A la une Economie

Environnement des affaires : Au-delà d’une perturbation électrique 

  • 31 juillet 2026
  • 6 min de lecture
Environnement des affaires : Au-delà d’une perturbation électrique 

L’électricité demeure un facteur clé de l’environnement des affaires et du développement économique. Les récentes perturbations mettent en évidence les défis auxquels le secteur est confronté, entre hausse de la demande, contraintes financières et transition vers un mix énergétique plus durable.

La Presse — Pendant plusieurs décennies, l’énergie électrique faisait partie des piliers de l’environnement des affaires tunisien, aux côtés des services de base tels que l’adduction au réseau de l’eau potable, les services télécoms, les infrastructures et, bien évidemment, les compétences humaines.

Pour l’homme d’affaire local comme étranger, ces éléments constituaient des préalables à toute décision d’investissement et des facteurs déterminants de la stabilité de son activité et de la crédibilité de ses engagements vis-à-vis des donneurs d’ordre et des chaînes de distribution à l’étranger et en Tunisie.

C’étaient des acquis sur lesquels la place de Tunis a misé et continue d’y investir pour attirer les investisseurs et qui passent même avant le facteur des coûts très compétitifs, voire dérisoires, par rapport aux coûts pratiqués sur le marché européen, principal partenaire commercial de la Tunisie.

Survint, tout d’un coup, un cycle inédit de « délestage » électrique exposant les chaînes de production à rude épreuve et mettant en doute, par moment, la stabilité de l’approvisionnement en énergie électrique, de quoi se poser la question « Est-ce juste conjoncturel ? » ou est-ce qu’il y a lieu de s’inquiéter pour l’avenir de son activité, sachant que les épisodes d’extrême chaleur, argument phare avancé par les autorités compétentes pour justifier leur « délestage », devraient se reproduire plus fréquemment et pendant des périodes plus prolongées selon les projections des spécialistes du climat et de la météo.

La question a défrayé la chronique faisant apparaître des signes d’essoufflement d’un modèle de développement révolu, mais aussi des arguments solides de dimension structurelle en faveur de la place de Tunis en tant que site d’investissement, de production et de qualité de la vie.

En effet, selon la communication institutionnelle officielle, le pays observe une phase transitoire basée de moins en moins sur l’énergie fossile issue de l’importation, en faveur des énergies renouvelables basées la production in situ, avec des objectifs quantitatifs clairs et un calendrier précis : 35 % du mix énergétique en 2030 et 50 % en 2035.

Plusieurs projets sont déjà entrés en production cette année et d’autres sont dans le pipe, ce qui envoie un signal pour le moins rassurant quant à la stabilité de l’approvisionnement à long terme. La Société tunisienne d’électricité et du gaz (Steg), en particulier, continue d’investir et de s’endetter pour, justement, continuer d’assumer pleinement son rôle en tant que fournisseur historique d’électricité aussi bien pour l’usage professionnel que domestique.

Difficultés financières

Toutefois, cet argument rassurant en apparence renvoie vers un revers tout aussi inquiétant, dans la mesure où la Steg continue d’accumuler les dettes tout en mettant en cause sa capacité de rembourser : plus de 7 milliards de dinars de dettes, dont plus de 6 milliards d’impayés !

Cette difficulté financière n’est pas née du jour au lendemain. Elle est plutôt le résultat de facteurs aussi bien endogènes qu’exogènes, entre autres, le maintien des prix à un niveau relativement bas, mais stable pour des raisons de pouvoir d’achat des Tunisiens, mais également par souci de compétitivité et de coût de production des entreprises. La Steg fait partie, en effet, des entreprises publiques qui assurent des subventions indirectes aux ménages et aux professionnels.

La crise du « délestage », a montré, peut-on en déduire, que la Steg était à court de moyens pour faire les entretiens nécessaires de son réseau et n’a pas été capable d’affronter un pic de consommation pourtant annoncé et prédit il y a plusieurs mois.

La Steg n’a donc pas les moyens financiers de sa pérennité, juste les moyens techniques et humains. Et de la pérennité électrique dépendra celle de toute une économie ! Sinon, comment serait-il encore possible de convaincre des investisseurs de venir s’implanter en Tunisie, alors qu’un service minimum d’énergie électrique n’est pas tout autant garanti.

Une communication défaillante

Certes, les aléas climatiques ne concernent pas uniquement la Tunisie, d’autant plus que ledit délestage était opéré pour éviter un blackout qui serait encore plus fatal. Mais la règle, dans ce cas précis, implique une communication étroite avec les abonnés concernés pour éviter le pire…

Or, la Steg n’a pas annoncé à ses abonnés, sauf par communiqués de dernière minute, ses intentions de « délestage ».

Ils ont été, ainsi, pris au dépourvu, certains accusant de lourdes pertes, d’autres ont même eu des effets négatifs sur l’approvisionnement du marché en d’autres produits, comme en témoigne la crise de l’eau minérale en pleine saison estivale. C’est une crise qui aurait pu être évitée ou atténuée, si juste il y avait eu une communication de crise au moment opportun. Les professionnels affirment qu’ils auraient pu s’organiser autrement s’ils étaient informés suffisamment à l’avance.

C’est une défaillance qui devrait être rapidement surmontée, en créant des espaces permanents et transparents d’échange, surtout si la Steg envisagerait d’ajuster ses tarifs de vente en tenant compte de la volatilité des cours internationaux de l’énergie. À défaut, la Tunisie risquerait de perdre des entreprises et des emplois, au lieu d’en créer.

Il ne faut pas oublier que d’autres sites d’investissement continuent de monter et de gagner en attractivité, alors que le contexte international et les tensions géopolitiques poussent davantage vers une relocalisation des activités productives au détriment des délocalisations qui avaient profité à la place de Tunis des décennies durant…

Auteur

Lassâad BEN AHMED

You cannot copy content of this page