministre a insisté sur la philosophie de cette réforme attendue : « Le projet sera bâti sur les besoins réels du citoyen tunisien, et non sur des approches théoriques ou comptables visant un simple équilibre financier conjoncturel », a-t-il martelé. L’objectif est d’instaurer une justice sociale durable, alors que les caisses de retraite subissent de plein fouet de lourdes pressions. Le plan tunisien prévoit justement une intégration progressive, en ciblant prioritairement les populations les plus vulnérables avant de généraliser les mécanismes à l’ensemble de la société.
Télétravail et plateformes : le vide juridique bientôt comblé
S’adaptant aux nouvelles réalités du marché de l’emploi, Issam Lahmar a annoncé que deux projets de loi majeurs étaient entrés dans leur phase finale. Il s’agit de la régulation du télétravail dans le secteur privé et de l’encadrement de l’économie des plateformes.
Ces futurs cadres législatifs ambitionnent d’un côté de soutenir la dynamique économique, mais surtout d’apporter une couverture sociale solide aux travailleurs de ces nouveaux secteurs. En outre, le ministère entend moderniser les mécanismes de contrôle et optimiser le recouvrement des créances des caisses. « Pour le gouvernement, l’intégration du secteur informel n’est plus une simple extension technique, mais un virage vers une approche universelle basée sur les droits », a laissé entendre le ministre.
Un défi obligatoirement régional
Les problématiques tunisiennes font écho à une crise plus globale. Ibrahim Khalil Ibrahim, directeur exécutif de « Mena Money », a rappelé que si les systèmes arabes placent le citoyen au centre des priorités, ils partagent tous des défis aigus de financement et de viabilité, aggravés par les déficits chroniques de certaines caisses. Ceci dit, les recommandations issues de ce congrès serviront de feuille de route pour les décideurs de la région.
Pour Mohammed Karaki, président du bureau exécutif de l’Association arabe de la sécurité sociale, la réponse à la révolution numérique et aux chocs économiques imprévus passe impérativement par la modernisation : « L’investissement dans la gouvernance et la mise à niveau technologique des institutions est le seul garant de la pérennité de notre sécurité sociale », a-t-il conclu.



