Culture

Hakim au Festival international de Dougga : Le temps des retrouvailles

Avatar photo
  • 21 juillet 2026
  • 4 min de lecture
Hakim au Festival international de Dougga : Le temps des retrouvailles

Il a également offert au public quelques titres plus récents, parmi lesquels «Ressala», une chanson à la portée profondément humaniste. Avant de l’interpréter, il a expliqué avoir souhaité adresser, depuis Dougga, « un message de paix au monde entier ».

La Presse — Son tout premier concert hors d’Égypte, en 1992, a eu lieu en Tunisie. C’était aussi son premier voyage en avion, son premier visa et sa première rencontre avec un public étranger. Les 5 et 6 août 1992, le chanteur égyptien Hakim foulait pour la première fois la scène mythique du Festival international de Carthage.

Au fil des années, il est revenu enflammer les festivals estivaux du pays, notamment à El Jem, avant de signer, en août 2006, l’une de ses prestations les plus mémorables à Carthage.

Après quatorze années d’absence des scènes tunisiennes, Hakim a retrouvé ce public qui ne l’a jamais oublié. Le 18 juillet dernier, dans le cadre des célébrations du cinquantième anniversaire du Festival international de Dougga, la star des années 1990 et 2000 découvrait pour la première fois le théâtre antique de Dougga. Un lieu chargé d’histoire qui, le temps d’une soirée, s’est laissé envahir par les souvenirs d’une génération entière venue retrouver celui qui a fait danser le monde arabe.

Pour ouvrir cette nuit de retrouvailles, Hakim a choisi son emblématique « Essalam Alaykoum ». Dès les premières notes, les ovations ont envahi les gradins, donnant le ton d’un concert qui allait progressivement gagner en intensité. L’artiste a fait monter l’énergie crescendo, porté par une formation musicale solide avec laquelle il a construit un dialogue permanent. Peu à peu, la soirée est passée de l’émotion des retrouvailles à une véritable euphorie collective.

La musique de Hakim ne fait pas toujours l’unanimité. Certains y voient une musique de fête, d’autres une écriture populaire qui ne cherche jamais la sophistication. L’artiste n’a d’ailleurs jamais prétendu séduire tous les publics. Son langage est celui des places, des mariages, des célébrations collectives. Et c’est précisément là que réside sa force, car depuis plus de trois décennies, ses chansons continuent de rassembler de nombreux spectateurs qui y retrouvent une part de leur mémoire et de leur histoire

A Dougga, Hakim a imposé une présence scénique d’une rare générosité. Dansant sans relâche, chantant avec une énergie communicative et parcourant la scène avec une étonnante légèreté, il a très vite effacé la distance qui sépare habituellement l’artiste de son public. S’exprimant à plusieurs reprises en dialecte tunisien, il a instauré une proximité sincère qui a transformé le concert en un moment de partage. Les morceaux qui ont fait son succès se sont enchaînés. « Efred », « Wala Wahed », « Nar », « Bini W Binek », « El Haq Alayya » ou encore « Ah Ya Albi » ont été repris en chœur par le public. Le théâtre romain s’est mué, le temps d’une soirée, en une immense chorale où les générations se retrouvaient autour des chansons qui ont accompagné leurs plus belles années.

L’un des moments les plus émouvants de la soirée est survenu lorsque Hakim s’est adressé au public pour rappeler le lien particulier qui l’unit à la Tunisie.

« Je suis comblé de bonheur de chanter au Festival de Dougga, qui plus est pour son cinquantième anniversaire. La Tunisie occupe une place toute particulière dans mon cœur ; c’est le premier pays que j’ai visité en dehors de l’Égypte, et c’est ici que fut apposé le premier visa sur mon passeport… Ce que je ressens ce soir, en me retrouvant face à ce public tunisien exceptionnel, est indescriptible. »

Ces mots, accueillis par une longue ovation, ont rappelé que cette relation dépasse largement le cadre de la musique. Hakim n’a d’ailleurs pas seulement revisité son répertoire. Il a également offert au public quelques titres plus récents, parmi lesquels « Ressala », une chanson à la portée profondément humaniste. Avant de l’interpréter, il a expliqué avoir souhaité adresser, depuis Dougga, « un message de paix au monde entier ».

Lorsque les dernières notes se sont éteintes, le sentiment était celui d’avoir assisté à bien plus qu’un concert. Dans le silence revenu sur les pierres millénaires de Dougga demeurait encore l’écho d’une histoire commencée en Tunisie il y a plus de trois décennies. Une histoire de fidélité, de mémoire et d’affection réciproque, que le temps n’a fait qu’approfondir.

Avatar photo
Auteur

Meysem MARROUKI

You cannot copy content of this page