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« Labes » de Selim ben Safia et la scénographe Nadia Kaâbi-Linke : Une mémoire en mouvement

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  • 21 juillet 2026
  • 3 min de lecture
« Labes » de Selim ben Safia et la scénographe Nadia Kaâbi-Linke : Une mémoire en mouvement

Au festival international de Hammamet, l’unique rendez-vous avec la danse contemporaine a eu lieu avec « Labes », une création du chorégraphe Selim Ben Safia, conçue en collaboration avec l’artiste conceptuelle Nadia Kaabi-Linke. Présenté au Théâtre de plein air de Hammamet, le spectacle s’appuie sur le langage du corps pour interroger la mémoire et l’effacement d’un lieu.

La Presse — Pendant près de cinquante minutes, cinq interprètes – Malek Zoueidi, Ilyes Triki, Mohamed Aissaoui, Romane Piffault et un cinquième performeur – investissent un espace scénique pensé comme un territoire en transformation… ou en délitement ? La scénographie de Nadia Kaâbi-Linke participe à cette réflexion en laissant libre interprétation au spectateur. La création musicale est signée Marine-Suzanne de Loye et Hazem Berrabeh.

Le titre du spectacle reprend une expression familière tunisienne, «Labes », généralement utilisée comme une question (« Ça va ? »), mais ici détournée en affirmation. Ce titre fait référence au temps qui passe, à ses effets, aux transformations qu’il provoque.

La création prend pour point de départ l’histoire du quartier maghrébin d’Al Qods (« Haret El Maghariba »), fondé au XIIe siècle sous Salah Eddine El Ayoubi et détruit en 1967. Pendant plusieurs siècles, ce quartier a accueilli un flux migratoire de Maghrébins, souvent des visiteurs en fin de pèlerinage à la Mecque, de passage à Al Qods.

À travers la danse, « Labes » revient sur cet épisode historique en croisant récits individuels, interprétés par les danseurs et mémoire collective, celle d’un lieu. Les déplacements, les gestes et les interactions entre les danseurs évoquent des parcours interrompus, des absences et des traces laissées par l’Histoire. Sans recours au texte, la chorégraphie construit progressivement un dialogue entre passé et présent. Un passé éclatant et un présent détruit par Israël en 1967.

Nadia Kaâbi-Linke rappelle que son intérêt pour cette histoire est né après avoir découvert l’existence du quartier maghrébin d’Al Qods en 2017. Selon elle, sa disparition constitue un épisode encore peu connu qui relie l’histoire de la Palestine à celle du Maghreb. Cette mémoire commune, estime-t-elle, trouve aujourd’hui un écho dans le contexte actuel, et dans le présent. Selim ben Safia commente en amont du spectacle : « J’ai tenu à avoir un élément sur scène, qui transforme l’espace et le revisite. En pleine phase de recherche à Berlin, je découvre le travail de Nadia Kaâbi-Linke. Un travail qui m’a incité à faire aboutir cette collaboration ».

Chaque interprète développe une trajectoire propre à lui, avant que ces récits ne convergent vers une réflexion plus large sur la mémoire, la disparition et la résistance à l’oubli. Avec cette proposition, le Festival international de Hammamet poursuit une programmation où les questions de transmission, de patrimoine et de mémoire occupent une place importante.

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Auteur

Haithem Haouel

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