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« Sada Atlas » de Outail Maaoui au Festival international de Hammamet : Faire dialoguer les racines et les horizons du jazz

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  • 31 juillet 2026
  • 3 min de lecture
« Sada Atlas » de Outail Maaoui au Festival international de Hammamet : Faire dialoguer les racines et les horizons du jazz

Plus qu’un concert, « Sada Atlas » est une traversée musicale où le patrimoine tunisien devient une matière vivante. En s’appuyant sur des racines profondément ancrées dans les traditions populaires, Outail Maâoui compose une œuvre ouverte sur d’autres paysages sonores, où les couleurs du jazz et des musiques méditerranéennes enrichissent un langage résolument contemporain.

La Presse — Après « Liqaa» puis « Ombres d’Atlas », le violoniste et compositeur Outail Maâoui poursuit sa recherche musicale avec « Sada Atlas », troisième volet d’un projet qui interroge la mémoire musicale tunisienne sans jamais l’enfermer dans la nostalgie. Présentée dans le cadre de la 60e édition du Festival international de Hammamet, cette création affirme une écriture où la tradition devient un point de départ plutôt qu’un aboutissement.

La conception du spectacle repose sur deux piliers complémentaires. Le premier est celui de la composition elle-même. Les pièces écrites par Outail Maâoui offrent un terrain d’expression à une formation instrumentale particulièrement solide, où chaque musicien trouve sa place sans jamais rompre l’équilibre de l’ensemble. Les mélodies puisent dans les modes et les rythmes hérités du patrimoine tunisien avant de s’ouvrir à des variations jazz, à des harmonies méditerranéennes et à une écriture contemporaine qui ne cherche jamais l’effet gratuit.

Le second pilier réside dans les voix invitées qui donnent une autre respiration au concert. Raoudha Abdallah apporte à plusieurs compositions une présence vocale empreinte de sensibilité et de maîtrise, tandis que Dali Chebil impose progressivement son univers avec une énergie qui renouvelle constamment l’écoute. Les deux artistes ne se contentent pas d’interpréter quelques morceaux : ils prolongent l’identité musicale imaginée par Outail Maâoui et participent pleinement à la narration du spectacle.

L’arrivée de Hatem Lajmi constitue l’un des moments les plus inspirés de la soirée. Son accordéon, à la fois subtil et expressif, introduit une couleur supplémentaire qui dialogue naturellement avec le violon de Maâoui. Sans chercher à s’imposer, il enrichit les compositions d’une texture singulière qui élargit encore le champ sonore de cette création. Puis vient la surprise de la fin : l’apparition de Mounir Troudi. Sa voix, immédiatement reconnaissable, transforme les dernières minutes du concert en un moment de véritable communion entre les artistes.

Cette rencontre, inattendue mais parfaitement intégrée à l’économie du spectacle, offre un final où l’improvisation, les voix et les instruments semblent respirer à l’unisson. « Sada Atlas » n’est pourtant pas exempt de quelques fragilités. Certaines transitions manquent de fluidité et laissent s’installer des temps morts qui cassent par moments la continuité du récit musical. Quelques séquences auraient gagné à être davantage resserrées afin de préserver la tension dramatique du concert.

Ces réserves n’entament toutefois pas la cohérence de l’ensemble. Le spectacle se vit comme une ballade musicale où chaque étape révèle une nouvelle couleur, un nouveau dialogue entre les instruments ou une nouvelle voix. Loin des constructions convenues, Outail Maâoui privilégie un cheminement libre, fait de rencontres, de croisements et d’échos. Une proposition artistique sincère qui confirme son engagement en faveur d’une musique tunisienne en mouvement, capable de puiser dans ses racines tout en regardant résolument vers de nouveaux horizons.

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Auteur

Asma DRISSI

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