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Coût économique des coupures électriques Wassim Ben Amor, président de l’Union des petites et moyennes industries (UPMI) à La Presse : « La fiabilité de l’énergie, un critère déterminant dans les décisions d’implantation industrielle »

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  • 23 juillet 2026
  • 5 min de lecture
Coût économique des coupures électriques Wassim Ben Amor, président de l’Union des petites et moyennes industries (UPMI) à La Presse : « La fiabilité de l’énergie, un critère déterminant dans les décisions  d’implantation industrielle »

Arrêts de production, machines endommagées, pertes de marchandises… Les interruptions répétées de l’alimentation électrique fragilisent davantage les entreprises industrielles tunisiennes. Pour Wassim Ben Amor, président de l’Union des petites et moyennes industries (Upmi), cette situation révèle surtout un problème structurel de gouvernance énergétique et un manque d’anticipation face à une crise pourtant prévisible.

La Presse —Les coupures d’électricité ne sont plus perçues comme de simples perturbations temporaires par les industriels tunisiens. Elles deviennent progressivement un facteur de risque économique qui menace la continuité de l’activité, la compétitivité des entreprises et la confiance des investisseurs.

Selon Wassim Ben Amor, président de l’Upmi, plusieurs entreprises industrielles ont déjà subi des dommages importants en raison des interruptions répétées du courant électrique. « Des entreprises nous ont contactés pour signaler des dégâts considérables. Certaines machines, dont la valeur peut atteindre plusieurs centaines de milliers de dinars, ont été endommagées à cause des arrêts brutaux. D’autres ont enregistré des pertes de marchandises, notamment lorsque les processus de production nécessitent une alimentation électrique continue», explique-t-il.

Effet domino

Dans l’industrie, une coupure d’électricité ne se limite pas à une simple interruption de quelques minutes. Elle peut provoquer un véritable effet domino sur toute la chaîne de production. Le redémarrage des équipements industriels nécessite souvent du temps, des réglages techniques et parfois l’intervention de spécialistes.

« Une machine qui s’arrête brutalement peut demander plusieurs heures avant de retrouver son fonctionnement normal. Pendant ce temps, l’entreprise perd en productivité et doit supporter des coûts supplémentaires », souligne le président de l’Upmi.

Ces perturbations touchent particulièrement les secteurs où la continuité énergétique est essentielle, comme l’agroalimentaire, les industries mécaniques et électriques, la plasturgie ou encore certaines activités nécessitant des conditions spécifiques de conservation.

Engagements commerciaux affectés

Au-delà des pertes immédiates, ces interruptions peuvent également affecter les engagements commerciaux des entreprises, avec des retards de livraison susceptibles de pénaliser leur positionnement sur les marchés locaux et internationaux.

Pour l’Upmi, le problème ne réside pas uniquement dans les tensions actuelles sur le réseau électrique, mais dans l’absence d’une stratégie suffisamment anticipative. La Tunisie connaît depuis plusieurs années une hausse de la demande énergétique, notamment durant les périodes de forte consommation estivale, alors que la production nationale reste confrontée à des contraintes structurelles.

« Nous connaissons déjà les causes : les pics de consommation, la nécessité d’accélérer le développement des énergies renouvelables et de renforcer les capacités de production. Mais la difficulté réside dans la lenteur de la mise en œuvre des décisions », indique Wassim Ben Amor.

Et d’ajouter que plusieurs investisseurs sont aujourd’hui prêts à contribuer au développement de la production électrique, notamment à travers les projets photovoltaïques, mais restent confrontés à des procédures administratives longues qui retardent la concrétisation des projets.

Le manque d’anticipation, un coût économique élevé

Pour les industriels, attendre que la crise survienne avant d’intervenir représente une stratégie coûteuse. «Le coût de l’inaction est aujourd’hui supérieure au coût de l’investissement nécessaire pour sécuriser l’approvisionnement énergétique », affirme le président de l’Upmi.

Cette situation pose également la question de l’attractivité économique de la Tunisie où les pays cherchent à attirer les investissements industriels, la fiabilité de l’énergie constitue un critère déterminant dans les décisions d’implantation.

Une alimentation électrique instable peut ainsi fragiliser la compétitivité des entreprises tunisiennes, augmenter leurs charges d’exploitation et décourager certains investisseurs à long terme.

Face à cette situation, l’Upmi appelle à la mise en place d’un cadre de concertation permanent réunissant les différents ministères concernés ainsi que les organisations professionnelles. «Il faut créer une commission commune capable d’analyser la situation, de prendre des décisions rapidement et de travailler avec les entreprises pour trouver des solutions adaptées », propose Ben Amor.

L’organisation professionnelle insiste également sur l’importance de la transparence concernant les causes réelles des coupures électriques. Pour les industriels, une communication claire permettrait aux entreprises de mieux anticiper et d’adapter leur organisation.

Des solutions opérationnelles pour limiter les pertes

Parmi les mesures proposées figure notamment la publication d’un calendrier précis des coupures d’électricité afin de permettre aux entreprises de planifier leurs activités et de réduire les risques de pertes.

L’Upmi suggère également d’étudier la possibilité de protéger les zones industrielles stratégiques contre les interruptions, compte tenu de leur contribution à l’économie nationale et à l’emploi.

Autre proposition avancée : la création d’un indicateur permettant de mesurer régulièrement le coût économique des coupures électriques sur les entreprises. Un tel outil permettrait d’évaluer l’impact réel de ces interruptions sur la production, l’investissement et la croissance.

La multiplication des coupures d’électricité met en évidence la nécessité d’une transformation profonde du modèle énergétique tunisien. Pour les industriels, la transition vers les énergies renouvelables ne doit plus être considérée uniquement comme un enjeu environnemental, mais comme une condition de souveraineté économique et de compétitivité, a-t-il conclu.

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Auteur

Sabrine AHMED

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