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Pour réparer ce que le feu a détruit : La prochaine fête de l’arbre doit être exceptionnelle

  • 31 juillet 2026
  • 5 min de lecture
Pour réparer ce que le feu a détruit : La prochaine fête de l’arbre doit être exceptionnelle

«Cela fait mal au cœur de tourner la tête du côté de la vitre de la voiture. Je sentais les larmes me brûler les yeux comme les flammes qui ont détruit des milliers d’hectares dans notre pays. C’est une véritable catastrophe». Notre ami venait d’effectuer une mission à l’intérieur de la Tunisie et il était complètement abattu. Indépendamment des effets secondaires de ces incendies, il y a un sentiment de culpabilité qui mortifie ceux qui ont toujours cru que protéger la nature n’est pas seulement un devoir sacré, mais une obligation incontournable pour chacun d’entre nous.

La Presse — Après cette catastrophe, nous portons tous en nous un sentiment de culpabilité. Nous avons, en effet, certainement négligé quelque chose quelque part, et c’est ce qui a conduit à  ce désastre.

Ce sentiment, nombre d’entre nous l’ont vécu dès leur plus jeune âge à  l’occasion de la fête de l’arbre que l’on  célébrait sans trop comprendre ce que cela signifiait. Beaucoup plantaient pour la première fois de leur vie une plante. Inquiets, ils regardaient le copain d’à-côté pour l’imiter et s’affairaient sans trop y croire.

Quelques années plus tard et même à l’âge adulte,  en revenant sur les lieux, ils étaient ravis de découvrir que cette petite plante enterrée avec une main hésitante, était devenue un arbre qui «protège du soleil, apure l’air, sert de refuge aux petits oiseaux, joue un rôle dans la fréquence des pluies, etc.», tel que leur avait expliqué leur instituteur le lendemain.

Cette année, il n’y a rien à expliquer. Tout est clair et les images reçues soit à travers le web, soit à l’occasion des reportages TV sont claires. La Tunisie a perdu pas moins   de 12 000 hectares de forêts selon les chiffres  communiqués par la Direction générale des forêts.  Une richesse qu’elle s’est appliquée à accumuler et à entretenir durant des décennies.

D’ailleurs, lorsqu’on avait décidé de fêter l’arbre et de lui consacrer une journée, bien des pays retenaient mal leur sourire. Ils figurent de nos jours parmi ceux qui s’y adonnent avec ferveur et….conviction.

Après tous les événements et les premiers bilans dressés, la fête de l’arbre de cette année devrait être exceptionnelle. En effet, ce que nous avons perdu, happé par les flammes est important. Il y a des arbres qui jouent leur simple rôle décoratif ou naturel, mais il y a aussi ceux qui ont un apport économique de la plus haute importance tels que le pin d’Alep ou le chêne liège.  Il y a aussi des plantes ou herbes à essence précieuse destinées à la distillation pour usage pharmaceutique ou dans l’industrie cosmétique qui ont souffert.

C’est la raison pour laquelle la célébration de la fête de l’arbre devrait être exceptionnelle,  stratégique même.

Il s’agit de se mobiliser pour regarnir les zones qui ont été détruites en le faisant de manière intelligente. Considérant que tout a été détruit, il faudrait reboiser en tenant compte des difficultés du terrain et des insuffisances constatées.

Mettre en place les systèmes d’alerte. Ce n’est pas les quelques centaines (on parle de 260 agents forestiers pour plus d’un million d’hectares) qui vont faire œuvre utile. L’utilisation des drones,  la constitution d’un réseau de renseignement mis sur pied par les riverains, etc.,  sont nécessaires.

Appliquer strictement les interdictions de camper, à moins que ce soit dans des zones protégées et équipées destinées à cet usage

La pose de pare-feux à des points névralgiques, pour empêcher les feux de progresser. Demandez aux courageux agents de la Protection civile les difficultés qu’ils ont éprouvées à cause des difficultés du terrain.

Les  tranchées pare-feu, ces bandes de terrain où l’on retire la terre et les plantes pour bloquer le feu et   qui empêchent  les flammes de passer.

Les lignes d’arrêt, ce  sentier tracé pour servir de base aux secours ou à la protection civile, sont nécessaires. Ces terrains que l’on retire de la surface à reboiser peuvent faciliter les interventions et réduire considérablement la perte de zones autrement plus vastes.

Le choix des arbres est également important. A une certaine époque, on plantait sans accorder de l’importance aux espèces. Maintenant que tout est à refaire, il faudrait agir pour mettre de l’ordre et tirer de plus gros avantages de ces choix.

La forêt de pin d’Alep qui nous donne le précieux zgougou incontournable dans la confection de « l’assida » du Mouled. Il y a peut-être d’autres espèces qui produisent davantage et de meilleure qualité. Il faudrait en planter et davantage pour enrichir le patrimoine forestier tunisien.

Reste la mobilisation et la mise en place des moyens à consacrer au lendemain de cette journée nationale de l’arbre. Il ne s‘agit pas, en effet, d’annoncer que  nous en avons planté des milliers, sans que nous puissions les entretenir, lors des saisons chaudes notamment.

C’est à notre sens le point faible de cette initiative nationale qui mobilise pour la bonne cause tout un pays. Entretenir et soigner, n’a jamais été le premier souci de ceux qui se sont limités à présenter des chiffres. Il faudrait que cela change. La fête nationale de l’arbre aura lieu le deuxième dimanche du mois de novembre. Nous avons le temps de préparer quelque chose de sérieux et d’utile pour les futures générations.

Auteur

Kamel GHATTAS

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