Tunisia Global Forum 2026 : La Tunisie face au défi stratégique de l’intelligence artificielle
«La Tunisie ne peut pas rester spectatrice d’une révolution qui se ferait sans elle. Nous avons besoin d’une vision nationale qui engage l’ensemble des Tunisiens», c’est ce qu’a affirmé Amine Aloulou, président de l’Atuge
La Presse — C’est dans une salle comble que le coup d’envoi de la troisième édition du Tunisia Global Forum (TGF) a été donné hier à Tunis. Organisé par l’Association des Tunisies des grandes écoles (Atuge), l’événement a rassemblé un nombre important d’étudiants, experts, chercheurs, chefs d’entreprise et décideurs, venus débattre de l’impact majeur de l’IA sur l’économie et le nouvel ordre mondial.
Placé sous le thème «Bâtir l’avenir à l’ère de l’IA», le forum ambitionne de mobiliser les compétences autour de l’opportunité historique et de l’urgence d’agir face à la révolution numérique.
Pour traduire ces réflexions en actions concrètes, l’événement a été marqué par la publication d’un Livre Blanc dédié à l’IA. Fruit du travail d’un comité stratégique composé d’experts et d’entrepreneurs chevronnés, cet ouvrage propose une feuille de route pour adapter le pays aux transformations mondiales.
Un programme ancré dans la pratique
Conçu selon une approche multidimensionnelle, le forum propose des conférences et des panels abordant la souveraineté et la gouvernance de la donnée, le développement des infrastructures numériques et énergétiques, la formation et la reconversion indispensable des métiers.
Les débats ont également mis l’accent sur la valorisation de la recherche scientifique, l’open innovation entre startups et grands groupes, ainsi que la modernisation de l’environnement d’affaires.
Cette édition 2026 se distingue, également, par sa forte dimension pratique. Le TGF met à l’honneur les finalistes du Hackathon IA « Automatiser ou disparaître » (coorganisé avec le CJD Tunis Horizon), où étudiants locaux et de la diaspora prototypent des solutions d’automatisation métier. En parallèle, la finale des TGF AI Awards récompensera vingt-sept projets d’excellence en recherche, deeptech et startups.
Le point d’orgue du Diaspora Month
Événement phare du Diaspora Month (du 15 juillet au 15 août 2026), le forum s’inscrit dans le cadre de la World Alliance of Tunisian Talents. Cette initiative vise à transformer le retour estival des Tunisiens résidant à l’étranger en un temps de reconnexion stratégique avec les enjeux de développement du pays. Cette dynamique se déploie également en région à travers les Diaspora Regional Networkings (DRN) organisés à Sfax, Sousse, Hammamet, Bizerte, Gabès, Béja et Djerba.
L’organisation de cette édition est soutenue par des partenaires majeurs, notamment la GIZ (via son programme Edmej) et la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC).
Selon Amine Aloulou : «La gouvernance doit instaurer un cadre de confiance clair pour protéger l’intérêt national, sans pour autant brider l’innovation»
S’exprimant dans une déclaration à la presse en marge du Forum, Amine Aloulou, président de l’Atuge, a souligné, de prime abord, que l’ambition de cette troisième édition du TGF est d’ouvrir de nouvelles perspectives dans le domaine de l’IA.
«L’intelligence artificielle s’est imposée d’elle-même : c’est le débat central de notre époque. Elle redessine les économies, les chaînes de valeur, le positionnement stratégique des nations et notre quotidien», a-t-il expliqué.
Interrogé sur le Libre Blanc, présenté en marge du forum, il a déclaré que plus de vingt experts tunisiens dont certains établis à l’étranger ont été sollicité pour la rédaction de ce livre, un travail qui aura duré six mois et permis d’identifier une série de recommandations à même de permettre à la Tunisie à saisir les opportunités liées à l’IA.
«C’est un travail fondé sur l’intelligence collective, que nous mettons en open source afin que chacun puisse l’enrichir. Nous souhaitons en faire le point de départ d’un projet national», a-t-il souligné.
«L’IA redistribue les cartes : c’est une immense opportunité, mais aussi un défi de taille au vu des lacunes que nous devons combler. Nous devons, d’abord, définir notre propre approche, adaptée à nos forces et nos faiblesses, car nous ne pouvons pas copier des pays plus avancés. Il faut accélérer la créativité, mais on ne bâtit rien sans fondations : le développement des infrastructures et des data centers est capital. Compte tenu de nos ressources limitées, nous devons faire preuve de réalisme et les gérer de manière stratégique», a encore ajouté le président de l’Atuge.
«Par ailleurs, la gouvernance doit instaurer un cadre de confiance clair pour protéger l’intérêt national, sans pour autant brider l’innovation. Enfin, concernant nos compétences à l’étranger, l’enjeu est de les impliquer activement pour attirer davantage d’investissements», a-t-il poursuivi .
«Nous devons être conscients que l’IA façonne notre avenir. La Tunisie ne peut pas rester spectatrice d’une révolution qui se ferait sans elle. Nous avons besoin d’un programme et d’une vision nationaux qui engagent l’ensemble des Tunisiens, et pas seulement le gouvernement», a, enfin, tenu à rappeler Amine Aloulou.



